CHAPITRE PREMIER DU MOYEN AGE AU XX e SIÈCLE LA LÈPRE
D eux faits récents viennent d’attirer l’attention sur la lèpre. Le premier est la mort, aux îles Fidji, du père mariste Nicouteau qui, s’étant volontairement claustré dans la léproserie de Makogaï, y a succombé à la redoutable maladie qu’il y avait contractée. Le second est la décision prise par la Société des Nations de créer au Brésil un centre international pour l’étude de cette affection ’. Cette seconde nouvelle démontre qu’il y a là un problème d’ordre mondial dont personne ne peut se désintéresser.
1. Il y a bien aussi la fantastique histoire, qui a couru il y a quelques mois, de la jeune fille qui aurait contracté la lèpre pour avoir été mordue par un chat siamois. Mais les impossibilités sont ici telles qu’il convient évidemment de reléguer cette
Trop de personnes, en effet, pourraient croire que la lèpre n’a plus qu’un intérêt historique. On se souvient, plus ou moins vaguement, des grandes terreurs du moyen âge, des malheureux tenus à l’écart dans des léproseries, qui se comptaient alors par centaines, ne pouvant s’en éloigner que dans d’étroites limites, portant en évidence sur les vêtements quelque pièce de couleur éclatante qui les dénonçait aux regards comme le son de leur cliquette révélait à l’oreille leur approche. Toute cette mise au ban de l’humanité, si impitoyable, prend de loin une figure pittoresque, sans plus. A peine en est-il demeuré quelque crainte plus verbale que réelle. On ignore généralement, par contre, qu’il existe actuellement, de par le monde, deux ou trois millions de pauvres gens qui souffrent les mêmes souffrances, des centaines de lieux de « ségrégation » qui ne diffèrent que par le nom des léproseries de jadis, et que la lèpre est toujours la maladie hideuse, torturante, mutilatrice, contagieuse, incurable, que nos aïeux ont connue, une de ces maladies, dont parle Montaigne, « qui atterrent jusqu’à nos désirs et à notre connaissance ». Les deux faits que nous venons d’évoquer sont venus nous rafraîchir la mémoire. Le second contient, en outre, l’aveu que, sur ce chapitre, nous avons encore beaucoup à apprendre, beaucoup à découvrir.
Cependant, un grand nombre de points — et des plus importants — nous sont acquis dès maintenant. Il n’est pas sans intérêt d’établir le bilan présent de nos connaissances.
La lèpre est une maladie infectieuse, dont le bacille a été découvert en 1871 par le danois Hansen. Ce germe, une fois introduit dans l’économie,