LES MALADIES DE LA PRÉHISTOIRE
Elles furent faites, bien entendu, avec des outils de pierre, puisqu’il n’en existait pas d’autres, et l’on a beaucoup discuté, beaucoup expérimenté même, pour savoir comment, avec des instruments aussi grossiers, on pouvait parvenir à percer la tête d’un homme. Par raclage? Par tracé d’un sillon approfondi peu à peu? Par percement d’un certain nombre de trous délimitant la rondelle à enlever? On discute encore, mais peut-être les trois techniques furent-elles employées.
Pense-t-on alors quel temps il fallait pour achever cette opération? Se fait-on une idée des souffrances endurées par le patient?
Maintenant, pourquoi? La version actuellement la plus en faveur, logique avec l’opinion que l’on se fait de la psychologie de ces ancêtres, est que ces trépanations furent faites avec un but religieux ou, si l’on veut, fétichiste et mystique, soit au cours d’une cérémonie d’initiation, soit pour se procurer des rondelles d’os provenant de sujets exceptionnels, en relation supposée, comme les sorciers, avec les êtres supérieurs et dont ces fragments pourraient garder quelques vertus. Tout cela est très possible, mais loin d’être prouvé.
Il est tout aussi naturel de penser que ces véritables opérations ont été faites avec un dessein curatif. Lucas-Championnière tenait — et cette opinion est parfaitement plausible — que l’homme d’alors s’était souvent trouvé en présence de blessures du crâne déterminant d’horribles souffrances, douleurs que l’on soulageait en débarrassant la plaie des esquilles qui y demeuraient. De là à appliquer un traitement analogue à d’autres souffrances dont le siège était de toute évidence dans le crâne, il n’y avait qu’un pas que l’ancêtre avait
sans doute franchi. Et ne peut-on admettre qu’il ait agi de la sorte à l’égard d’épileptiques, de malades nerveux, de fous, tous sujets qui devaient lui paraître extraordinaires, incompréhensibles, tous maux contre lesquels les grands remèdes étaient de mise, dussent-ils présenter un côté un peu surnaturel comme la maladie elle-même?
Il reste que quelques-uns au moins de ces trépanés ont guéri. C’est peut-être le plus surprenant de l’affaire. A voir quels soins minutieux accompagnent aujourd’hui les trépanations, faites à l’aide d’instruments aussi perfectionnés que ceux que nous possédons et suivant des méthodes aussi sûres, on se demande comment ces primitifs ont pu réussir les leurs en se servant de racloirs et de perçoirs de silex, sans léser gravement le cerveau, sans infecter de façon fatale les plaies qu’ils faisaient. Concluons, malgré ce que nous avons dit plus haut, que les microbes d’alors étaient moins redoutables et surtout plus rares que ceux que nous connaissons aujourd’hui.