‹ Pour bien tenir sa maisonChapitre 31 sur 78 · LINGERIE, PENDE- RIES ET VESTIAIRE · texte numérisé non relu

LINGERIE, PENDE- RIES ET VESTIAIRE

LINGERIE Pour avoir une bonne lingerie, il faut l'établir dans une pièce qui soit à l'abri de l'humidité, de la poussière, et, de préférence, un peu retirée. Il convient d'en défendre l'entrée à toute autre personne que la lingère ou la femme de chambre chargée de l'administrer.

Ce point est essentiel, car la lingerie ne doit pas servir de passage, ni de lieu de réunions, si l'on veut que l'ordre et la propreté y régnent.

Donc, une seule personne chargée du soin du linge et le moins de monde possible dans la pièce, et voilà la bonne tenue delà lingerie presque assurée.

La lingerie ne doit comprendre qu'un ameublement strict, sans embarras d'aucune sorte, — armoires ou placards fixes, à défaut de meubles spéciaux. Cet ameublement s'accompagne d'une table de hêtre de bonne dimension, qui sert à entreposer le linge, à le visiter, à le plier et à le diviser par douzaines. Il faut encore un marchepied pour atteindre le haut des armoires, quelques chaises de paille et la précieuse machine à coudre, si l'on fait, en dehors du raccommodage, quelques travaux de couture.

C'est aussi dans la lingerie que l'on fait faire le repassage, lorsqu'on n'a pas d'emplacement spécial à cet effet.

Il faut alors y adjoindre un petit fourneau pour les fers, un rayon très étroit pour les ranger, et une table à repasser. Une seule grande table peut suffire, mais il faut alors avoir soin de

loo POUR BIEN TENIR

la recouvrir, en dehors des heures de repassage, d'un tapis de coutil ou d'un mauvais drap converti en housse. Il faut encore des planches de différentes grandeurs et tous les ustensiles nécessaires au repassage, glaçage ou gauffrage.

A vrai dire, la lingerie tout à fait indépendante est de beaucoup préférable, car le linge n'y court pas le risque de recevoir la poussière du fourneau et d'être en contact avec tout l'attirail dont s'entoure la repasseuse.

Le choix des armoires. — Le pitchpin, le hêtre verni ou le sapin du Nord laqué font d'excellentes et solides armoires à linge ; leur bois clair semble fait pour recevoir les piles de linge blanc fleurant la bonne lessive. Lorsqu'on ne fait pas une installation spéciale, on emploie aussi les vieilles armoires normandes, ou bretonnes, en chêne ou en cerisier, à serrures et à gonds de cuivre luisant. On garnit alors les rayons d'une enveloppe de lingerie à petit volant court, pour que le linge ne repose pas directement sur les rayons de vieux bois.

Mais comme on ne possède pas toujours de ces belles et confortables armoires, il faut bien alors les remplacer par d'autres plus modernes. Leur aspect peut être tout à fait pimpant et gai. On les choisit à deux portes et de grande largeur, ce qui permet, au besoin, de supprimer une armoire et de ranger le linge plus commodément.

Les rayons courts et étroits font perdre beaucoup de place. Le corps de l'armoire devra mesurer si possible i'",30 ou i'",45.

On peut choisir de jolies armoires à portes pleines, à petites lames en diagonale formant panneaux, ou de plus simples si l'on redoute cette fantaisie un peu coûteuse. On dispose les rayons de telle sorte que ceux réservés aux draps se trouvent plus espacés que ceux- des serviettes, des tabliers, etc.

Si l'on tient à donner un bel aspect à la lingerie, on peut garnir tout un côté de la pièce avec des armoires à deux corps séparés par un intervalle de 40 à 60 centimètres, avec corps supérieur vitré et corps inférieur à portes pleines. Dans l'armoire du haut, on range les serviettes et tout le petit linge que l'on aligne soigneusement; dans celle du bas, le vieux linge, les morceaux, les fournitures de mercerie.

SA MAISON loi

Cojnnient ranger le linge. — Lorsqu'on possède beaucoup de linge et un nombre d'armoires suffisant, on en réserve une pour les draps, de préférence la plus grande et la plus robuste; une autre est affectée aux serviettes et au linge de toilette, aux taies, aux tabliers blancs ; une troisième au linge de table, linge à thé, nappes, napperons ; une quatrième au linge d'office, torchons, tabliers bleus, essuie-mains, et une autre enfin aux draps et linge de domestiques.

Quel que soit l'arrangement que l'on adopte, on peut également avoir une armoire spéciale pour les objets de literie, dans laquelle on serre, pendant l'été, les couvertures de laine et les couvre-pieds, et, pendant l'hiver, les couvertures légères. On y serre aussi les oreillers en double, qui ne servent pas, et toute la literie de réserve.

Dans une maison bien ordonnée, chaque couverture, avant d'être retirée, est poivrée, pliée, poivrée à nouveau, et enfin enveloppée dans un grand papier blanc ou brun et ficelée, puis on inscrit sur le paquet correctement fait la nature du contenu et sa destination habituelle. Cela supprime les recherches laborieuses et les erreurs.

Si les armoires sont d'un bois clair et neuf et les rayons soigneusement polis, il est tout à fait inutile de les garnir ; on peut à la rigueur les couvrir d'un papier blanc, fort et glacé, coupé aux dimensions exactes, sans bandes ajourées, ou autres ornements, aussi laids que dénués de raison d'être.

Le linge qui revient de la lessive doit toujours être placé en dessous des piles existantes ; celui que l'on met en service doit être pris dessus ces mêmes piles.

Si les draps n'occupent pas une armoire entière, il est préférable de les empiler sur les rayons du bas, afin de les atteindre sans effort.

A mesure qu'une pile de linge est épuisée, on avance à sa place la pile voisine, et l'on descend au fur et à mesure celles des rayons supérieurs. Le dernier linge lavé prend alors la place de celles-ci.

Tout le linge doit être placé le dos en avant, pour qu'en l'atteignant on ne puisse le déplier, ou risquer d'attraper en même temps la serviette ou le torchon de dessous.

Lorsqu'on possède du linge en abondance, une habitude aussi coquette que pratique consiste à attacher le linge fin, par douzaine, avec un ruban de fil un peu large. On adopte alors une couleur pour les serviettes de table, une autre pour le linge de toilette, à moins que l'on ne préfère un bleu ou un jaune uniforme. On ne noue pas le paquet dessus, mais sur le côté où se trouve le dos des serviettes, pour que les nœuds soient visibles. Dans les armoires vitrées, cela fait un efïet charmant, en même temps que le recensement du linge se trouve facilité.

Iris et lavande. — Il manquerait vraiment quelque chose à a lingerie, elle ne serait pas essentiellement féminine, s'il n'y régnait cette odeur légère, faite de bonne lessive et d'un «grain d'iris », que répandent les draps frais déployés.

Iris ou lavande ? Lequel de ces deux parfums discrets faut-il adopter pour le linge de maison? Brin de lavande ou grain d'iris ? Le problème sera vite résolu si l'on a, pour l'un ou l'autre, une préférence marquée, mais dans l'indécision, on pourra choisir l'iris pour les draps et les taies d'oreiller, et la seule lavande bleue pour tout l'autre linge, car son odeur est plus naturelle, plus champêtre ; elle fleure le pré fleuri, l'herbe fraîche, et cela sans prétention aucune.

Le linge de maison. — Il est bon d'observer pour le choix du linge de maison les mêmes recommandations que pour celui du linge de table : régularité du tissu et des lisières, grain rond et souple, toile sans apprêt.

C'est un assez mauvais calcul de n'avoir que la stricte quantité de linge nécessaire, car dans ce cas il sert continuellement, ne se « repose » pas et s'use très rapidement. Il faut alors le remplacer, et l'on se trouve avoir employé la même somme que pour un achat important, sans atteindre au même résultat et sans en avoir le même pro£t.

Et puis le linge n'est-il pas, avec l'argenterie, le luxe de toute bonne maison?

Enfin, sans avoir des provisions de linge inutiles, et sans mettre tout son orgueil dans la possession d'armoires abondamment garnies, il serait bon que l'aisance de la maison se manifestât dans la qualité du linge et dans sa quantité, plutôt que dans l'abondance de bibelots luxueux et coûteux.

Il faut songer que le linge est le « trousseau » de la maison, et l'une des bases les plus essentielles de son confort. Voici le devis de ce « trousseau » avec le prix approximatif qu'il peut coûter, en le choisissant de bonne qualité, dans une maison sérieuse.

Le Ufiffc de maison.

12 paires de draps de maîtres, ourlés

à jours, à 40 fr 480

34 taies d'oreillers assorties, à 6 fr. 144

2 draps fius festonnés, à 33 fr. . . 70

3 — — brodés, à 60 fr. . . . 120

3 — — à dentelle, à 90 fr. . 180

4 taies festonnées, à 12 fr. ... 48 4 — brodées, à 18 fr 73

4 — à dentelle, à 23 fr 100

6 douzaines serviettes toilette, à

18 fr 108

2 douzaines serriettes éponge à 24 fr. 48

12 paires draps de domestiques, à

13 taies d'oreillers de domestiques,

4 douzaines torchons de cuisine, à

13 fr 48

3 douzaines torchons de chanvre,

à 8 fr 24

A reporter. . . 1610

Report. . . 1610

2 douzaines torchons argenterie, à 15 fr

2 douzaines torchons verrerie, à 12 fr

2 douzaines tabliers cuisine, toile écrue, à 24 fr

I douzaine tabliers cotonnade, à 27 fr

1 douzaine tabliers femtûe de chambre, à 36 fr 36

I douzaine tabliers femme de chambre à 48 fr 48

I douzaine tabliers valets, blancs, à 36 fr

I douzaine tabliers valet, bleus, à 33 fr

I douzaine essuie - meubles , à

12 essuie-mains pour rouleau sur

3 m., à 3 fr. 50 30

Total .... 1934

LES PENDERIES Les penderies sont quelquefois considérées à tort comme lieu de débarras, où l'on entasse les choses les plus dissemblables.

Dans une maison où l'ordre règne, tout ce qui ne fait pas partie de l'ameublement, ou des choses usuelles constamment en service, tout ce qui demande enfin l'asile d'un placard, d'un cabinet noir ou d'une pièce de réserve, doit être méthodiquement classé, suivant sa nature et son usage.

Les penderies peuvent être de simples placards aménagés dans le couloir qui dessert les chambres, ou qui conduit à l'of-

fice, ou occuper une petite pièce éclairée par un vasistas ou une fenêtre. Dans ce cas, la penderie consiste en un vaste cabinet garni de placards, allant du sol au plafond. C'est le comble de la commodité !

Enfin, quelle que soit Torganisation de la penderie, il est toujours facile d'installer les placards de façon à y serrer les vêtements actuellement en usage, et ceux que l'on retire d'une saison à l'autre.

Pour que placards ou armoires soient pratiques, ils doivent être garnis de rayons dans leur partie supérieure de façon que le dernier rayon soit placé à i'",75 du sol. A ce rayon, on fixe deux forts pitons à vis, dont l'un est à boucle ouverte et l'autre à boucle ronde; on passe dans ces pitons une tringle, pleine de préférence, pour qu'elle ne fléchisse pas sous le poids qu'elle aura à supporter. On introduit d'abord la tringle dans le crochet à boucle fermée et on la fixe ensuite dans le crochet ouvert, par un trou qu'on a eu soin de faire percer à l'extrémité de la tringle.

Les vêtements sont alors placés sur des « cintres » que l'on accroche après la tringle solidement maintenue par les crochets.

Les vêtements que l'on retire pour une saison peuvent très bien être suspendus de cette façon qui est la meilleure pour leur éviter les faux plis. Il serait bon cependant de leur réserver un placard spécial que l'on ouvrira rarement, ou de les protéger par une housse de coutil ou de cretonne enveloppant chaque cintre. Ces housses, que l'on achète toutes faites et que l'on parfume à l'essence préférée, peuvent aussi se confectionner facilement à la maison. Elles sont presque indispensables pour conserver la fraîcheur des toilettes claires et habillées.

Les rayons servent à emmagasiner les fourrures, les lainages, les coupons et morceaux servant aux petites réparations des vêtements. On a pour cela de grands cartons robustes ou, ce qui est mieux encore, des caisses légères et assez grandes pour y enfermer les objets, sans avoir besoin de trop les plier. Sur chaque caisse ou carton, on colle une étiquette indiquant la nature des objets renfermés.

La maison qui ne possède pas de placards a presque toujours un cabinet noir, que l'on peut organiser de la même façon, avec

tringle pour accrocher les vêtements et rayons pour retirer les caisses.

Dans ce cas, il est bon de faire tomber du dernier rayon un rideau de cretonne — non pas fixe — mais courant sur une tringle légère pour mieux préserver les vêtements, car les cabinets sont moins hermétiquement clos que les placards.

Si la penderie est composée de plusieurs placards, on peut en réserver un pour les robes, un autre pour les vêtements d'homme, un troisième pour ceux denfants. Mais il est bon de ne jamais leur confier autre chose que des vêtements, ou des objets servant à l'habillement et à la toilette,

VESTIAIRE Lorsqu'on peut disposer d'une pièce spéciale pour

organiser un vestiaire, on a l'avantage de pouvoir

y faire entrer tout ce qu'un vestiaire improvisé ne peut offrir.

La pièce peut être fort simple ; ce qu'on attend d'elle, c'est surtout une extrême commodité. Un côté de la pièce peut être garni d'armoires, avec portes à coulisses. Le haut des armoires doit avoir un ou deux rayons pour les chapeaux, tandis que le bas est installé en penderie avec tringle fixe et cintres mobiles pour recevoir les manteaux fragiles.

L'autre côté de la pièce pourra être garni de portemanteaux surmontés d'une tablette, légèrement concave pour les chapeaux d'hommes. Le fond de la pièce demande une glace aussi grande que possible et brillamment éclairée en haut et de chaque côté. Devant cette glace on place une table, ou une console, supportant tous les petits objets dont on peut avoir besoin : coupe à épingles, noires, blanches et anglaises, pelote pour les épingles à chapeaux dans laquelle on a soin de piquer quelques épingles à tête très simple, et sans valeur, que les invitées pourront prendre pour consolider une coiffure ; il est encore indispensable de trouver sur cette table des épingles à cheveux de toutes tailles, des ciseaux, quelques ustensiles de toilette, etc. Si la pièce est assez grande, l'adjonction d'une psyché permettant d'embrasser d'un coup d'oeil toute la toilette, sera fort appréciée. Les portes d'armoires peuvent encore être munies déglace, dont le jeu combiné remplace les miroirs à trois panneaux. Une femme de chambre avisée doit se tenir prête au moindre appel.

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