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REFERENDUM

et l'autre existent, et si la Franc-Maçonnerie ne joue juis dans le monde le grand rôle historique et métaphysique que lui prêtent les naïfs, elle en joue un très réel et très efficace dans le microcosme des fonctionnaires. Or ceci est gros de conséquences, car dans nos régimes hiérarchisés et centralisés, il suffit d'un bien petit nombre de haut placés pour tenir un pays.

Référendum.

Théoriquement, la consultation du corps électoral tout entier devrait être préférée à celle de ce corps électif, restreint et artificiel qu'est le Parlement. Tout a été dit sur la fiction mensongère de la représentation nationale. Des hommes qui s'attribuent d'euxmêmes la qualité d'électeur (eu la refusant aux femmes, aux enfants, et, dans certains cas, à leurs adversaires politiques), qui votent pour un certain uombre de noms propres (et quelles façons de voter !), mi veulent que le plus acclamé représente tous les nscrits (même ceux qui ont voté contre lui, même îeux qui n'ont voulu voter pour personne) au point ue ces acclamés réunis adoptent souvent des lois lont presque aucun des acclamants ne voudrait, quel unas d'incohérences !

Mais pratiquement, assure-t-on; cette représentaion peut fonctionner d'une façon habituelle, alors ue la consultation directe ne le peut pas. De là le Ole des Parlements.

A vrai dire, je crois qu'on s'exagère l'impossibilité »our un grand pays de remplacer complètement les Chambres par le référendum. Pour l'activité légis-

lative,il suffirait de réserver l'initiative des lois à certains corps constitués. Les projets de lois seraient assurément mieux travaillés qu'aujourd'hui. Et le fait que le plus souvent ces projets passeraient, ou non, en bloc, constituerait un grand progrès sur le système actuel qui vous met à la merci des amendements les plus inattendus.

Dans tous les cas, le référendum pourrait très facilement et très utilement coexister avec le Parlement. Celui-ci a tendance à abuser de son pouvoir législatif ; le recours au peuple constitue un frein efficace contre ce vice. La consultation nationale, c'est la mort, soudaine ou prochaine, de toutes les tyrannies de parti, c'est la destruction de la fiction représentative au profit de la réalité. Non sans doute qu'il faille poser en dogme que l'ensemble des citoyens ne peut pas se tromper. Ce serait s'exposer à des désillusions. Il ne faut pas davantage compter sur le référendum pour des réformes un tant soit peu importantes; la masse est essentiellement conservatrice, timorée, négative, et quand elle fait quelque chose de hardi, c'est sans le savoir. La consultation nationale, elle, aura seulement pour but de réfréner la prépotence des sectes, de donner satisfaction à l'opinion générale, de trancher les questions irritantes et de sentiment. Elle fonctionnera d'ailleurs en bas comme en haut, et ce sera même dans les questions locales que son rôle pacificateur sera le plus efficacs. Ce sera là aussi que se fera l'éducation des consultés.

Le référendum est une lourde machine. Il ne faut donc pas la mettre en branle sur le caprice de quelques-uns. C'est pour cela que, quand il s'agit d'un

pur mouvement d'opinion publique, il faudrait exiger un million de signatures. En Suisse, la Constitution en demande 100.000 ; la proportion, pour nous, est la même. S'il s'agit d'un sentiment moins profondément instinctif et populaire mais partagé par beaucoup de représentants, on se contenterait d'une demande formée par une des deux Chambres ou par la majorité des assemblées locales, tant politiques qu'économiques. Mais une réforme peut ne pas pré- • senter cetintérêt un peu gros qui séduit les assemblées publiques, tout en étant d'une importance extrême pour le pays; c'est pour cela qu'il serait bon d'accorder le pouvoir de provoquer la consultation nationale à deux corps dont l'autorité morale et technique ne |sera niée par personne, l'Institut et le Conseil supérieur de la Défense nationale. Il semble, par contre, prudent de ne pas étendre ce droit à la Cour de cassation ou au Conseil d'État, à la Cour des Comptes )u au Conseil supérieur de l'Instruction publique, ïnfin, il serait nécessaire de déférer le droit de proroquer la consultation nationale au Gouvernement, •eprésenté par le Conseil des Ministres, et surtout à ine individualité, au Président de la République. Il 'audrait mieux le refuser à tous les autres queledénier i ce dernier, dont le rôle est justement de défendre 'intérêt général du pays contre les intérêts particu- | liers des partis.

Régionalisme.

De même que pour faire un civet, il faut prendre m lièvre, pour faire du régionalisme, on doit prendre es régions. Mais ce n'est pas aussi commode. Ces

régions n'existant pas, il faut les délimiter, ce à quoi ne suffiront guère la carte et le crayon dont se contentent trop de bonnes volontés. Pour se rend ni compte de ce que sont les divisions naturelles d'un pays, c'est toute sa géographie, et son histoire, et sa préhistoire, et sa psychologie, qu'il serait nécessaire de connaître. Mais alors étudier le problème n'est plus simple amusement de Lycurgue en chambre, c'est un jeu instructif et profitable auquel même les gens graves peuvent se livrer, cum grano solîs.

Tout d'abord, ces régions nouvelles, on pourrait les confondre avec les bassins fluviaux. Mais vraiment ce serait faire excessive l'importance de la géographie physique. Le Perche peut aussi bien être rattaché au bassin de la Seine qu'à celui de la Loire, et il n'y a aucune raison de distinguer une Bretagne çle l'Atlantique d'une Bretagne de la Manche. D'ailleurs avec les chemins de fer, Orléans, je suppose, a pour port le Havre au moins autant que Nantes.

On pourrait alors les faire coïncider avec les réseaux de chemins de fer. Mais ce serait bien artificiel, non seulement parce que des rachats ou des fusions peuvent les modifier, mais parce que les facilités de communication ne sont pas tout. Le Plateau central, quelque peu déroutes intérieures ait-il, n'en a pas moins sa physionomie distincte.

On pourrait enfin revenir aux anciennes provinces, et c'est ce que beaucoup de gens entendent par régionalisme, mais ce serait une erreur. On s'est exagéré le caractère naturel de ces divisions d'avant 1789. A côté de vraies régions individualisées comme la Bretagne ou la Provence, il y avait des agrégats

bien hétérogènes : la Guyenne, le Languedoc, l'Ilede-France même sont des amalgames de raison politico-historique. Quoi de plus artificiel que le Languedoc, et quel rapport pouvait-il y avoir entre les trois ou quatre régions distinctes qui le composaient, plaine toulousaine, causse cévenol, littoral de la Méditerranée, et vallée du Rhône ? D'autres provinces, quoique homogènes, avaient eu des vicissitudes historiques: la Champagne, la Bourgogne ont été plus vastes sous les Capétiens que sous les Bourbons ; la Flandre de Louis XIV est un composé de Flandre de Hainaut et de Cambrésis; la Picardie n'existait pas avant les démêlés de Louis XI et de Charles le Téméraire.

Je crois donc que pour arriver à une satisfaisante division régionale de la France il ne faut pas revenir au passé, ni suivre sa pure fantaisie, mais partir [de ce qui existe, et se contenter, comme Comte, Le Play, et les plus sages de nos devanciers, de grou- ;per les départements actuels. Ces départements, depuis quatre générations qu'ils durent, ont eu le temps [d'entrer dans les mœurs, et les traiter comme s'ils [n'existent pas ou n'ont jamais existé, serait un tort.

D'autant qu'ils ne méritent pas les critiques dont m les a accablés. Le plus souvent ils correspondent

d'anciennes provinces (Roussillon, Comtat Venaison, Touraine, Artois), ou à d'anciens pays fragments Ile grandes provinces et parfois mieux individualisés qu'elles (Vivarais, Cotentin, Périgord, Forez), ou à les régions naturelles qui ont du premier coup pris |)ied en histoire (Vendée, Gironde, Creuse, Charen- 6s). Bien mieux la division départementale a parfois

réparé les fautes de l'ancienne division provinciale ; tel pays naturel, la Brie, qui s'était trouvé dépecé, comme une petite Pologne, entre la Champagne et l'Ile-de-France, s'est vu heureusement ressusciter sous le nom de Seine-et-Marne.

Il n'y a qu'un très petit nombre de départements qui soient vraiment critiquables ; l'Aisne, par exemple, trop étirée en longueur et formée de régions diverses, Picardie en haut, Ile-de-France au milieu, Champagne en bas (encore est-ce l'élément français avec Laon et Soissons qui l'emporte de beaucoup; la partie nord, la Thiérache, ancien Vermandois, n'est au fond pas picarde non plus que champenoise ; c'est à la Seine moyenne, donc à l'Ile-de-France qu'elle se rattache). Mais l'Eure-et-Loir, l'Yonne, la Haute- Garonne, quoique formés un peu de bric et de broc, ont leur individualité. L'Eure-et-Loir, composé de cantons qui ne sont d'ailleurs bien nettement ni normands ni français, ni Orléanais (le Perche est un petit pays à part), s'est groupé heureusement autour de Chartres; comme la Haute-Garonne, mi-gasconne, mi-languedocienne, autour de Toulouse ; quant à l'Yonne, son manque de grande ville centrale ne l'empêche pas d'avoir sa physionomie ; les « gens de l'Yonne» » ne sont pas de simples champenois.

Faut-il montrer, encore, que certaines grandes villes, Limoges, Alençon, jadis à l'extrémité de leur province, sont mieux situées comme chef-lieu de leurs nouveaux départements au centre exact desquels elles se trouvent? que le Cantal a son caractère particulier, groupé qu'il est autour de son plomb ; et quoique, naturellement les bourgs du versant nord

s'intéressent plutôt à Clermont-Ferrand et les bourgs du sud plutôt à Toulouse. On dit « un charbonnier du Cantal » comme on dit « un maçon de la Creuse ». En somme ce n'est que sur certains points de détail que la division départementale pourrait être rectifiée. Château-Thierry pourrait faire partie de la Marne plutôt que de l'Aisne, et l'on concevrait qu'un bout du département de la Loire ne vînt pas toucher le Rhône, et que la Saône-et-Loire,bien que calquée sur le gouvernement de Bourgogne, eût laissé à l'Allier les anciens cantons bourbonnais: Bourbon- Lancy devrait faire partie du même département que Bourbon-1'Archambault.Encore ne serait-il pas sûr que ces rectifications fussent du goût de tout le monde. Lombez est certainement dans la sphère d'influence de Toulouse, mais que dirait le Gers si on le lui enlevait? Et Le Vigan dépend orographiquement de Montpellier, mais la voie ferrée la rattache bien mieux à Nîmes,aupointquetelbourgsur la ligne, Ganges,devrait faire partie du Gard et non de l'Hérault. D'ailleurs on peut toujours discuter sur toutes les régions ou villes intermédiaires. Castelnaudary pourrait être rattaché aussi bien à Toulouse qu'à Carcassonne,et la Drôme est aussi provençale que dauphinoise, sans être d'ailleurs tout à fait provençale (son ancien nom de marquisat de Provence le prouve) en dépit de son assent et de ses maigres oliviers. Laissons donc les choses comme elles sont. Ces petits empiétements auxquels se livrent une douzaine de départements sur les anciennes provinces ne valent pas la peine d'un remaniement général. En gros, le découpage de 1791 a été fait de façon judicieuse, et certaines

sinuosités excessives des frontières champenoises ou orléanaises ont été à bon droit rectifiées.

Voilà donc un premier point acquis. Un sage régionalisme devrait respecter les départements. Mais comment les grouper ? L'opinion des intéressés, si bonne en principe, serait vaine ici, car personne ne voudrait se sacrifier, et même tout le monde voudrait s'arrondir. Prendre nos divisions administratives, les 15 Universités, ou les 19 corps d'armée, ou les 26 Cours d'appel serait retomber dans l'artificiel. Celle de ces divisions qui est le plus, par force, entrée dans les mœurs, a eu justement pour but de déraciner les hommes et d'égaliser les contingents. Le régionalisme vise, au contraire, à favoriser les belles futaies naturelles, dût-on pour cela avoir des arbres de taille inégale : la Corse, province naturelle s'il en fut jamais, sera toujours plus petite que la Bretagne ou la Provence. De môme faudra-t-il se résigner à ce que la région de Paris ou de Lille soit plus peuplée que le Plateau Central.

J'indique ci-après comment cette division régionaliste pourrait se faire, en respectant l'existence des départements, et en pouvant d'ailleurs se combiner i avec une autre division en sept petites Frances qu3 j'ai esquissée ailleurs, et qui répond à une idée de décentralisation politique, pi us profonde et plus grave que la simple autonomie administrative à laquelle^ pourraient prétendre les régions.

France du Nord. — Versant de la Manche. C'est, de par ses grandes villes y compris Paris, la région la plus peuplée et la plus importante : 15 départements et 12.183.000 habitants. Trois régions : 1° Pi~

REGIONALISME

cardie (avec Flandre et Artois, la province la plus importante donnant son nom à la région) : Nord, Pasde Calais, Somme; 2° Normandie : Seine-Inférieure, Eure, Calvados, Manche, Orne ; province bien délimitée et que tous les projets conservent; 3° Ile-de-France, région un peu flottante, plus vaste que l'ancienne province de ce nom, à cause de l'attraction accrue de Paris, avec des lambeaux de Picardie, de Champagne, et même de Bourgogne (le pays d'Auxerre), [mais toute FYonne regarde du côté de Paris plutôt [ue du côté de Dijon ; 7 départements qu'on pourut sous-grouper deux à deux, l'Oise et l'Aisne au îord, la Seine-et-Marne et l'Yonne au sud-est, la >eine-et-Oise et l'Eure-et-Loir au sud-ouest, autour le la Seine pour centre.

France de l'Est. — Relations avec l'Allemagne ; départements qui, sans la dernière guerre, seraient 0. Aussi population un peu faible : 2.419.000 habiîts.Mais le pays est très caractérisé. Deux régions: 0 Lorraine : Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges ; I °C/iam/)a ^rne/Ardennes, Meuse, Aube, Haute-Marne. France du Sud-Est. — Bassin du Rhône, relations rec la Suisse et l'Italie. Population : 5.349.000 habiimls. Cinq régions: 1° Bourgogne :Côte-d'Or, Saône- |t-Loire, Ain; 2° Franche-Comté /Jura, Doubs, Hauteaône et Belfort ; 3° Savoie : Savoie et Haute-Savoie ; Dauphiné : Isère, Drôme, Hautes-Alpes ; 5° Lyonds : Rhône, Loire, Ardèche (l'Ardèche, quoique faillit partie del'ancien Languedoc, a beaucoup plus de ipports avec Lyon et Valence qu'avec Nîmes, dont climat est si différent).

France du Midi. — Littoral méditerranéen : 10 dé-

partements ; 3.415.000 habitants. Trois régions bien distinctes : 1° Bas-Languedoc : Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard ; 2° Provence : Bouches-du- Rhône, Vaucluse, Basses-Alpes, Var, Alpes-Maritimes ; 3° Corse.

France du Sud-Ouest. — Bassin de la Garonne, 14 départements; 4.727.000 habitants. Quatre régions: 1° Guyenne: Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Lot; 2° Cévennes ou Haute-Guyenne : Lozère, Aveyron, Tarn ; 3° Gascogne : Gers, Hautes-Pyrénées, Basses- Pyrénées, Landes ; 4° Haut- Languedoc : Ariège, Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne.

France de l'Ouest. — Bassin de la Loire navigable, 14 départements, 6.7 10. 000 habitants. Trois grandes régions: 1° Bretagne: Loire-Inférieure, Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et- Vilaine ; 2° Anjou: Mayenne, Sarthe, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire (peut-être la Loire-Inférieure, au lieu d'être unie aux pays bretons, devrait-elle faire partie des pays angevins et tourangeaux dont elle constitue le débouché naturel) ; 3° Poitou : Vienne, Vendée, Deux-Sèvres, Charente, Charente-Inférieure.

France du Centre. — Plateau Central et région de Loire peu navigable; 13 départements; 3.533.000 habitants. Quatre régions, un peu indistinctes, comme tous les pays d'intérieur sans grandes vallées: 1° Auvergne /Haute- Loire, Puy-de-Dôme, Cantal ; 2° Limousin: Gorvèze, Haute- Vienne, Creuse ; 3° Bourbonnais : Allier, Nièvre; 4° Berry: Cher, Indre, Loiret, Loir-et- Cher. A moins qu'on ne préfère partager en deux cette dernière province en rattachant le Loiret et le Loir-et-Cher aux autres départements de la Loire

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