RÉCUSATION
qu'il allait fermer le temple de Janus. Peut-être en voyantsiimpartialementpourfenduslesRodomontsde l'économie politique et les Agramants du socialisme, sera-t-on tenté de se croire débarrassé pour toujours de ces raseurs (M. Thiers, qui était de la partie, définissait leur article de la littérature ennuyeuse) ; ce serait une illusion. Il y aura toujours des doctrinaires parmi nous; telle est la nature humaine; et c'est son éloge quand il s'agit de chercheurs assoiffés d'exactitude, comme c'est son danger quand il s'agit de chirurgiens sociaux brandissant leurs bistouris. Et quelques éculées que soient les thèses des économistes classiques, des Ricardo et des Malthus, et les théories des socialistes consacrés, des Karl Marx et des Kautsky,il y aura toujours des socialistes et des économistes, et qui ne seront pas plus embarrassés que leurs devanciers pour étirer de scientifiques théorèmes avec un pédantisme exaspérant ; et, parmi ces économistes, il y aura de bas égoïsmes uniquement préoccupés de leur digestion ainsi que de vaillantes ardeurs enivrées de la marche en avant ; comme parmi ces socialistes il y aura des envieux et des sots à côté de nobles cœurs tourmentés par le spectacle de la misère humaine ; et comme il faudra les mettre d'accord, dans une génération ou deux, apparaîtra sans doute quelque nouveau Tarde pour les exterminer tous en bon chevalier errant et joncher de leurs cadavres les boîtes à cinq sous des quais de la Seine.
Récusation.
Un décret-loi du 23 vendémiaire an IV s'exprimait ainsi : « Chaque partie civile, chaque accusé peut ré-
cuser un juge sans en exprimer le molif; cette récusation sera appelée péremptoire. » Pourquoi cette mesure, qui existe pour les jurés, ne serait-elle pas, en effet, étendue aux juges ? Avec la façon dont les préoccupations de partis se sont glissées depuis quinze ou vingt ans dans la magistrature, elle serait très utile. Non pas que je pense, comme certains, qu'il faille expliquer toute l'histoire moderne par les menées souterraines des sociétés secrètes. Supposer que la Révolution a été l'oeuvre des Loges, et que la Convention, en envoyant Louis XVI à l'échafaud,n'a fait qu'exécuter la sentence prononcée par de vagues cagliostros quelques années auparavant, quel enfantillage ! Autant croire que Satan siège en pied de bouc dans les grandes réunions de la rue Cadet. Même il n'est pas sûr que les sociétés secrètes du temps de la Restauration, soit le Carbonarisme, soit la Congrégation, aient joué le rôle qu'on leur prête. Nous vivons là-dessus sur le Rouge et le Noir et sur V Histoire des Treize, mais la puissance d'imagination d'un Stendhal ou d'un Balzac ne serait qu'une raison de plus pour nous méfier. Telle grande société actuelle surprend par la qualité médiocre de ses hauts dignitaires ; dans la hiérarchie sociale, ce ne sont que de bien petits compagnons, dans le royaume de l'esprit ce sont des inexistants, dans le domaine moral ce sont, par contre, des gens trop bien connus; naguère, sur trois grands chefs, il y en avait deux de véreux et le troisième fut mis en assez fâcheuse posture par une polémique de journalistes. Tout cela devrait rendre son influence nulle s'il n'y avait pas la sottise et surtout la lâcheté humaine, mais l'une