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RUSSIE

iels. » Ceux qui seraient tentés de taxer cet axiome Je paradoxe ne sauraient nier que la Russie fait en je moment peau neuve, et même plusieurs fois par in ; rien ne ressemblait moins à la première Douma mêla seconde, et la troisième se montre aux antipodes ies deux autres. Pour nous, simples spectateurs, ce îaméléonat est intéressant. Mais l'évolution de la ;rise elle-même est mille fois plus palpitante. Voilà m malheureux peuple qui, depuis trois ou quatre générations, était abruti par l'autoritarisme bureaucratique ; tombé en enfance politique, comme la France de l'Ancien Régime, il était mûr pour devenir la proie des terroristes ; les mêmes hommes qui, en foule, tenaient tête aux cosaques et se faisaient héroïquement mitrailler sur leurs barricardes, étaient incapables, seuls à seuls, de résister à une poignée de oandits révolutionnaires; que dans un wagon ou une salle le cri : Les mains en l'air I retentît, tous les iassistants se laissaient consciencieusement fouiller. Avec une pareille veulerie, tout était prêt pour la floraison d'une Terreur à côté de laquelle celle de 1793 n'aurait été que blandice. Aussi ne sera-t-on jamais (assez reconnaissant envers les gouvernants qui en ont sauvé le pays malgré lui, cassé la première Douma, et puis la seconde, et qui en ont manigancé une troisième à leur goût. Que celle-ci représente fort infidèlement l'opinion des électeurs, cela importe peu, est-ce que les autres représentaient quoi que ce soit ? Les Russes sont encore des sauvages, politiquement parlant ; ils ont a se civiliser, j'entends à apprendre à être de bons gardes nationaux, et de bons jurés, et de bons self-help men, et de bons juges

Lynch. Quand quelques dynamiteurs auront été non pas abattus par les gardovoï, mais pendus par les passants, la Russie pourra se payer le luxe d'assemblées politiques. Mais ceci n'est pas prôner l'autocratie de naguère ; le pire système serait de recommencer à se servir des gardovoï et des cosaques et des tchinovniks de tout passepoil; le jeu des nihilistes reprendrait tous ses atouts...

Comme il nous est difficile de comprendre autrui, et comme, pour nous surtout, Français d'Occident, le Slave d'Orient est impénétrable ! Nous croyons connaître la Russie parce que nous avons lu le Manifeste de Viborg et la Constitution des Cadets et que nous nous sommes faits, de bric et de broc, une opinion sur la douma, le mir, les popes, les juifs et la vodka. Ceux que nous ne comprenons pas, Tolstoï et Bakounine, nous les déclarons exceptionnels sinon fous. Et pourtant qui sait si ces toqués-là ne sont pas les normaux? Pour Mérejkowsky, l'explication de la crise russe n'est pas la marche vers la liberté ni vers l'égalité, ni même vers la fraternité, mais vers la Sainte-Trinité; ce qui va venir, ce n'est pas un sot parlementarisme, c'est Dieu lui-même, Antéchrist en tant que complétant le Logos, Paraclet en tant que réalisant le Père, celui qu'ont annoncé tant de voix diverses depuis un siècle, Novikoff et Tschaadaev, Gogol et Dostoïewsky, Tolstoï et Soloviev, Rosanov et maintenant Mérejkowsky, les uns sous forme de prières, les autres sous forme de blasphèmes. « La nouvelle conscience ne rejette pas la vérité éternelle que contient le christianisme, elle accepte entièrement cette vérité comme révélation du Christ, de

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