ROME
devons nous réjouir qu'étant donné, je suppose, le problème romain, Montesquieu ne se soit attaché qu'à la solution politique, Fustel de Coulanges qu'à la solution religieuse, Antonin Deloume qu'à la solution financière, Edmond Demolins qu'à la solu- :ion culturale.
Est-ce à dire que Rome ne fut, en tout et pour out, qu'un « bourg de laboureurs » et que sa victoire ait été le triomphe du travail agricole, honnête et dur, sur l'aléa commercial ? Assurément non, etpuisi]ue tous ces simplistes nous donnent des exemples l'audace, esquissons son histoire en quinze lignes. V l'origine, les Latins sont,en effet, des cultivateurs, [îles gens de la « plaine », tel est le sens probable du not Lalium, mais on aurait tort de les prendre pour l'épais paysans; le lien fédéral qui les unit, l'accueil ju'ils font aux étrangers, le choix pour métropole le cette pittoresque citadelle volcanique qu'est le nont Albain, tout cela donne d'eux le meilleur augure. Leur extrême limite au nord, c'est le Tibre, •ar en ces vieux temps les rivières ne sont que des •arrières. Mais avant tous autres, ils prévoient qu'elles deviendront artères, et ils veulent y prendre posiion. Leurs voisins étrusques en font de même ; seulement Véies est plus loin dans l'intérieur des terres i|u'Albe ; aussi la tête de pont d'Albe, Rome, coupe- •-elle de la mer la tête de pont de Véies, Fidènes, et [lès ce moment c'est la victoire des Latins qui est assulée. Mais ce simple exposé montre bien que Rome ji'est pas un gros village de paysans poussé à la auvageonne, c'est la création voulue d'un peuple édéral donc vigoureux, une sorte de fort du Far-
West créé dans un pays de bois (ramée, romain) e de loups (lupercales), à la fois poste stratégique e comptoir commercial. Dans d'autres villes, la raisoi d'être est un rocher, une crique, une colline; à Rom* c'est un pont ; d'où le collège des Faiseurs de Ponts et le titre subsistant de Souverain Pontife, comme si tous les prêtres étaient des pontonniers. Rome esl donc une ville d'ingénieurs, d'explorateurs, de négociateurs et de spéculateurs. Et on explique le carac tère violent et cupide de son patriciat, et l'habileté de sa lutte contre la plèbe qui n'est pas le fait de simples gros propriétaires fonciers, mais de seigneurs féodaux pourvus de toutes les armes juridiques et guerrières. De là aussi la lointaine introduction à Rome de la monnaie, des douanes, des traités de commerce, toutes choses qui ne se comprendraient pas si la ville n'avait été peuplée que de bouviers et de maraîchers, mais qui s'expliquent très bien avec la donnée mi-historique mi-légendaire de l'asile ouvert à tous les grands aventuriers de la guerre et du commerce.
Russie.
Le leader des cadets, M. Paul Milioukov, a eu raison de mettre en lumière dans son livre sur la crise russe le côté changeant, pour ne pas dire kaléidoscopique, de cet empire moscovite que nous croyons d'une lourdeur immuable. « La Russie ne le cède en cela qu'aux États-Unis, disait l'auteur il est vrai devant un auc itoire américain, il n'arrive jamais dans son histoire que la moitié d'un siècle ressemble exactement à l'autre moitié, et les changements sont toujours essen-