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SÉLECTION

n'y ait ni députés, ni sénateurs, ni conseillers locaux, entre quelles mains résiderait le pouvoir ? entre celles des juges, des commissaires, des officiers, des percepteurs de taxes, des inspecteurs, directeurs et contrôleurs d'administration. Et j'entends bien qu'on pourrait arriver, théoriquement du moins, à recruter ces agents de la façon la plus satisfaisante ; mais plus vous perfectionnerez le système des concours et des avancements, plus vous affermirez l'orgueil dans les âmes de ces hommes ; vous aurez des maîtres dignes de commander, mais qui commanderont avec une autre rigueur que nos parlementaires, bons gros provinciaux que les tournées électorales obligent à avoir la poignée de main facile et le sourire hospitalier, qui sont juste assez intelligents pour se juger à leur valeur réelle, et qui, très flattés de jouer le rôle de petite providence, ne deviennent méchants que quand le spectre du ballottage apparaît. Qu'au lieu de pouvoir leur taper sur le ventre à la sortie du cercle, on soit obligé de stationner dans l'antichambre de M. le sous-directeur cantonal, sous l'œil d'huissiers grincheux, avant d'être introduit en présence d'une face inerte, bouffie d'importance et les yeux mi-clos, et je ne donnerai pas au système pour trois ans de durée. S'agira-t-il d'une sélection autre que celle des concours, de la vraie sélection naturelle, l'importance sociale? Le résultat, en théorie toujours, serait meilleur encore. Si la conduite des affaires publiques était entre les mains des meilleurs commerçants,industriels ou agriculteurs, des plus savants ingénieurs, médecins ou avocats, tout n'en irait que pour le mieux. Mais qui ne voit que c'est revenir

non pas seulement au régime d'avant 1789, car à c moment-là les fonctionnaires du roi faisaient éche aux autorités sociales spontanées, mais au régim d'avant le seizième siècle ? Tous ces grands indus triels, ingénieurs ou propriétaires chercheront natu Tellement à assurer à leurs enfants leurs propres pré rogatives, et au bout de deux ou trois générations l'infatuation des anciens élèves de Normale ou d Polytechnique, que nous supporterions à la rigueur, serait remplacée par la morgue des nobliaux à laquelle nous ne nous résignerons jamais. Le caractère national est si irritable sur ce point qu'il n'est pas un Français sur cent qui ne préférât être très mal gouverné, mais par des gens sans façons, plutôt que très bien, mais par des gens hautains. Si tant d'entre nous sont indulgents pour cet entassement d'horreurs que fut la période terroriste, c'est au souvenir de quelques sourires dédaigneux ou attitudes méprisantes des aristos ; on ne raisonne pas avec ces choses-là, on en tient compte.

Donc, pas de gouvernants provenant uniquement de la sélection naturelle, ni uniquement de la sélection artificielle, soit des concours, soit des scrutins, soit des choix, mais des gouvernants provenant un peu de toutes ces sources. Si notre temps n'est pas tout à fait intolérable, c'est que le pouvoir se trouve, en fait, partagé entre les représentants élus et les fonctionnaires nommés, les uns tenant la plus volumineuse part, les autres, la plus décisive. Mais autrefois l'équilibre étaitplus savant: sous l'Ancien Régime à côté des fonctionnaires, beaucoup moins nombreux et moins remuants qu'aujourd'hui, il y avait des élus

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