‹ Pour causer de toutChapitre 126 sur 138 · TOLSTOÏ · texte numérisé non relu

TOLSTOÏ

Cours d'appel, ou tirés au sort dans les mêmes catégories; dans le premier cas s'étalera le pouvoir arbitraire du ministre, dans le second cas il y aura une certaine garantie pour le magistrat menacé.

Ce que je dis du Conseil supérieur de la Magistrature, qui n'existe pas encore, je le dirai du Conseil supérieur de l'Instruction publique qui, lui, existe (décret du 27 février 1880). On commence par organiser une vaste assemblée où sur soixante membres environ, neuf seulement sont choisis par le ministre. Puis on dit : Dans ce vaste Conseil il y aura une Commission permanente de quinze membres que le ministre choisira. Comme c'est malin ! Et comme cetle façon de « donner et retenir » exhale un délicat relent d'escobarberie !

Il serait facile de donner d'autres exemples où le tirage au sort jouerait un rôle efficace. Le Parlement ui-même ne l'emploie-t-il pas pour la composition de ses bureaux ? Il se rend compte que c'est le seul moyen pratique d'accorder aux minorités une toute ïetite voix au chapitre. On s'en sert encore, et louablement, pour savoir par quelle lettre de l'alphabet >n fera voter les députés, par quelle fraction on reaouvellera une assemblée, par quelle catégorie on listribuera des billets de tribune. Pourquoi n'étenirait-on pas ces occasions de recourir au Hasard ?

Tolstoï.

Puisque vient de se refermer le temple de Janus, :'est le moment de parler de l'auteur de la Guerre H la Paix. Comme il approuverait ce volume, Guerrenilitarisme, qui reproduit 400 pages de citations an-

tibelliqueuses de toutes mains. Certaines sont inattendues : « Les moutons de Panurge et les homme* sont les seuls animaux qui poussent le servilisme el la sottise jusqu'à se jeter à l'eau dans le seul but de suivre leurs chefs. » Cette platitude devient savoureuse quand on apprend que son auteur eut droit à un tas de coups de canon. L'harmonie préétablie qui marquait le père Humbert pour la répression des escro< queries désignait le sieur Lanessan pour le commandement de nos soldats. Mais revenons à Tolstoï. Les Appels aux dirigeants renouvellent ses fréquentes el éloquentes objurgations aux ministres, officiers, membres du Saint-Synode, pour que cesse avant tout d'être obligatoire le service militaire qui peut obliger à donner la mort celui dont la conscience approuve le « Tu ne tueras point » et le « Qui frappe par l'épée périra par l'épée ». Et ce genre d'objurgations ne laisse pas que d'être troublant. Tolstoï raconte qu'il arrêta net un vieux factionnaire qui rudoyait de pauvres diables : « As-tu lu l'Évangile ?» Le vieux factionnaire se gratta la tête. Il est vrai qu'au bout d'un moment il répliqua. « Et toi, as-tu lu la consigne? » Mais même dans l'Évangile on trouve de tout, et aux citations de Tolstoï, le bon cosaque aurait pu répondre par le : « Mon royaume n'est pas de ce monde. » En fait l'Église a canonisé les chrétiens de la Légion fulminante aussi bien que tels chrétien! qui refusaient par scrupule d'en faire partie. Dans les Actes de Théodore, martyr, que citait quelque joui Remy de Gourmont, le centurion dit au réfractaire « Mais tous ces légionnaires-là sont chrétiens; faii comme eux 1 > Ce centurion était troublant aussi. S

Page 1