‹ Pour causer de toutChapitre 65 sur 138 · INDIVIDU · texte numérisé non relu

INDIVIDU

Individu.

Protéger, comme Herbert Spencer, YIndivid u contre VEtat, c'est faire œuvre politique, mais armer, comme M. Palante, Y Individu contre la Société, c'est agir en moraliste. Mesquineries des petites villes, snobismes des grandes, partis pris professionnels, étroitesses mondaines, tout cela vient de nous; corrigeonsnous et il n'en sera plus question. Et puis ne nous frappons pas ! La Société, heureusement, n'a ni juges ni gendarmes à sa disposition. Et il y a des inquisitions autrement réelles et dures que celles des bonnes dames de province. De plus, tout est complexe en matière sociale, et l'esprit de corps a parfois du bon. On souhaiterait que les médecins aient leur conseil de l'ordre comme les avocats. Où il a du mauvais, et même de l'exécrable, c'est quand l'État s'allie à la Société, car, sans bras séculier, pas de tyrannie. Le seul esprit de corps vraiment dangereux c'est celui des hommes qui détiennent une partie du pouvoir, les fonctionnaires et les politiciens. Ceux-ci plus encore que ceux-là ; jamais ronds-de-cuir n'oseront, pour couvrir un collègue, ce que feront des députés pour sauver un chef de parti. Mais alors ce n'est plus de l'esprit de corps, c'est de l'esprit de faction, de clan ou de secte. Or, contre cet esprit-là, l'individu seul rat impuissant ; il faut recourir à l'association, et l'esprit de corps peut jouer un rôle bienfaisant. On voit que la croupe se recourbe en replis tortueux. Assurément entre l'Individu et le Collectif il n'y a pas à hésiter. Mettre avant tout l'Individu, c'est être sûr du moins qu'il y aura toujours quelqu'un d'heureux, tan-

dis que mettre avant tout l'Idéal, le Progrès, l'Humanité et autres majuscules, c'est peut-être préparer une nouvelle Terreur.

Individualisme.

Individualisme et Socialisme, ces frères ennemis sont inséparables, et chacun d'eux doit bien rire en dedans quand l'autre croit orgueilleusement triompher. Leurs antrustions en conviennent volontiers aux heures de franchise, ou d'habileté. Eh sans doute ! tous ces vocables différenciés en isme n'existent que dans notre esprit ; la réalité vivante est autrement synthétique, et tout homme est atout instant à la fois socialiste et individualiste, comme réaliste et idéaliste, matérialiste et spiritualiste, etc. C'est seulement en tant que tendances psychologiques profondes que ces doctrines signifient quelque chose ; il y a des gens qui sont toujours prêts à faire le bonheur des autres, même à coups de trique, surtout à coups de trique, et ce sont les socialistes ; et il y a d'autres gens qui ne s'occupent que de leur propre précieuse personne, en ajoutant : « Que chacun en fasse autant et tout le monde sera heureux »,et ce sont les individualistes. Chez les uns comme chez les autres se trouvent de braves cœurs et de piètre bonshommes. Pendant tout le xixe siècle, ils se sont battus comme des chiffonniers. Pour foudroyer leurs adversaires, les individualistes avaient inventé un tas d'engins biscornus, la théorie de la rente, la loi de la population et de la production, mais les socialistes s'emparant prestement de cette artillerie à deux faces, les en avaient à leur tour mitraillés sans merci. Aujourd'hui nous rions de

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