‹ Pour Comprende Les Monuments De La FranceChapitre 11 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Analyse de la construction la période gallo-romaine.

L'occupation romaine. — En 125 avant Jésus-Christ, les

Romains, appelés par les habitants de Marseille, occupèrent

le pays entre les Cévennes et les Alpes ; la ‘conquête de l’en-

semble de la Gaule par César se place entre 58 et 53. La paix romaine favorisa l'éclosion d’une richesse merveilleuse dans ce

pays neuf qu était la Gaule et le couvrit d’édifices innombrables. Vers la fin du 111° siècle, à la suite d’une première invasion barbare, les provinces de l'intérieur, jusqu'alors mal défendues, se hérissèrent d'enceintes et de forteresses ; les villes se resserrèrent à l'abri de murailles construites avec les débris des palais et des temples et qui sont pour l'épigraphiste et l'archéologue des carrières sans prix.

Le genie et l’organisation sociale de Rome. — L'architecture de ces temps porte l'empreinte du génie de Rome, fait de force et d'esprit pratique plus que de délicatesse et de goût. Les Romains étaient conquérants et organisateurs, ils étaient moins artistes ; à l'encontre des Grecs, qui avaient créé pour

le seul plaisir des yeux des formes admirables, ils poursuivirent ordinairement dans leurs constructions un but positif,et |

leur architecture fut éminemment utilitaire. Les Grecs avaient surtout élevé des temples ; les Romains firent des routes, des

| ponts, des aqueducs, des thermes, des amphithéâtres. Ceux-là |

furent architectes et ceux-ci ingénieurs. L'œuvre grecque vaut | par la perfection esthétique des lignes ; l'œuvre romaine est remarquable par l'ampleur des masses et l'ingéniosité des |

procédés. Dans la première, la décoration résulte de la façon

= z —— 162 2 ST 7.

= LA CONSTRUCTION GALLO-ROMAINE -

dont tout l'édifice est conçu et exécuté ; dans la seconde, la |

richesse est un luxe d'emprunt. Le Parthénon est beau comme un corps humain sain et gracieux ; l’'amphithéâtre de Nimes fait songer à un travailleur robuste et noueux, affublé d'un vêtement trop magnifique.

Il n’en est pas moins vrai que les monuments romains témoignent d’une imposante grandeur : Rome a voulu par eux montrer au monde sa puissance. Et comme les besoins et les programmes variaient moins fréquemment que dans nos sociétés modernes, on n'avait pas à prévoir les modifications ; on

supprimait, en élevant des édifices solides, les dépenses consi- |

| dérables d'entretien et, du coup, on bâtissait pour l'éternité.

D'autre part, les monuments romains attestent une incom- |

parable intelligence, une adaptation étonnante des moyens au

but. Dans les thermes notamment, tout est disposé en vue de

la commodité des services et pour la solidité de la construction : les petites salles sont utilisées, et elles sont groupées autour

des grandes salles, de façon à contenir, à épauler les voûtes

de ces dernières.

Enfin, l’art gallo-romain réfilète l’organisation sociale, une |

forte centralisation, des ressources immenses en bras, grâce aux corvées, en matériaux, à cause de l'excellence des chemins. Les constructeurs pouvaient employer des blocs de dimension et ils l'ont fait quelquefois ; mais, pour mettre en œuvre ces grandes pierres, il fallait des appareilleurs de métier, et les Romains, qui voulaient se ménager la possibilité de bâtir même

| dans les provinces les plus arriérées, comptaient avant tout

sur des maçons improvisés : de là ces méthodes, étudiées plus loin, permettant de construire de vastes monuments avec un

petit nombre de maîtres-ouvriers, qui élevaient l’ossature ou diri-

geaient le reste du personnel. On a pu comparer ces chantiers

à nos chantiers de chemin de fer : quelques ingénieurs appli-

quant des formules à peu près uniformes, une poignée d’ou-

| vriers spécialisés, enfin des chefs d'équipe commandant à de

très nombreux manœuvres.

Une pareille organisation entraînait une extrême division du travail : les uns construisaient, les autres décoraient. Ainsi les Romains furent poussés à séparer ces deux aspects de l’art de bâtir ; ils en vinrent à faire consister la décoration en des

Page 1