LES VOUTES
cathédrales n'auraient pas admiré, comme Fénelon, les proportions de certain monument, (si justes que rien ne paraît fort grand, quoique tout le soit ». Ils s’appliquaient plutôt à exagérer l'impression de grandeur, en quoi ils ont, une fois de plus, montré leur supériorité.
Dans son principe essentiel, l’architecture romane est une réaction de la construction en pierre sur la construction en bois. Les églises de la période latine avaient en soi une cause de destruction : quand le feu s’y déclarait, il atteignait aisément la charpente ; celle-ci tombait, formant un brasier; les colonnes éclataient et l’édifice entier s’effondrait.
Dès une époque reculée, on avait voûté certaines parties des églises, et la voûte s'était .
peu à peu étendue. Durant la période romane, elle gagna
l'église tout entière, du moins ; EE ' dans la plupart des contrées, :
re rss FIG. 41. — ARC BRISÉ.
et spécialement dans la moitié RAISONS DE SA STABILIIÉ.
méridionale du pays. Parallèlement, la construction en pierre atteignit l'architecture militaire de même que l'architecture civile ou, du moins, ses produc-
tions les plus soignées et les plus notables. Cette prédominance de la voûte et de la pierre est la caracté- |}
ristique la plus importante de l'architecture romane.
Les voutes romanes. — Les voûtes romanes continuent celles que nous avons étudiées dans l’art romain : voûte en berceau, voûte d’arêtes, coupole.
La voûte en berceau a quelquefois, surtout pendant le x siècle, un tracé légèrement outrepassé, en fer à cheval. Plus souvent, depuis le x11£ siècle, elle est pointue, en arc brisé, ou, commé on dit improprement, en ogive : car c'est une double erreur de croire que l'ogive est une forme d'arc et qu'elle caractérise le style gothique ; ogive ne désigne pas l'arc brisé et l’arc brisé ne distingue pas le gothique. L'arc brisé abc (fig. 41) est plus solide, plus stable que le plein cintre : il garde du plein cintre les parties basses AB, CB’, qui travaillent le moins : il en supprime le cerveau BB, qui travaille le plus. C’est un premier avantage.
En outre, l'arc brisé peut être plus ou moins aigu (fig. 42) :
LA CONSTRUCTION ROMANE
il ne suppose pas un rapport constant entre ses deux dimensions, hauteur et largeur, et, sans changer celle-ci, il permet de porter la clef au niveau où elle doit être pour l'utilité de la construction ou pour l'agrément des yeux.
La disposition normale du berceau est d'être en long, dans le sens de l’axe du vaisseau à couvrir. On a quelquefois construit une série de berceaux en travers, l’un der-
rière l’autre: ces berceaux
F1G: 42. — ARC BRISÉ. É PROPORTIONS VARIABLES. transversaux dégagent les murs de flanc en vue du percement des fenêtres, et les poussées de chacun d'eux sont annulées par les poussées contraires des deux berceaux voisins. Néanmoins, ce genre de voûtement n’a jamais été en faveur.
La voûte d’arêtes romane (fig. 43) est fréquemment établie sur doubleaux et bombée : la ligne de faîte des berceaux qui la constituent n’est pas horizontale, elle ondule ; dans chaque travée, l’ensemble de la voûte tombe du centre vers la périphérie et partie des poussées se déversent en tous sens, sur les murs de flanc et sur les doubleaux.
Nous avons vu que la voûte d’arêtes permet les dégagements transversaux sans augmenter la hauteur sous clef de la voûte.
Aussi les construc- | teurs romans l’ont-ils très souvent adoptée pour les cryptes, pour lesbas-côtés surmontés d’unetribune, etc.
L'architecture romane a fait des coupoles, coupoles sur trompes, cou- F1G. 43. — VOUTE D'ARÈTES.
poles sur pendentifs (PL. IX, F), coupoles isolées, coupoles en file. Les coupoles sur pendentifs de type perfectionné ont un galbe élancé : les arcs qui encadrent les pendentifs sont brisés et la tête de ces arcs
M fil
os LES MURS ET LES PILIERS —— s'incurve de façon à participer de la concavité du pendentif.
Les voûtes romanes ne sont pas faites de blocages, comme les voûtes romaines de concrétion : elles ne sont guère composées de pierres exactement taillées, comme les voûtes romaines d'appareil ; elles appartiennent plutôtà un type intermédiaire, où les pierres, mal coupées, sont prises dans des lits épais de mortier. On construisait ces voûtes sur des cintres provisoires,quiétaient de véritables moules.
L'usage systématique des doubleaux est l’un des caractères de l'architecture romane. Il présentait entre autres cet avantage de fractionner les voûtes ; on pouväit ainsi exécuter les travées l’une après l’autre,et,comme nous l’avons déjà constaté ci- FIG. 44. — ARC À RESSAUTS. dessus, c'était un gros point.
Les voûtes massives exigent des vaisseaux plus étroits et des murs plus épais ; les murs épais appellent des percements à reprises, c'est-à-dire que (fig. 44) sous les arcs sont bandés fort souvent d’autres arcs de soutien, pareils à de petits dou-
È bleaux, à de petits arcs sail- K î lants sous un berceau ; les
Sn er S a Do JU doubleaux proprement dits eux- S Ÿ ve .
ee rs mêmes peuvent être faits de DER deux rouleaux, en d’autres
termes de deux rangs concentriques de claveaux.
F1G. 45. — PILIER EN CONSTRUCTION. Les murs et les piliers. — L'adoption des doubleaux et des arcs à ressauts entraîna la construction de membrures verticales intérieures (fig. 45), sur lesquelles toutes ces nervures prenaient leur appui. C'étaient des colonnes engagées, ou des pilastres bruts, ou bien l’un et l'autre combinés, la colonne étant appliquée sur le pilastre et le tout dressé contre le mur ou
LA CONSTRUCTION ROMANE
contre le pilier. L'époque latine a pu élever, notamment à |
l'intersection de la nef et du transept, des piliers qui dessinent
en plan une croix (fig. 271) ; de façon générale, les piliers |
découpés dénotent l’époque romane au plus tôt.
À l'extérieur, le mur subissait des modifications analogues : aux pieds-droits des doubleaux on opposait des contreforts (fig. 46), de saillie médiocre et qui étaient là moins pour résister par leur masse que pour chaîner les éléments de la maconnerie, pour donner à celle-ci plus de cohésion et de solidité.
Les murs romans étaient parfois, à l'origine, de petit appareil, et l’usage des assises de briques paraît avoir persisté assez longtemps, notamment dans le
bassin de la Loire. Néanmoins,
la règle est que, dans les murs de
cette époque, les parements sont de moyen appareil et qu'ils enfer-
ment un noyau de blocage. Les |
contreforts sont également de moyen appareil ; mais ce moyen appareil est d'ordinaire plus soigné et parfois plus grand.