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enfin, le linteau dépasse un peu en longueur l'écartement des bieds-droits : tout cela est irréprochablement logique. Plus tard, quand on a élevé les montants par assises, on a néanmoins (fig. C) conservé aux blocs les mêmes moulures et parfois aux pieds-droits leur obliquité. Bien plus, des architectes ont (fig. D) gardé les ressauts, les crossettes, dans des percements couverts d'un arc. On voit comment des formes parfaitement rationnelles à l'origine avaient perdu leur raison d être. Or, dans le Monument aux Morts, du Père-Lachaise (fig. E), rien n'empéchait de faire des pieds-droits verticaux ; mais une porte plus étroite du haut devait avoir un aspect archaïque et, comme il s'agissait plus de poésie que de statique, l'architecte a pu avec raison revenir à la forme primitive.

On peut dire que l'architecture strictement rationnelle n'existe

- PRÉFAGE

guère, en dehors de certains genres d'utilité pure, comme nos viaducs ou les fortifications. Il n'en est pas moins vrai que c'est un but éternellement assigné aux efforts de l'artiste. Durant toutes les grandes époques, l'architecture s'est approchée de la sincérité : dans l’ensemble, l'art grec est vrai; l'art roman et gothique l'est davantage encore. Quant à l'art romain et à l'art classique, lors même qu'il n'y aurait pas contre eux d'autre grief que d'avoir transporté à l'intérieur les ordonnances composées pour le dehors, y compris la corniche, dont le: réle est de. protéger contre la pluie, une erreur aussi forte empécherait de louer sans réserve une architecture illogique à ce point.

Est-ce à dire que l'on doive dédaigner toutes les productions de ces périodes?

Évidemment non : sur des données contes-

tables, l'artiste a pu faire preuve de talent, sinon de génie. Il faut apporter dans la compréhension des œuvres d'art un large

Pic. E. — Anounisur éclectisme et ne pas s'interdire d'appré- TE cier, où qu'on les trouve, l'intelligence Pa Charlie Pie et le goût.

Lo: Enfin, les édifices d'autrefois ne valent pas seulement par leurs mérites esthétiques ; une combinaison peut être originale sans être belle. Sans compter que telle maçonnerie, qui n'est ni belle ni originale, est parfois le témoin d'une école à peu près disparue.

Le petit glossaire par lequel se termine l'ouvrage ne sera pas inutile s'il réagit un peu contre l'anarchie qui règne dans le vocabulaire archéologique : les ingénieurs parlent une langue ; les architectes en parlent une seconde, qui s'éloigne de la première; les archéologues en parlent une troisième, sensiblement différente de l'une et de l'autre. Et comme s’il n'y avait pas assez de confusion XII 2

F sit PRÉFACE =D

l'est pas.

Dans un livre de vulgarisation comme celui-ci, il n’était pas

possible d'indiquer les auteurs auxquels sont parfois empruntés les faits ou les commentaires. Les archéologues avertis discerneront sans peine.les sources et au bas de bien des pages ils mettront

les noms de MM. R. de Lasteyrie, Cartailhac, Mâle, André Michel, |

Enlart, etc., ou du regretté Anthyme Saint-Paul. Je tiens à reconnaître l'aide précieuse que m'a prêtée mon ami P. Lafollye : il a bien voulu revoir mes épreuves et m'a suggéré de très utiles

dans cette Babel, certains donnent aux mots usuels un sens qui ne

amendements. De même, M. Cartailhac et M. Harlé, ingénieur |

tion moderne. Je dois des remerciements particuliers à M. Marcel Monmarché : il a sans cesse apporté à notre œuvre commune son érudition d'archéologue et son expérience d'éditeur.

Un exposé théorique appelle une illustration schématique. De même que le texte, les dessins de cet ouvrage ont moins pour but d'énumérer ou de décrire les édifices existants que d’en faciliter l'intelligence. Il a fallu, néanmoins, recourir souvent aux photographies : je m'excuse d'avoir puisé sans discrétion dans le beau volume que M. L. Hourticq a donné à la collection Ars una.

Grâce au développement du tourisme, les Français ont entrepris de découvrir la France. Puissent les pages qui suivent aider nombre d’entre eux à comprendre et à aimer l'ensemble incomparable que forment les monuments de notre pays. À quelque point de vue qu'on se place, esthétique, historique, économique même, ces monuments provoquent la curiosité et commandent l'admiration. Valeur économique : il y a déjà longtemps, en un moment où les métaux monnayés avaient un pouvoir d'achat supérieur à leur pouvoir actuel, Viollet-le-Duc calculait que la reconstruction de Notre- Dame de Paris reviendrait à plus de cent millions, que Chartres, Amiens ou Reims coûteraient davantage ; or, une cathédrale est

en chef des Ponts et Chaussées, ont fort amélioré de leurs conseils, | l'un le premier chapitre, l'autre les passages relatifs à la construc- |

= PRÉFACE ee

peu de chose, comparée à toutes les églises d'un diocèse ; nos églises représentent un effort financier, un chiffre inestimable. Intérêt historique : Cluny ou Citeaux et les grands ordres monastiques, | les cathédrales du Nord et les communes, Reims et la série des | sacres, la Sainte-Chapelle et saint Louis, Fougères et Du Guesclin, Chinon et Jeanne d'Arc, Versailles et le grand siècle, les Invalides et l'épopée napoléonienne, vieux châteaux, vieux palais, vieilles églises de France sont les témoins de la plus merveilleuse histoire qui se soit déroulée sous les cieux. Perfection esthétique : pour nous en tenir au Moyen Age, chez nous se sont élaborées ces architectures romane et gothique dont la décoration rivalise. avec l'art antique le plus pur, dont la construction l'emporte, par l'ingéniosité et le sens esthétique, sur toutes les écoles.

Apprenons à connaître ces monuments où la foi, la vaillance et le génie de nos pères ont mis tant de gloire et de beauté.

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