CHAPITRE VII
Analyse de la décoration :
les sujets.
Principes généraux. — Les différentes époques n'ont pas les mêmes principes en matière de décoration. Nous savons que l'art gallo-romain isole trop aisément la décoration et la construction et subordonne celle-ci à celle-là : dans certaines compositions architecturales, les colonnes n'ont pas d'autre raison d'être que de servir de support à des statues. La période barbare chercha dans les applications d'enduits, de stuc et dans les revêtements de marbre une décoration plus riche que rationnelle. L'art roman et l’art gothique se rapprochèrent ici, comme sur d'autres points et fort inconsciemment, de l'esthétique grecque : pour eux, la décoration était avant tout la mise en valeur des moyens de construction. Elle n'était pas indépendante, mais concourait à un effet d'ensemble : l'art était discipliné et le sculpteur anonyme faisait à l'œuvre collective le sacrifice de son amour-propre personnel. Si des statues de portail sont rigides, en fuyau d'orgue, c'est qu'elles sont plaquées contre des pieds-droits ; elles portent et, pour ce motif, elles doivent rester dans la ligne verticale,
En même temps que du rôle dévolu à sa sculpture, le tailleur | d'images tenait compte de la place qu’elle devait occuper. Quand on regarde de bas une statue assise, le buste se raccourcit et les cuisses s’allongent ; l'artiste doit donc faire le buste long et les cuisses courtes. Ainsi a procédé l’imagier
du x11I siècle, qui a taillé les statues de la Maison des Musi- | ciens à Reims,et bien d’autres, en des œuvres moins célèbres, ont fait comme Jui.
Enfin, l'artiste du Moyen Age sait borner son ambition : 1l
D. LES PRINCIPES DE LA DÉCORATION -
ne demande à son outil que ce que l'outil peut lui donner. Les | bas-reliefs du x111° siècle, par exemple, sont simples et ont un seul plan, à la différence de ces bas-reliefs modernes à plans | | multiples, où des sculpteurs dépensent tant de travail et de es | talent pour un si médiocre résultat. |
En matière de décoration, comme en fait de construction, la force du Moyen Age lui vient de ce qu'il suit son bon sens : il cherche le mieux librement, sans se laisser asservir à des règles de convention pure, comme celles qui furent imposées | | par l'Académisme du XvIIf siè- |
cle. Ses imagiers, par exemple, * | l ne se croyaient pas déshonorés | | | de reproduire la couleur en | même temps que la ligne, et | ils ne s'interdisaient point de |
peindre leurs statues pour qu'elles fussent plus parlantes.
De même, les maîtres d'œuvre gothiques ont cherché dans la combinaison de teintes franches et vives un moyen de faire | ressortir la composition architecturale. La polychronie, pros- | crite dans l’art officiel depuis Louis XIV, était en honreur du temps de saint Louis et sur la façade de Notre-Dame, comme elle l'avait été parmi les contemporains de Périclès et sur la | facade du Parthénon.
L'idée. — Il est des ornements qui ont une signification précise, une valeur positive en droit : un écusson armorié sur une clef de voûte, une frise sculptée ou plus souvent peinte autour d’une église ou d’une chapelle. Cette frise est ce que l'on appelle une litre. Des croix peintes sur les piliers ou sur le parement intérieur du mur attestent que l'église a été consacrée.
Les armoiries sont posées sur des écus, dont la forme primitive (fig. 87) est habituellement celle des écus, des boucliers du x11i siècle, pointus du bas. À partir de la fin du xvi° siècle, apparaissent les écus plus carrés dont la ligne inférieure dessine une accolade renversée. Depuis le même siècle, les blasons féminins sont souvent sur un écu en losange.
Les pièces héraldiques peuvent être représentées isolément. Rien n’est plus fréquent que les châteaux de Castille, les léo-
Fic. 87. — Écus.