CHAPITRE I
L'architecture en Gaule avant les Romains.
Les temps préhistoriques et leur civilisation. — La pré- | histoire est impuissante à donner la date, fût-ce approximative, des faits les plus anciens qu “elle enregistre ; elle ne peut .| pas dire, même à des milliers d'années près, quelle fut la durée des temps qu'elle étudie. Nous savons, du moins, que les premières phases furent très longues : les hommes de ces époques reculées ont vu s’accomplir des phénomènes géologiques qui ont modifié l'aspect de notre globe ; ils ont traversé une période de chaleur, une période de froid humide, une période de froid sec, lesquelles ont changé les conditions de leur existence et de leur habitat.
Quant aux bouleversements d'ordre historique, nous les ignorons. D'où venaient les hommes quaternaires qui occupaient nos régions ? Quelles migrations, quelles conquêtes ont conduit des maîtres nouveaux dans le pays qui est aujourd’hui la France, et de quelles épopées a-t-il été le théâtre? Il faut nous résigner à ne le savoir jamais. Nous sommes également réduits, en ce qui concerne l'état social de ces générations et leur degré de culture, à des hypothèses, à des inductions basées sur des comparaisons avec les peuplades sauvages contemporaines. Car nos ancêtres de ces âges lointains étaient, en effet, des sauvages.
Ceux des premiers temps, groupés en petites tribus, étaient obligés de se défendre contre les bêtes féroces qui, suivant les périodes, tenaient la contrée : hippopotame, rhinocéros, hyène, puis grand ours, mammouth, lion, renne, bison, grand cerf, antilope saïga, etc. Sans négliger la pêche, ils demandaient surtout à la chasse leur alimentation etleurs vêtements. Or,l'homme
PE AVANT LES ROMAINS ar ufet |”
n'avait pas apprivoisé le chien et le cheval, ni le bæœ le mouton, et il luttait contre la Création entière, seul. avec des armes et des outils dont la barbarie nous déconcerte. C'étaient (fig. 1), à l’origine, des silex taillés par percussion et par pression, servant de poignards, de haches, de pointes de flèche et qui ont donné son nom à l'âge de la pierre éclatée ou période paléolithique. Ce furent ensuite (fig. 2) les armes et les outils en pierre polie de la période néolithique.
FIG. 1. — PIERRES ÉCLATÉES. F1G. 2. — PIERRES POLIES. Rognon de silex dégrossi; percuteur ser- Pierre préparée pour le vant à travailler la pierre; lame détachée polissage ; hache polie; par percussion; outil terminé. hache montée sur corne. Cliché de l'auteur. Cliché de l'auteur.
Suivant M. Déchelette, 2000 ans environ avant Jésus-Christ apparut le cuivre et peu après le bronze ; le fer commença d'être employé en Gaule vers l’an 900 avant notre ère.
Le métal fut d'abord une rareté coûteuse réservée aux chefs; de longtemps l'introduction de l'outillage métallique ne modifia sensiblement ni le style de l’art ni les procédés de l'industrie. Il y eut à cet égard, non une révolution, mais une évolution graduelle : on peut en conclure que l'usage du métal fut apporté par des commerçants et non par une invasion de conquérants.
Dès l'âge de la pierre polie, les caboteurs mettaient nos pays en rapport avec l'Orient ; par eux, les côtes de l'Atlantique prenaient contact avec le bassin méditerranéen, pendant que des caravanes répandaient à l'intérieur les matières précieuses et les objets fabriqués qui provenaient des contrées
cu LES CAVERNES —
éloignées. Ce négoce rudimentaire exerça peu à peu une action effective : les fouilles nous révèlent des traces de ces échanges pacifiques, tandis que, sans l’histoire et sans les textes, nous ne connaïîtrions pas les invasions qui amenèrent sur notre sol, vers les VIS-v® siècles avant notre ère, les Celtes venus d’au delà du Rhin, les Ibères d'au delà des Pyrénées.
Les cavernes. — [Le chasseur de rennes, l’homme de la pierre taillée, éleva souvent sa hutte en plein air, sur les plateaux, au bord des rivières.
Souvent aussi, principalement aux époques où le climat était rigoureux, il chercha un abri dans les cavernes. La superposition des couches de débris accumulés dans ces cavernes montre que certaines eurent d’autres habitants: l’homme
en chassa les bêtes féroces Fic. 3. — ENTRÉE D'UNE GROTTE. et parfois il en fut chassé Cap-Blanc de Laussel (Dordogne). par elles. Il y eut des tro- Cliché du D' Lalanne.
glodytes, des habitants de
cavernes, pendant très longtemps, jusqu'a l’âge du fer. Ces grottes sont des excavations naturelles, que l’on attribue
au travail des eaux souterraines. L'homme choisissait de préfé-
rence celles qui s’ouvraient à proximité des cours d'eau, et 1]
installait son foyer à l'entrée : c'est là que l'on retrouve les débris de cuisine, les outils, les armes, les vestiges de la vie journalière. Quelquefois, dans le Nord de la Gaule, plus fré-
quemment dans le Centre et le Midi, les grottes ont reçu des
sépultures. Cependant, quand on se rappelle les longs siècles durant lesquels les grottes furent occupées et que l’on songe au petit nombre de corps qui y ont été découverts, on est porté à conclure que l’inhumation dans les grottes a été une exception.
Les grottes n'étaient pas seulement des refuges et des cimetières, elles devaient encore servir de temples. Elles abritaient, avec les vivants et les morts, les dieux et leurs mystères. Ainsi s'explique, du moins, que les peintures des cavernes sont habituellement éloignées de l'entrée : à Niaux, dans
AVANT LES ROMAINS
! l'Ariège, elles sont à 800 mètres du jour, comme si on avait voulu les soustraire aux regards des profanes.
Cette ornementation des cavernes, que l'on n'avait pas remarquée jusqu'à ces dernières années, provoqua d'abord une défiance bien compréhensible. Une observation plus attentive et des comparaisons montrèrent que les couches archéologiques et les décompositions chimiques garantissaient l'ancienneté de ces œuvres, qui, d’ailleurs, se ressemblaient entre elles et ressemblaient aux gravures sur os de la même
époque. Les grottes à parois décorées ac-
tuellement connues sont au nombre d'uné
quarantaine, réparties surtout dans le Midi
de la France, Sud-Est et Sud-Ouest com-
ui pris, et dans le Nord-Ouest de l'Espagne.
À Il est à prévoir qu'on en découvrira dans F1G.4. — GRAVURE d'autres pays.
RE Les figurations (fig. 4 et 5) ont d'ordiions naire pour objet les grands animaux de la aune quaternaire : le mammouth, le
bison, le renne, le cheval, toutes les bêtes dont on vivait alors. Quelques-unes portent au flanc une flèche ou l'empreinte | plus ou moins défigurée d'une main ; l’une et l’autre image évoquent l'idée du fotem, une croyance des peuplades très arriérées, qui n'est pas sans rapport avec l'envoûtement : en figurant le gibier, l'artiste quaternaire pensait lui donner une existence factice ; 1l le multiphiait, 1l le capturait en effigie. L'art se mêlait à des rites magiques, à une religion grossière.
Ilest plus simple de reproduire les objets tels qu'ils sont que de faire abstraction de la profondeur et de les repré- | senter tels qu'on les voit, en dessin. La sculpture apparaît dès les origines de l’art : on a même signalé naguère des bisons modelés superbement en argileau fond d’une caverne ariégeoise. Les gravures au trait les plus archaïques montrent les animaux de profil, les deux membres de premier plan cachant les deux autres; plus tard, l'allure fut plus libre et le dessin plus varié.
La peinture pouvait être associée à la gravure: le trait gravé arrêtait les contours. On choisissait parfois une bosse du rocher, un accident naturel formant une silhouette, que l'on coloriait ensuite. La palette était pauvre, mais suff-