LES FEUILLAGES
vent emprunté à l'Orient des types d'animaux stylisés, dont les queues se terminent en feuillages, des groupes d'animaux disposés suivant une donnée traditionnelle, par exemple des oiseaux montés sur des quadrupèdes qu'ils becquètent (fig. 151). Le même art et l’art du Moyen Age en général ont soumis les animaux et surtout les animaux exotiques à une déformation amusante : c’est un fait connu que souvent, jusqu'au xvII® siècle inclusivement, les animaux indigènes ne sont guère plus vrais.
La sculpture imitative : les feuillages. — Les végétaux ont fourni à la sculpture monu-
] cr AU F1G. 151. — SCULPTURE ROMANE
mentale une source 1népui- INSPIRÉE DE L'ORIENT. XII® SIÈCLE. S abl cd Saint-Eutrope de Saintes.
motifs. La Ctiché Neurdein.
flore a varié suivant les époques, et aussi la manière de la traiter et d’en tirer parti. On pourrait disserter longuement sur les modifications subies par l’acanthe : d’abord, fine et nerveuse; puis, vers la fin de l’époque romaine, déchiquetée, avec des trous de trépan ; FIG. 152. lourde et gauche sur les chapiteaux latins ; ones rendue avec habileté au x11° siècle; gracieuse à la Renaissance : plus ferme et percée d’ajours sous Louis XIII ; plus classique sous Louis XIV; ployée, tournée comme par une rafale sous Louis XV ; raide sous l'Empire. En règle générale, les feuillages latins sont une imitation plutôt grossière des feuillages romains. Les feuillages romans reproduisent des types conventionnels antérieurs, romains, orientaux, etc., et sont quelquefois ramenés à des formes tellement régulières (PI. II, B) qu'on peut hésiter s’il s’agit de flore ou de passementerie. Les feuillages gothiques sont copiés sur les plantes de nos pays. Les feuillages plus récents sont
OI
LES PROCÉDÉSSDE DA SD PECORAEANOIN
‘un emprunt, parfois assez libre, à l'antiquité. Dans l'ensemble, si l’on excepte la sculpture gothique, la stylisation l'emporte de beaucoup.
La palmette (fig. 152) est une feuille pro-
de lobes : après les Romains, les romans et les modernes en ont fait un usage fréquent.Les palmettes alignées peuvent être séparées souvent par des fleurs plus petites.
Fié 153. Les feuilles d'eau (fig. 153), larges, plates,
FeuiLie L'EAU sans refend, proviennent
parfois de ce que le feuillage n'est pas fini. Les feuilles de refend, dont l'acanthe est une variété, ont, au contraire, leurs bords déchiquetés. Elles présentent des formes très diverses et se confondent assez fréquemment avec la palmette.
Les quatre-feuilles, les rosaces à quatre pétales, les fleurs crucifères (fig. 154) sont à Dé ee dérivés de tracés géométriques plutôt que PERLÉ. de formes végétales. Il en est de même de la marguerite à six pétales et du soleil ou hélice (fig. 155), qui sont des motifs très anciennement usités en Orient et qui ont persisté très tard chez nous dans les ouvrages de bois.
Les feuillages romans sont souvent traités en gouttière (PL. II, A et B): le milieu de la feuille porte une dépression, des facettes rentrantes diversement éclairées ; on obtient de la sorte, sans aucun effort, ces
F1G. 155. — MARGUERITE ET HÉLICE. jeux d'ombre et de lumière, cette multi-
plicité de lignes, d’où le roman tire ses plus sûrs effets. Certains feuillages romans ont cependant une belle allure qui rappelle
l'antique : par exemple, les magnifiques roses du linteau de la |
porte à Moissac (fig. 156). Ce sont des productions du x11 siècle. On commet, en effet, une erreur quand on pense que plus