A LA MAISON », DOUBLE RÉPROBATION
Ayant présenté le petit groupe des élus, Marc leur oppose deux types de réprouvés.
Les scènes qu'il leur consacre sont habilement entrecroisées, selon un procédé qui lui est familier (cf. t. I, p. 20). Elles se situent « à la maison ». Ainsi s'opposent figurativement aux gens qui se tiennent à l'intérieur ceux qui doivent rester dehors.
a) Les proches et les scribes
(20-22) Les exclusions prononcées par le Christ sont introduites et motivées par une critique de sa personne qui doit être courante au temps de Marc et qui sera reprise plus tard encore (cf. Justin, ApoL, I, 30 ; DiaL, LXIX,
7, etc.) : « Jésus ne se possède pas, il n'est qu'un suppôt des démons, un magicien. »
Cette accusation sacrilège est attribuée à la mère du Christ, à ses frères et à des scribes, eii souvenir des reprochés soulevés contre Moïse par Marie, qui en fut sévèrement punie {Nomb. XII, 1-2), contre le Juste des Psaumes par ses proches, qui sont pris vivement à partie pour ce fait {Ps. L., 16, 20, 22), contre le Sage par les insensés, qui, l'ayant traité de fou, sont voués à un mauvais sort [Sag., V, 4 et suiv.).
b) Béprohation des scribes
(23-26) Jésus réplique aux scribes en un petit discours, formulé en « paraboles » pour une raison théologique sui sera exposée plus loin par le narrateur (IV, 1 suiv.). On s'aperçoit, dès le début, que les propos qui lui sont attribués viennent de Marc, car ils prennent la forme d'une triade : « Si un royaume... Et si une maison... Et si Satan... » Ces trois réflexions parallèles tendent à montrer que les guérisons qui viennent de s'accomplir ne peuvent être l'œuvre d'un démon, comme disent les scribes.
(27) Une remarque nouvelle donne à entendre qu'elles sont plutôt l'œuvre d'un ennemi de Satan, qui commence à le maîtriser pour ruiner ensuite son empire. La phrase a une forme
assez contournée. C'est qu'elle s'inspire d'une prophétie d'Isaïe (XLIX, 24), d'un sens très différent, qui annonce que le butin du « fort » lui sera enlevé.
(28-30) Vient enfin une sentence de réprobation à l'adresse des scribes. Elle aussi est calquée sur des textes bibliques. On lisait déjà dans le l^^ livre de Samuel (II, 25) : « Si un homme pèche contre un autre homme, Dieu le jugera. Mais, s'il pèche contre le Seigne^r, qui intercédera pour lui ? » Et le Lévitiqiie (XXIV, 16) disait aussi : « Celui qui blasphémera le nom du Seigneur sera puni de mort. »
c) Réprobation de la parenté
(31-35) La scène suivante a suscité de nombreux commentaires, qui s'efforcent d'en atténuer la tendance. Le sens en est très clair, pour qui s'en tient au texte et ne veut point l'isoler du contexte. Les proches de Jésus, ayant adopté la même attitude que les scribes parce qu'ils figurent comme eux le judaïsme charnel, hostile à l'Esprit, tombent sous la même réprobation. Traité par eux d'insensé, le Christ ne veut plus les connaître.
Sa mère, personnification de la Synagogue, qui n'apparaît dans notre évangile que pour prendre une attitude hostile à son égard, comme autrefois Marie à l'égard de Moïse,
reste hors de la maison, comme son homonyme a dû rester jadis « hors du camp » israélite, en punition de sa faute [Nombr., XII, 14). Et l'exclusion se présente ici comme définitive, tandis qu'elle était alors simplement provisoire, car le péché dont il s'agit ici ne peut être remis. Reniée par le Christ, la nouvelle Marie ne reparaîtra plus, même au Calvaire.