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IV. — ENSEIGNEMENT A DOUBLE SENS

La section qui suit se rattache étroitement à la précédente, qui en contenait une anticipation (III, 23-27). Elle exprime sous une forme sensible la différence établie par Jésus entre les réprouvés et les élus. Aux uns le Maître ne parle qu'en figures ; aux autres il fait entendre un langage très clair.

L'exposé port» ici tout particulièrement la marque du narrateur. Il est, en effet, constitué par trois paraboles qui s'enchâssent entre une brève introduction et une conclusion non moins rapide..

Introduction

(1-2) Jésus donne ses instructions au peuple assemblé, comme l'a fait Moïse après sa des-

cente du Sinaï. Il s'exprime en figures, parce qu'il le fallait, selon le témoignage formel de Matthieu, « afin que fût accomplie la parole du prophète qui dit : « J'ouvrirai ma bouche en paraboles, je proférerai des choses cachées depuis la création » [Mail., XIII, 35). L'oracle cité est attribué plus précisément à Isaïe par divers manuscrits. Gela pourrait bien être parce qu'il se trouvait associé et subordonné à un texte d' Isaïe qui sera invoqué plus loin (IV, 11-12). En réalité, il est emprunté au début, très librement traduit, du Psaume LXXVIir, où un sage idéal invite son « peuple » à écouter ses sentences.

Marc réalise cette scène en lui donnant le même cadre qu'à celle qui a précédé l'ascension de la montagne.

1) La semence qui tombe

La première parabole, en raison même de sa priorité, se trouve plus longuement exposée que les autres. Jésus suit à son sujet un ordre très schématique. Il expose d'abord la parabole, puis le but pour lequel il emploie ce genre énigmatique ; après quoi il explique ce qui semblait obscur, et enfin il fait connaître le but de cette explication.

a) Parabole à la foule

(3-9) La comparaison de la semence tombée en différents terrains et de la parole de Dieu recueillie par diverses sortes d'auditeurs se présentait d'elle-même, surtout dans un milieu familiarisé par les stoïciens avec l'idée du « logos séminal ». La parabole se révèle comme une construction de Marc par la distinction des trois mauvais terrains (v. 4, 5, 7) et des trois sortes de semence tombées sur une bonne terre (v, 8).

b) Bul de la parabole

(10-1-2) Dans le recueil d'Isaïe, Dieu disait déjà au prophète : « Epaissis le cœur de ce peuple, endurcis ses oreilles et bouche ses yeux, de peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, ne comprenne avec son cœur, ne se convertisse et ne soit guéri » (VI, 10). Plus loin, on lisait aussi au sujet des Israélites : « Ils n'ont ni intelligence, ni entendement, car on leur a fermé les yeux pour qu'ils ne voient point et le cœur pour qu'ils ne comprennent point » (XLIV, 18).

Paul rappelait déjà ces textes pour établir sa doctrine de la réprobation d'Israël {Bom., XI, 8). Il présentait la doctrine chrétienne

comme un « mystère » que Dieu révèle à qui il veut (/ Cor., II, 7-9; cf. Col, I, 26, etc.). Marc combine ces diverses données, en montrant les disciples conduits à l'écart par le Maître, qui leur explique le sens caché des paraboles.

c) Explication aux disciples

(13-20) L'explication est présentée avec quelque gaucherie, car elle assimile les diverses catégories d'auditeurs tantôt aux diverses sortes de terrain, tantôt à la semence jetée en chacun d'eux. Mais, chez Marc, ces maladresses de rédaction n'ont rien de surprenant. Dans l'ensemble et jusqu'en de très menus détails, le commentaire cadre si bien avec le texte commenté que celui-ci ne se comprendrait pas sans lui et n'a pu être rédigé que pour lui.

Or la situation qui est ici décrite supposé une communauté chrétienne qui a derrière elle un passé assez long pour avoir connu beaucoup de défections, où déjà la persécution sévit et provoque d'autant plus d'apostasies que les soucis mondains y jouent aussi un grand rôle.

d) But de V explication

(21-52) Après ce commentaire viennent quelques remarques qui ont l'air de répliquer à une

objection. C'est qu'on peut se demander pourquoi une doctrine secrète est ainsi divulguée. Marc fait répondre, dans des phrases rythmées dont le caractère artificiel est évident, que la lumière est faite pour se montrer. Les disciples peuvent donc présenter au grand jour les enseignements de leur Maître (v. 21-22).

Ils le doivent même, car c'est dans la mesure où ils les communiqueront aux autres qu'ils en seront eux-mêmes gratifiés. Ils ne reçoivent que pour donner (v. 24-25).

Pour Marc, Jésus ne révèle donc directement qu'aux apôtres le mystère du royaume de Dieu. Mais il veut que la révélation en soit faite par eux à tout le monde. Paul exposait déjà le même point de vue en diverses Epîtres {ICor., IV, 1 ; Rom., XVI, 25 ; Eph., III, 4-11 ; Col., I, 26, etc.).

2) La semence qui pousse

(26-29) La parabole qui suit se rattache étroitement à la première et a dû être suggérée par elle. On y reconnaît une création de l'évangéliste, à la distinction des trois étapes par lesquelles se manifeste la poussée de la semence : « d'abord de l'herbe, puis de l'épi, puis plein de blé dans l'épi ».

Il va de soi que tous les détails, ici encore,

sont mystérieux. Ils doivent être interprétés allégoriquement des progrès de la foi chrétienne.

3) La semence qui devient un grand arbre

(30-32) La 3« parabole est le , complément naturel des deux autres. La semence apparaissait dans l'une en son commencement, dans l'autre au cours de son évolution. Elle est ici arrivée à sa fin. Ces sortes de divisions sont familières à Marc.

L'exposé débute, par une interrogation, qui se lisait déjà, en termes équivalents, chez Isaïe (XL, 18) et dans les Lamentations de Jérémie (II, 13). Il s'achève sur une description apparentée à une prophétie messianique d'Ezéchiel (XVII, 22-23), où l'on voit un « tendre rameau » devenir « un cèdre magnifique »

sur les branches duquel des oiseaux de toute espèce viennent se reposer (cf. Ezech., XXXI, 6 et Dan., IV, 12). L'idée centrale peut venir de la tradition stoïcienne, comme celle du « logos séminal », car elle se présente dans une lettre de Sénèque à Lucilius (XXXVIII, 2).

Conclusion

(33-34) La conclusion accentue la portée doctrinale du récit, mais en accroît aussi

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l'invraisemblance. Gomment concevoir un maître qui ne s'adresserait au grand public qu'en termes mystérieux, avec le souci constant de n'être point compris, alors surtout qu'il se présenterait comme envoyé par Dieu pour enseigner aux hommes le chemin du salut ?

Nous sommes ici devant une pure fiction de Marc, inspirée par la théologie de Paul.

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