‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 20 sur 53 · I. — PRÉAVIS AUX JUIFS · texte numérisé non relu

I. — PRÉAVIS AUX JUIFS

Une P^ section prépare les scènes qui vont suivre en faisant donner aux Juifs une sorte de préavis de l'évangélisation des Gentils.

Comme ils voient dans tous les étrangers des gens impurs, qu'on ne peut fréquenter sans se souiller soi-même, l'évangéliste met dans la bouche du Christ une critique de leur conception des souillures légales.

L'exposé se divise de lui-même en trois parties, car Jésus converse d'abord avec les pharisiens et les scribes, puis avec la foule, enfin avec les disciples.

1) Discussion avec les pharisiens

Le premier entretien, d'où naissent les deux autres, présente lui-même une nouvelle triade. Il rapporte en effet une question des scribes

et des pharisiens, puis une double réponse de Jésus.

VII. (1-5) La question initiale concerne les ablutions rituelles des Juifs. Ceux-ci pensent s'être souillés en touchant un objet profane; ils croient devoir ensuite se purifier en se lavant les mains ; ils lavent même tous les objets à leur service qu'ils estiment, sujets à la même souillure. Les chrétiens formés à l'école de Paul jugent ces pratiques superflues. Ont-ils raison d'aller ainsi contre la tradition ? Marc fait adresser à Jésus lui-même cette objection qu'ont souvent entendue les chrétiens de son temps.

(6-8) La 1^6 réponse condamne les questionneurs en vertu d'un texte d'Isaïe (XXIX, 13), par qui l'évangéliste fait dire que la tradition alléguée vient des hommes et non de Dieu.

II est curieux de constater que le contexte immédiat de cet oracle (XXIX, 14) était cité par Paul, contre « le scribe» et « le disputeur de ce siècle », presque immédiatement avant la phrase que nous venons de voir utilisée par Marc sur les Juifs quêteurs de miracles (I Cor., I, 19-22). L'évangéliste reste donc ici en rapport intime avec l'Apôtre.

(9-13) La 2« réponse commente et complète la l'"® en donnant un exemple de l'hypocrisie reprochée par le prophète à son peuple. Ces gens, si soucieux de se laver les mains, ne

craignent pas de violer un commandement de Dieu aussi grave que celui qui prescrit d'honorer les parents, en déclarant korban, nous dirions aujourd'hui « tabou », ce qu'ils leur doivent légalement.

2) Parabole a la foule

(14-16) L'entretien que Marc fait tenir ensuite avec la foule apparaît aussi fictif que celui qui précède, par la manière dont il est introduit. Jésus appelle cette masse, comme si elle se tenait à une distance respectueuse et dans une attitude déférente, toute prête à s'approcher au moindre signe. Il lui donne son avis sur une difficulté qu'elle est censée n'avoir pas entendue. Il le fait en une parabole qui est, comme toutes les autres, destinée à n'être point comprise.

Encore faut-il noter que cette parabole déplace sensiblement la question. Tout en restant sur le terrain des observances juives, elle passe des règles qui concernent les ablutions à celles qui se rapportent aux aliments, pour donner à entendre qu'elles sont également vaines.

3) Explication aux disciples

Le dernier entretien avec les disciples est

bâti comme le premier avec les pharisiens.

Il comporte comme lui une question et deux réponses.

(17) La question rappelle celle qu'avaient posée les disciples au sujet de la parabole du semeur (IV, 10).

(18-19) La 1er réponse commence, ici comme là, par un reprochie de Jésus sur l'inintelligence des disciples (cf. IV, 13). Puis elle explique un peu lourdement que ce n'est point ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, car ce qui s'y trouve d'impur ne reste pas en lui.

Elle ne fait par là que reproduire la doctrine de Paul, pour qui aucun aliment n'est impur [Rom., XIV, 14).

(19) La 2^ réponse, passant de ce point de vue matériel à celui de l'esprit, fait remarquer que ce qui souille l'homme c'est le mauvais fond qui vient du « cœur » ou de l'âme. La suite explique en quoi il consiste. Douze noms de péchés y sont donnés, dont 6 sont au pluriel et 6 au singulier. Une énumération analogue se lisait déjà chez Paul {Gal.^ V, i9 ; cf. Co/., III, 8). Celle de Marc est plus soignée. Le nombre des péchés qui s'y trouvent recensés correspond à celui des corbeilles de la multiplication des pains (VI, 43), des années que comptait, la fille de Jaïr (V, 42) ou durant lesquelles souffrit l'hémorroïsse (V, 25). Il

rappelle, comme eux, celui des douze tribus d'Israël. Marc a donc bien toujours en vue le judaïsme. Mais il n'en parle ici, que pour en dénoncer les tares, pour expliquer que Jésus devait quitter les Juifs afin d'aller aux Hellènes, comme a fait plus tard l'Apôtre des nations.

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