‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 22 sur 53 · III. — ATTITUDE DES JUIFS · texte numérisé non relu

III. — ATTITUDE DES JUIFS

Une dernière section décrit l'attitude adoptée par les Juifs en face de l'évangélisation des

Gentils. Elle est plus artificielle encore et plus fictive que celles qui précèdent, car le narrateur y utilise d'un bout à l'autre des clichés qui ont déjà servi, comme il vient de le faire dans le précédent épisode.

1) Vers Dalmanoutha, endurcissement des pharisiens

(10) Après la P^ multiplication des pains, Jésus s'était embarqué avec ses disciples pour aborder dans le pays de Génésareth, où bientôt des pharisiens étaient venus vers lui pour lui chercher noise. Après le second miracle, il s'embarque pareillement avec les douze, il va « dans la région de Dalmanoutha » (?) ou de Magadan (?) (^), est à nouveau rejoint par des pharisiens, qui se mettent à disputer avec lui.

(11) Ces gens le somment de prouver sa mission divine par un miracle. Ils prouvent par là qu'ils n'ont rien compris à ceux qui viennent d'être opérés et particulièrement aux derniers qui figurent l'évangélisation des Gentils. Leur incrédulité obstinée s'oppose, en un contraste saisissant, à la foi spontanée des Hellènes.

La forme sous laquelle est posée la question

1. Voir la note à ce verset dans La plus ancienne Vie de Jésus, p. 147.

fait penser à Elie, qui était déjà passé dans la région de Tyr et de Sidon, qui avait aussi multiplié miraculeusement des vivres, et qui, rentré ensuite en Israël, avait discuté avec les prêtres de Baal et triomphé d'eux en faisant descendre le feu du ciel (I Rois, XVIII, 1-39). Les pharisiens lui demandent d'en faire autant. (12) Un refus formel est opposé à cette sommation importune. Marc reste ainsi d'accord avec lui-même, puisque chez lui le Christ voyage toujours incognito et recommande le silence sur sa messianité à ceux qui en ont pénétré le secret. Il s'accorde aussi pleinement avec Paul, qui écrit, dans un texte déjà utilisé par l'évangéliste (VI, 55-56) : « Les Juifs demandent des miracles... Nous, nous prêchons le Christ crucifié... » (ï Cor., I, 22-23).

2) En mer, aveuglement des douze

(13-21) L'épisode suivant se rattache aux deux multiplications de pain racontées plus haut et participe donc à leur caractère fictif et symbolique. Jésus rappelle l'une et l'autre aux disciples pour leur faire constater qu'ils n'en ont pas saisi le sens, en d'autres termes qu'ils n'ont pas plus compris l'évangélisation des Gentils que celle des Juifs.

Pour amorcer l'entretien, Marc conte que

les douze, s'embarquant à nouveau, oublièrent de prendre des pains, et qu'ils s'en aperçurent et se le dirent les uns aux autres parce que le Christ leur recommandait de • se garder « du levain des pharisiens et du levain d'Hérode » (cf. III, 6). C'est leur attribuer une étourderie et une balourdise vraiment étrange chez des « pêcheurs d'hommes » qui doivent convertir le monde. Marc insinue d'ailleiurs qu'ils ne se rendirent pas mieux compte des nouvelles remarques du Christ, car devant la question finale posée par lui : « Ne comprenez-vous pas encore ? » il leur fait garder un silence accusateur. Une telle inintelligence dépasse les bornes du vraisemblable.

Mais Marc se préoccupe fort peu de vraisemblance. Il veut montrer une fois de plus (cf. ÏV, 12) comment, s'est réalisé l'oracle d'Isaïe (VI, 9-10) concernant les gens qui ont des yeux pour ne, point voir et des oreilles pour ne point entendre. Comme on pourrait n'y point songer, il le fait rappeler en termes assez clairs par le Christ (VIII, 18).

3) A Bethsaide, guérison d'un aveugle

(22-26) L'évangéliste , figure ces gens qui ont des yeux pour ne point voir par l'aveugle que Jésus rencontra dans la même occasion. La

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rencontre eut lieu à Bethsaïde, la « maison de la pêche ». C'est que l'infirme représente les pêcheurs galiléens recrutés par Jésus.

Isaïe avait dit, au sujet des jours où l'on verrait la gloire du Seigneur et où se multiplieraient les prodiges : « Alors s'ouvriront les yeux des aveugles » (XXXV, 5 ; cf. XXIX, 18). L'évangéliste montre le miracle opéré par le Christ.

Le récit qu'il en fait rappelle celui de la gucrison du sourd-muet (VII, 32-37). Ici comme là, Jésus prend l'infirme à l'écart, il le touche, et met de la salive sur l'organe malade.

Un détail est nouveau. L'aveugle, d'abord, n'est guéri qu'à moitié. Il voit, mais très confusément, car les hommes lui apparaissent comme des arbres. Comprenons que, sans être un incroyant, on peut n'avoir qu'une foi imparfaite. Par là ce récit prépare celui qui va suivre, car les douze y apparaîtront, dans la personne du premier d'entre eux, comme des chrétiens imparfaits qui ne croient qu'à moitié aux pijophéties concernant le Christ,

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