‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 25 sur 53 · I. — « VERS CÉSARÉE DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

I. — « VERS CÉSARÉE DE PHILIPPE

C'est pour situer les tableaux du début en un cadre païen que Marc montre Jésus allant « vers Césarée de Philippe ». Car la ville ne joue dans la suite aucun rôle. Elle intervient à titre purement symbolique. Composée d'Hellènes, elle représente le monde étranger au judaïsme, celui que Paiil a évangélisé.

Trois scènes vont s'y succéderj qui portent dans leur ordonnance générale et jusque dans les moindres détails la marque propre du narrateur.

1) Confession messianique de Pierre (27-30) La 2^ partie s'ouvre, comme la l^'^^

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par une affirmation de la messianité de Jésus. Mais ce n'est plus le Baptiste ou le Père céleste qui affirme qu'il est le Christ. C'est le premier des Douze, parlant au nom de tout le groupe, ou pour mieux dire, au nom du judaïsme, auparavant aveugle, dont les yeux, maintenant sont à moitié ouverts.

L'évangéliste amorce la déclaration de l'apôtre par une question du Christ : « Qui dites-vous que Je suis ? » Et il a introduit, cette demande elle-même par une autre plus générale : « Qui les hommes disent-ils que je suis? » C'était pour rappeler d'abord les trois hypothèses déjà formulées à la cour d'Hérode au sujet de Jésus (VI, 14-16). Il est d'après les uns Jean le baptiseur, d'après d'autres Elie, pour d'autres un des prophètes. De telles concordances montrent combien schématique est cette mise en scène.

La fin l'est plus encore. Jésus, qui a provoqué la réponse de l'apôtre, le réprimande pour l'avoir faite et lui défend de la répéter, bien qu'elle représente la foi qui sauve. C'est qu'ainsi le veut son rôle de Messie modeste tel que Marc le conçoit.

2) Première annonce de la mort

Ce n'est point pour faire valoir la croyance de Pierre que l'évangéliste lui a fait dire à

Jésus : « Tu es le Christ ». C'est plutôt pour avoir roccasion de souligner plus que jamais son inintelligence foncière. La suite du texte le montre bien.

(31) .« Il faut », explique Jésus, que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit officiellement « rejeté » et mis à mort, puis qu'il ressuscite après trois jours. La nécessité formulée ici est d'ordre scripturaire. Elle tient aux oracles messianiques. Les prophéties doivent s'accomplir. Or il a été prédit par Isaïe (LUI, 2-12) que le « serviteur de Jahvé », devenu dans le grec des Septante « l'enfant de Dieu », sera accablé de soufïrances, méprisé et abandonné des hommes, et mené comme un agneau à la boucherie, mais qu'il se verra ensuite appelé à une vie nouvelle et glorieuse. Un Psaume messianique (GXVIII, 22), en un passage qui sera cité plus loin (XII, 10), compare le juste idéal à une pierre qu'ont « rejetée » ceux qui bâtissaient. Osée (VI, 1-2), parlant d'une victime de Jahvé que celui-ci abat mais pour la relever, dit que ce relèvement se fera « le troisième jour ». Le livre de Jonas raconte aussi (II, 11) que son héros, condamné à mourir et englouti par un monstre, revint à la vie après trois jours. C'est à tous ces oracles et à d'autres encore, groupés apparemment en une sorte de florilège, que se réfère la parole de Jésus.

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(32) Pierre, persistant en son rôle d'aveugle dont les yeux ne sont encore qu'à moitié ouverts, ne voit pas la nécessité providentielle mise en avant par son maître. Réprimandé par lui pour l'avoir ouvertement qualifié de €lirist, il le réprimande à son tour pour s'être fait de sa messianité une idée si choquante.

(33) Il s'attire ainsi une admonestation nouvelle et virulente de Jésus, qui va jusqu'à le qualifier de « Satan » et qui lui reproche de ne pas concevoir « ce qui est de Dieu mais ce qui €st des hommes ». Cette dernière formule a un son paulinien. L'Apôtre avait dit : « L'homme animal ne comprend pas les choses qui sont -de Dieu ; elles sont' une folie pour lui » (I Cor.^ II, 14; cf. 11-12 et i^om., VIII, 5). L'algarade, dans son ensemble, rappelle d'ailleurs celle qui se lit contre Kephas dans l'Epître aux Galates (II, 11-14, cf. 15-20).

3) Leçon de renoncement

(34^) Marc tire la leçon de l'incident, en faisant appeler la foule par Jésus, qui lui adresse une instruction morale. Dans la scène précédente, le Christ était pourtant seul avec ses disciples. L'apparition d'une masse de gens qui surgissent soudain à son appel est d'autant plus invraisemblable qu'il se trouve « sur le

chemin » (VIII, 27) et en terre païenne. L'artifice est visible et a d'ailleurs été déjà utilisé (VII, 14).

(34*'-38) Les propos mis ici dans la bouche du Christ portent encore la marque du narrateur.. Ils consistent, comme dans la scène de réprobation des scribes (III, 23-26), en une formule d'introduction accompagnée de trois phrases commençant par le même mot, qui doivent servir de preuve.

L'introduction résume la doctrine professée par Paul, spécialement dans cette Epître aux Galates où Pierre a été si malmené, sur la nécessité qui s'impose au chrétien d'imiter le Christ en se crucifiant avec lui {Gai., Il, 19; V, 24; VI, 3-11 ; cf. Bom., VI, 3-14, etc.).

Les trois phrases suivantes s'articulent assez mal. Elles exploitent des idées qui devaient être courantes chez les prédicateurs chrétiens, et qui rappellent en leur ferme certains textes bibhques (Ps., XLIX, 8-9), ou pauliniens [Rom., I, 16).

IX. (1) Sur la dernière se soude gauchement une remarque nouvelle, qui prépare l'épisode suivant. Jésus, ayant parlé du temps où l& Fils de l'homme « viendra dans la gloire du Père avec les Saints Anges », ajoute que certains des assistants ne mourront pas « avant qu'ils voient le règne de Dieu venir en puissance ».

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Le langage est intentionnellement mystérieux^ comme en toute prophétie. Il semble se rapporter à une seconde venue du Christ, descendant du ciel dans l'éclat de sa gloire. Mais il ne vise cet événement final que d'une manière indirecte, à travers un autre, plus proche, qui en est la figure. Il doit s'entendre plutôt, et à la lettre, de la scène qui suit ^ et où l'on voif le Christ transfiguré.

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