TÉMOINS DE LA RÉSURRECTION
XV L (1-8) La 3® scène offre une sorte de réplique à la seconde. L'une faisait entrer Jésus au tombeau, l'autre l'en fait sortir. Aussi l'une avait lieu dans la soirée qui précédait le sabbat, l'autre se déroule dans la matinée qui le suit. Le dernier détail continue le symbolisme du premier. Ces antithèses et ces figurations trahissent la manière de Marc.
Ici et là, d'ailleurs, le récit s'organise d'après un schéma identique, où l'on retrouve trois parties bien distinctes. Joseph d'Arimathie allait chez Pilate {XV, 42-43), il s'entretenait avec lui (44-45), il repartait (46). Les trois femmes vont au tombeau (XVI, 1-3), elles y° entendent les propos d'un ange (4-6), après quoi elles s'enfuient (8). Dans les deux cas, nous avons devant nous une construction littéraire de l'évangéliste.
Le thème essentiel en aura été fourni par un texte d'Isaïe, où on lit, au sujet du juste qui « a péri », qui « a été enlevé en face de l'injus-
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tice » : « Son tombeau sera en paix ; il a été enlevé de son milieu » (LVII, 1-2 ; cf. Justin, DiaL, XGVII, 2 ; XGVIII, 15 ; Tertullien, Adv. Marc, IV, 43). Marc tient, en conséquence, à conduire les femmes dans l'intérieur du sépulcre, pour leur faire constater que Jésus / n'est plus là. Il explique leur démarche en disant qu'elles allaient embaumer son corps.
Par là il reprend le thème de l'onction à donner au Christ mis à mort, qui a inspiré son récit du repas pris à Béthanie chez Simon le lépreux.
Si l'évangéliste se borne à raconter que le tombeau a été trouvé vide, sans faire apparaître le corps ressuscité, c'est que, pour ses lecteurs, la disparition miraculeuse d'un mort constituait une preuve officielle de sa montée au ciel. Les Romains contaient que Romulus avait été introduit, après sa fin tragique, dans l'assemblée des dieux, parce que son cadavre n'avait, disait-on, jamais été retrouvé (Tite Live, I, 16). Les Juifs croyaient aussi à « l'assomption »
de Moïse, sur laquelle circulait un livre bien connu, parce qu'ils lisaient que, depuis le jour où leur grand législateur fut enterré, « personne n'a connu son sépulcre » {Deui., XXXIV, 6).
C'est d'une façon analogue que Marc conçoit la conclusion du drame, évangélique.
Comme le sens qu'il attache à la disparition
du cadavre risquerait d'être incompris ou contesté, il le fait exposer aux visiteuses par un ange, qui apparaît, comme il convient, sous la forme d'un jeune homme (cf. Tobie, V, 5 et suiv.), vêtu de blanc (cf. Jean, XX, 12 ; Apoc, m, 5, 18 ; IV, 4, etc.). L'intervention de ce personnage céleste, emprunté à l'imagerie juive et visiblement apparenté à celui qui intervenait dans L'Assomption de Moïse^ d'après VEpîire de Jude (v. 9), suffirait à montrer que nous sommes ici dans le domaine de la pure fiction.
Un dernier détail l'atteste mieux encore.
Les deux Maries et Salomé, ayant vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles un ange qui leur avait dit que le Christ était ressuscité, (f n'en dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Un tel mutisme de trois femmes, surtout en une occurrence pareille, est fort invraisemblable. Il amène d'ailleurs un lecteur avisé à se demander d'où peuvent alors venir tous ces renseignements. Le narrateur ne s'inquiète point de cela. Il cherche plutôt à expliquer pourquoi les faits qu'il raconte ont été ignorés jusqu'ici, pourquoi il est le premier à les conter.
Ceci d'ailleurs lui permet d'établir un contraste très net entre la fin de son récit et le début. L'Evangile a commencé par un cri, il s'achève par un silence.
Cette conclusion primitive, dégagée des surcharges introduites par les copistes, est bien plus simple et bien plus naturelle que les finales apocryphes qui lui ont été plus tard surajoutées (1).