‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 5 sur 53 · A) EN JUDÉE · texte numérisé non relu

A) EN JUDÉE

Marc distingue plusieurs étapes dans la propagation du message évangélique. Il parle d'abord de son « commencement », parce qu'il a en vue une suite et aussi une fin. C'est qu'il aime les divisions ternaires.

Ce qu'il dit du début de la « bonne nouvelle » en fournit déjà une première preuve. Cette section initiale se compose, en efîet, de trois scènes étroitement liées : l'annonce du Christ, son baptême, sa tentation.'

Aucun détail n'est localisé d'une façon précise. Au cours du premier récit, Marc parle seulement en termes vagues d'un désert où convergent « tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem » (I, 5). C'est que cela suffit à son dessein. En présentant, dès les

premiers mots, Jésus comme le « Christ », il montre assez qu'il veut avant tout faire voir comment se sont réalisés en lui les vieux oracles concernant le Messie. Pour mieux y réussir, il va commencer par mettre en scène un prophète, le dernier de tous, Jean le baptiste, en qui se résume leur voix. C'est en Judée que la plupart d'entre eux et les plus grands ont rempli leur mission. C'est là que, d'après eux^ Dimi doit instaurer son règne et susciter son « Oint ». C'est donc là qu'il convient que leur, ultime représentant fasse la rencontre du Christ.

1) Au DÉSERT, ANNONCE DU ChRIST

I. (1-8) L'influence des anciens oracles s'affirme de la façon la plus nette dès le début du premier récit. C'est sur une prédiction d'Isaïe (XL, 3), entremêlée- à une autre de Malachie (III, 1; cf. IV, 5), que le narrateur s'appuie pour présenter Jean le baptiste. Un tel début en dit long sur l'esprit de son œuvre. Il montre combien l'on aurait tort d'y chercher un récit objectif basé sur des témoignages bien contrôlés. Il invite, au contraire, à n'y voir qu'une transposition historique de thèmes prophétiques.

Effectivement tout ce qui est conté de ce

PODE COMPBBNDBB LA VIE DE JÉSUS 2

précurseur du Christ est, comme on l'a vu déjà (t. I, p. 89-91), un simple décalque- des deux oracles rappelés au début. Son nom même, qui signifie en hébreu : « Dieu fait grâce » cadre fort bien avec le rôle qu'il est appelé à jouer. S'il se tient dans « le désert », mangeant la seule nourriture qui s'y 'trouve, des sauterelles et du miel sauvage, c'est qu'ainsi le ^yeut le texte d'Isaïe. S'il est « vêtu de poils de chameau et d'une ceinture de €uir autour des reins », c'est que tel était l'habillement d'Elie (Il Rois, I, 8), avec qui est identifié, chez Malachie (IV, 5), le « messager » providentiel du Seigneur. S'il se présente comme un « baptiseur », c'est qu'en versant l'eau purificatrice il travaille à « préparer » dans un sens moral, « le chemin du Seigneur ». Si, en même temps, il prêche, c'est qu'il doit être une « voix qui crie ». Et que peut crier ce nïessager, envoyé « devant la face du Seigneur » sinon que « derrière » lui vient un plus fort que lui, dont il n'est que le très humble serviteur ?

L'art subtil duTliarrateur se révèle dans la: manière dont il passe de ce récit au suivant, en faisant dire par ce héraut de la bonne nouvelle : « Moi, je vous ai baptisés en eau, mais lui vous baptisera en Esprit Saint. »

2) Au Jourdain, baptême du Christ

(9-11) Le second épisode est iàestiné à montrer que le baptême chrétien, par lequel s'ouvre la vie nouvelle des croyants, confère bien le Saint- Esprit. II atteste le souci qu'a eu de bonne heure l'Eglise de justifier sa pratique rituelle par l'exemple du Maître. .

Lui aussi réalise d'anciens oracles. C'est de lui que les auteurs ecclésiastiques ont toujours entendu un texte célèbre du livre d'Isaïe (XLII, 1) : « Voici mon serviteur (dans la traduction grecque « mon enfant ») en qui je me suis complu. J'ai mis mon Esprit sur lui. » Marc dramatise ce thème à sa manière. Il montre Jésus « montant de l'eau » et, en sens opposé, « descendant sur lui », l'Esprit Saint, qui a la forme d'une colombe et devant qui les cieux sont « fendus », comme en un éclair, pour lui livrer passage.

Il ajoute un nouveau" détail, celui de la « voix venant des cieux », qui fait pendant à la « voix criant dans le désert ». C'est pour faire entendre sur Jésus un témoignage; pareil à celui qui se lit chez Isaïe sur l'enfant en qui Dieu s'çst complu. Ce texte s'est associé par ressemblsfnce à un autre d'un Psaume (II, 7), où Dieu dit à son « Oint » : «; Tu es mon fils

bien aimé. » Marc a retenu cette phrase, qui, appliquée à Jésus, atteste son caractère messianique. Il s'est trouvé ainsi conduit à mettre aussi à la seconde personne le mot d'Isaïe concernant l'enfant en qui Dieu s'est complu, Toute la scène est devenue par là une sorte d'a-parté entre Dieu et le Christ.

Ici encore le mot de la fin prépare le récit qui va suivre.

3) Au DÉSERT, TENTATION DU GhRIST

(12-13) Nous lisons dans le livre de Tobie (XII, 13) : « Parce que tu étais agréable à Dieu, il a fallu que la tentation t'éprouvât, » L'Ecclésiastique dit dans le même sens ; « Mon fîls, entrant au service de Dieu,... prépare ton âme à la tentation » (II, 1); « Les vases du potier sont éprouvés par le four et les hommes; justes par la tentation de la souffrance »

(XXVII, 5); « C'est dans la tentation qu'Abraham s'est révélé fidèle » (XL IV, 21). Ces considérations devaient être familières aux moralistes chrétiens (cf. Hebr., II, 17-18; IV, 15). Marc s'en inspire en montrant Jésus poussé par l'Esprit au désert, pour y être tenté, aussitôt après la scène où Dieu 'a déclaré se complaire en lui.

Il a dû aussi voir une figure du Christ dans le peuple d'Israël, l'enfant chéri de lahvé [Osée, XI, 1, cf. Matt. II, 15; /s., XLI, 8; XLII, 1, etc.), Après avoir été « baptisés..', dans la mer » (I Cor. X, 2), les fils d'Abraham furent tentés dans le désert. Marc exploite une description de cette épreuve collective qui se lit dans le Deuiéronome (VIII, 2, 3, 15), et aussi des passages analogues du livre de Job (I-II) et du recueil des Psaumes (XGI, 11-13). Il obtient ainsi une scène très vivante en sa brièveté, qui contraste avec la précédente et en précise le sens. Déjà il y fait entrevoir que Jésus est un" Messie souffrant, conformément à la doctrine générale de Paul, dont il s'inspirera constamment en son œuvre.

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