I. — PREMIÈRES Manifestations du christ
Un premier groupe de récits, nettement distincts de ceux qui précèdent comme de ceux qui suivent, raconte comment le Christ a commencé de se faire connaître. Il se divise en trois nouvelles séries, qui décrivent les étapes de cette manifestation initiale et qui peuvent s'intituler : Vers Gapharnaum. A Capharnaum. Hors de Gapharnaum.
1) Vers Gapharnaum
La première série comprend elle-même trois scènes qui se situent à divers moments du voyage.
a) En rouie, instruction à la foule
.(14-15) Dès son départ de Judée, Jésus se met à prêcher l'évangile. Il réalise ainsi un
oracle d'Isaïe (LXI, 1), d'après lequel 1' « Oint », ou le Christ, sur qui est venu « l'Esprit du Seigneur », doit annoncer « bonne nouvelle aux malheureux » (cf. Luc, IV, 18).
Les mots qui sont mis en sa bouche se trouvent d'ailleurs empruntés à la tradition du même prophète (XIII, 22-XIV, 1 ; XLVI, 8-9 ; VJI, 9, etc.) interprétée par Paul (Gai., IV, 4 ; II, 16 ; III, 5-11 ; /?om., III, 21-31 ; IV, 1-25).
b) Le long de la mer, appel de Simon el d'André
(16-18) Le Christ « passant le long de la mer de Galilée », réalise uiî nouveau détail du texte prophétique cité par Matthieu à propos de sa venue en terre galiléenne. Isaïe, en effet, montre « la grande lumière » apparaissant « sur le chemin de la' mer au-delà du Jourdain » (VIII, 23, Sept.).
La mention de cette mer aura suggéré celle des pêcheurs. Ezéchiel leur faisait déjà jouer un rôle dans le royaume de lahvé (XLVII, 9-10 ; cf. Ml. XIII, 47-48). D'autre part, Pythagore, dont une légende très répandue avait fait un dieu sauveur, passait pour avoir inauguré sa mission salutaire en appelant à lui des pêcheurs (^).
L'appel fait par le Christ, qui est obéi aussitôt, rappelle celui d'Elie invitant Elisée à le suivre
1. Jamblique, Vit Pgth. 36. Cf. Isidore Léyy, La légende e Pythagore de Grèce en Palestine, Paris, 1927," p. 301.
(I Rois, XIX, 19-20). Elisée abandonna son père pour se joindre à l'homme de Dieu. Les disciples du Christ ne pouvaient faire moins.
Le nom que porte le premier, Simon, contraction grecque de Siméon, veut dire en hébreu « obéissant », selon la remarque d'anciens auteurs ecclésiastiques. Il est donc bien de circonstance. Celui d'André qui lui est associé est purement grec et offre d'autant moins de garanties qu'il ne s'accompagnera d'aucun^ détail personnel. Ce n'est point par hasard que les deux hommes sont appelés conjointement. Nous verrons ailleurs que les apôtres doivent aller par couples (VI, 7).
c) Plus loin, appel de Jacques ei de Jean
(19-20) Un second appel a lieu un peu plus loin. Ainsi le Christ aura quatre assistants, qui rappelleront ceux que la tradition prophétique mettait auprès de Dieu [Êzéch, I, 1-28; cf. Apoc, IV, 6-11).
Le nom des nouveaux appelés se lisait déjà dans l'Epître aux Calâtes (II, 9), associés à celui de Kephas, ou Pierre, avec qui s'identifie le Simon de Marc (III, 16).
2) A Capharnaum
Une fois muni de ses quatre témoins, qui
raccompagneront partout, Jésus va se faire connaître d'une façon plus nette.
Ce n'est point par hasard qu'il se rend directement à Capharnaum, où nous le verrons, d'ailleurs, revenir dans la suite. Le nom signifie « bourg du consolateur ». Là devait donc être sa patrie (cf. t. I, p. 64-65).
Trois scènes nouvelles y révèlent dès le premier jour, sa mission consolatrice de Messie.
a) A la synagogue^ homme en esprit impur
(21-28) Chez Isaïe (LXI, 1), 1' « Oint » ou Christ, sur qui est venu l'Esprit du Seigneur n'est pas envoyé seulement pour « annoncer bonne nouvelle aux malheureux » mais pour « proclamer aux captifs la liberté » (cf. Luc, IV, 16-21). Marc entend cette captivité de la possession démoniaque dont il introduit en conséquence, dès le début, un premier cas, dans la synagogue où se prêche, normalement, la bonne nouvelle.
Le possédé, qui se tient dans la synagogue, représente par là le peuple juif. Il est dominé par un esprit impur, comme l'ensemble du judaïsme (/s., LXIV, 5 ; Osée, IV, 12 ; V, 4,'etc.). Sa libération réalise une prophétie de Zacharie (XIII, 2) : « En ce jour là, dit le Seigneur, ... j'ôterai du pays... l'esprit d'impureté. »
A l'impureté dont il s'agit s'oppose la sainteté
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aussitôt en scène parce qu'ainsi l'exige le même programme prophétique.
S'il se montre d'abord en Galilée, c'est, d'après Matthieu (IV, 12-16), à cause d'un texte d'Isaïe (VIII, 23-IX, 1), qui fait apparaître en ce pays « une grande lumière », l'aurore du salut.