‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 8 sur 53 · I. — PREMIÈRES MANIFESTATIONS DU CHRIST · texte numérisé non relu

I. — PREMIÈRES MANIFESTATIONS DU CHRIST

Un premier groupe de récits, nettement distincts de ceux qui précèdent comme de ceux qui suivent, raconte comment le Christ a commencé de se faire connaître. Il se divise en trois nouvelles séries, qui décrivent les étapes de cette manifestation initiale et qui peuvent s'intituler : Vers Gapharnaum. A Gapharnaum. Hors de Gapharnaum.

1) Vers Gapharnaum

La première série comprend elle-même trois scènes qui se situent à divers moments du voyage.

a) En route, instruction à la foule

•(14-15) Dès son départ de Judée, Jésus se met à prêcher l'évangile. Il réalise ainsi un

oracle d'Isaïe (LXI, 1), d'après lequel 1' « Oint », ou le Christ, sur qui est venu « l'Esprit du Seigneur », doit annoncer « bonne nouvelle aux malheureux » (cf. Luc, IV, 18).

Les mots qui sont mis en sa bouche se trouvent , d'ailleurs empruntés à la tradition du même prophète (XIII, 22-XIV, 1 ; XLVI, 8-9 ; VII, 9, etc.) interprétée par Paul (Gai, IV, 4 ; II, 16 ; III, 5-11 ; Rom., III, 21-31 ; IV, 1-25).

b) Le long de la mer, appel de Simon ei d'André

(16-18) Le Christ « passant le long de la mer de Galilée », réalise un nouveau détail du texte prophétique cité par Matthieu à propos de sa venue eri terre galiléenne. Isaïe, en effet, montre « la grande lumière » apparaissant « sur le chemin de la" mer au-delà du Jourdain » (VIII, 23, Sept.).

La mention de cette mer aura suggéré celle des pêcheurs. Ezéchiel leur faisait déjà jouer un rôle dans le royaume de lahvé (XLVII, 9-10 ; cf. Mt. XIII, 47-48). D'autre part, Pythagore, dont une légende très répandue avait fait un dieu sauveur, passait pour avoir inauguré sa mission salutaire en appelant à lui des pêcheurs (^).

L'appel fait par le Christ, qui est obéi aussitôt, rappelle celui d'Elie invitant Elisée à le suivre

1. Jamblique, Vil. Pylh, 36. Cf. Isidore Lévy, La légende e Pythagore de Grèce en Palestine, Paris, 1927, p. 301.

(I Bois, XIX, 19-20). Elisée abandonna son père pour.se joindre à l'homme de Dieu. Les disciples du Christ ne pouvaient faire moins.

Le nom que porte le premier, Simon, contraction grecque de Siméon, veut dire en hébreu « obéissant », selon la remarque d'anciens auteurs ecclésiastiques. Il est donc bien de circonstance. Celui d'André qui lui est associé est purement grec et offre d'autant moins de garanties qu'il ne s'accompagnera d'aucun détail personnel. Ce n'est point par hasard que les deux hommes sont appelés conjointement. Nous verrons ailleurs que les apôtres doivent aller par couples (VI, 7).

c) Plus loin, appel de Jacques et de Jean

(19-20) Un second appel a lieu un peu plus loin. Ainsi le Christ aura quatre assistants, qui rappelleront ceux que la tradition prophétique mettait auprès de Dieu [Èzéch, ï, 1-28; CI. Apoc, IV, 6-11).

Le nom des nouveaux appelés se lisait déjà dans l'Epître aux Galates (II, 9), associés à celui de Keplias, ou Pierre, avec qui s'identifie le Simon de Marc (III, 16).

2) A Capharnaum

Une fois muni de ses quatre témoins, qui

l'accompagneront partout, Jésus va se faire connaître d'une façon plus nette.

Ce n'est point par hasard qu'il se rend directement à Capharnaum, où nous le verrons, d'ailleurs, revenir dans la suite. Le nom signifie « bourg du consolateur ». Là devait donc être sa patrie (cf. t. I, p. 64-65).

Trois scènes nouvelles y révèlent dès le premier jour, sa mission consolatrice de Messie.

a) A la synagogue, homme en esprit impur

(21-28) Chez Isaïe (LXI, 1), 1' « Oint » ou Christ, sur qui est venu l'Esprit du Seigneur n'est pas envoyé seulement pour « annoncer bonne nouvelle aux malheureux » mais pour « proclamer aux captifs la liberté » (cf. Luc, IV, 16-21). Marc entend cette captivité de la possession démoniaque dont il introduit en conséquence, dès le début, un premier cas, dans la synagogue où se prêche, normalement, la bonne nouvelle.

Le possédé, qui se tient dans la synagogue, représente par là le peuple juif. Il est dominé par un esprit impur, comme l'ensemble du judaïsme (/s., LXIV, 5 ; Osée, IV, 12 ; V, 4,*etc.). Sa libération réalise une prophétie de Zacharie (XIII, 2) : « En ce jour là, dit le Seigneur, ... j'ôterai du pays... l'esprit d'impureté. »

A l'impureté dont il s'agit s'oppose la sainteté

du Christ. Il est « le Saint de Dieu » (I, 24), comme Samson {Jiig. XIII, 7 ; XVI, 17).

C'est le démon lui-même qui l'atteste. Ainsi achève de se réaliser la parole de Paul, qui veut que « les êtres infernaux » eux-mêmes proclament que : « Seigneur est Jésus- Christ ».

Le résultat obtenu demande une puissance exceptionnelle. Aussi Marc dit-il et fait-il reconnaître par l'assistance que Jésus enseigne avec « autorité » (I, 22, 27 ; cf. p. 31). Le mot se lit déjà chez Daniel (VI, 26-27 ; VII, 14), au sujet du c Fils de l'homme » qui doit être préposé au royaume de Dieu,

b) Chez Simon, femme alitée par la fièvre

(29-31) Le Christ opère un miracle analogue en guérissant une femme de la fièvre, car cette fièvre doit être conçue elle-même comme une puissance mauvaise, dont l'expulsion sert pareillement à faire valoir l'autorité du thaumaturge.

c) Devant la porte, malades et démoniaques

(32-34) Une troisième série d'exorcismes achève la journée. Mais elle n'intervient que pour compléter la triade, car elle n'ajoute que des généralités fort vagues.

La remarque finale, concernant la défense

faite par le Christ aux démons de le faire connaître, a pour but de préparer les épisodes

suivants.

3) Hors de Capharnaum

Marc, ayant dit comment Jésus a manifesté son autorité messianique, va montrer comment il a fait preuve aussi d'humilité. Il est en cela d'accord avec Paul, qui, dans le même passage où il parle des hommages rendus au Christ par les êtres célestes , terrestres et infernaux, présente son exaltation comme la récompense de son abaissement volontaire [PhiL, II, 5-11).

Ce thème de la modestie du Christ donne heu à plusieurs scènes graduées, qui se complètent

a) « En un lieu désert »

(35-36) L'évangéliste interprète dans le sens du texte paulinien un passage d'un Psaume (LV, 7-8 Sept.), dont le contexte sera expressément appliqué au Messie par l'auteur du 4^ Evangile (XIII, 18) : « Voilà que je me suis éloigné en fuyant et je suis demeuré dans le désert. »

La fuite se fait naturellement de nuit, « bien avant le jour ». La recherche à laquelle se livrent les disciples en est la conséquence et répond d'ailleurs à un thème prophétique {Is,, LVIII, 2).

b) « Dans les bourgades voisines »

(37-39) Aux apôtres qui lui font remarquer que « tout le monde le cherche » Jésus réplique qu'il doit prêcher ailleurs et il agit en conséquence. C'est pour montrer, comme il le dira plus loin, que « le Fils de l'homme n'est pas venu afin d'être servi mais de servir » (X, 45). Il réalise ainsi une fois de plus l'annonce déjà citée d'Isaïe concernant l'Oint du Seigneur (LXI, 1). .

c) Guérison d'un lépreux

(40-45) Le lépreux que ' Jésus rencontre en prêchant dans , les synagogues de Galilée fait pendant à l'homme en esprit impur qu'il a trouvé en celle de Capharnaum. Il représente comme lui le judaïsme (cf. /s., I, 5-6). Voilà pourquoi il s'entend rappeler une prescription mosaïque {LeviL, XIV, 2-32). Il est guéri par Jésus, comme Marie, sœur d'Aaron, également atteinte de la lèpre, en fut débarrassée sur l'intervention de Moïse {Nombr., XII, 14-15), et comme Naaman l'a été plus tard par Elisée autre figure du Messie (II Rois^ V, 1-14 ; cf. Luc, IV, 27).

La guérison n'est racontée que pour fournir une nouvelle occasion de montrer comment Jésus se dérobe aux honneurs. Il veut qu'on se taise sur lui, parce qu'ainsi l'exige le pro-

gramme messianique qu'il doit réaliser [Is., XLII, 2-3 ; cf. Malt., XII, 16-21). Si sa recommandation n'est pas écoutée, s'il se voit d'autant plus glorifié et recherché qu'il poursuit la retraite et le silence, il justifie encore sur ce point une idée chère à Paul [Phil., II, 9-11), qui s'inspire lui-même de l'Ancien Testament [Ps., LXXV, 8; Eccli., XI, 1, 13; /s.,,XL, 4, cf. Luc, III, 5 ; T Sam, II, 8, cf. Luc, 1, 52).

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