‹ Pour développer notre mémoire par l'audition, la vision, l'idée;Chapitre 27 sur 32 · Te, De · texte numérisé non relu

Te, De

2 — Ne, Gne.

3 — Me.

4 — Re.

5 — Le, Lie.

6 — Che, 6e f Je,

7 — Ke, Gue, CA (dur).

8 — Fe, Phe, Ve.

9 — Bey Pe.

Après les consonnes on peut mettre n'importe quelle voyelle, de sorte que les combinaisons seront nombreuses. Ainsi la « girafe » de la bataille de Lens pourrait être remplacée par « j'arrive » (j-r-v.) formant de même 648, c'est-à-dire 1648, car on néglige toujours le premier chiffre, puisqu'il ne peut y avoir de doute pour lui : vous savez parfaitement que la bataille en question n'a pas eu lieu avant l'an mil. Avec f arrive nous pourrons former la phrase suivante qui a au moins l'air de signifier quelque chose, en rapport avec Tévénement :

« J'arrive (1648) et je lance (Lens, nom de la bataille).... le mot d'ordre à l'armée de Condé (explication), n

C'est ingénieux, mais, à mon avis, ce n'est que cela. Mon but, on le sait de reste, n'est pas de créer une mémoire artiflcielle, mais de développer la mémoire naturelle par des moyens rationnels.

Cet exemple montre le danger qu'offrent certains systèmes purement artificiels dont les fallacieuses promesses sont si éblouissantes : à les entendre, nous apprendrons dix mille mots d'une langue morte ou vivante avec la plus grande facilité et dans un laps de temps prodigieusement court. Cette facilité et cette rapidité me sont suspectes, les deux bases de ma méthode étant la difficulté et la lenteur délibérément acceptées. Pourtant examinons ces systèmes, je le veux bien ; ils se ressemblent tous, l'étude n'en sera donc pas très longue et elle nous ménagera quelques moments divertissants.

Je prendrai pour type l'ouvrage d'un chanoine de Saint-Denis que je découvris dans l'épaisse forêt livresque de la Bibliothèque Nationale. Pourquoi ne l'ai-je point gardé avec un

8oin jaloux ! II ferait ma distraction et ma joie en ces jours de pluie, quand les pieds sont humides et l'âme morose. Ce brave chanoine, qui eût mérité d'être un bénédictin, enseignait le latin et Tallemand par le moyen qu'emploient d'autres mnémonistes pour fixer les dates et la nomenclature des souverains. Il avait composé une infinité de phrases ou plutôt de coq-à- Tftne dans lesquels étaient enchâssés le mot étranger avec son genre et sa signification en français. Ainsi die Elster veut dire en allemand : la pie ; eh bien 1 nous ne pourrons plus oublier ce mot quand nous nous serons enfoncé dans la cervelle la calembredaine suivante :

Dis : elle se taire, la pie ? Jamais !

Vous voyez comme c'est commode. Ce l'est même beaucoup trop, car nous voilà encombrés pour toujours d'une absurdité doublée d'erreurs et la bavarde pie nous apprend à mal parler Tallemand et le français. En effet — sans plus m'arrêter à ce genre déraisonnable que j'exècre — j'affirme avec énergie que dis, voyelle brève, et die, voyelle longue, ne sont pas du tout la même chose^ que elle se

fSê APPENDICE

taire ne ressemble à Elsler qu'à condition de supprimer les deox e du français : ell' s'taire, diction mauvaise, prononciation vulgaire et plate. Mais encore, non; même ainsi les deux termes ne sont pas équivalents, puisque dans l'allemand Taccent tonique se trouve sur la première syllabe : Els et dans le français sur la deuxième : iaire. Ceci est à coup sûr Tobjection la plus grave. Nous, professeurs de langues vivantes, travaillons de toutes nos forces à convaincre l'étudiant que chaque langue a sa musique propre et que l'accent tonique est la vie du mot, et d'un trait de plume M. le chanoine de Saint-Denis détruit notre labeur I Décidément il vaut mieux que j'aie jeté ses livres au feu ou que je les aie prêtés à des amis, ce qui revient an même, à ne considérer que le résultat.

Mais quelle tristesse nous prend à constater que partout l'enseignement des langues antiques verse dans des erreurs qui ne sont guère moins bourbeuses. On les nomme langues mortes; oh oui! elles sont bien mortes, car nous les avons assassinées. Nous prononçons les mots latins à la française,en y introduisant

NOTES COMPLÉMENTAIRBS 289

nos nasales françaises, notre u maigre ; nous grasseyons leurs r qui tous étaient vibres ; enfin nous leur prétons notre faible tonique alors que le vocable latin avait un accent aussi fort que l'espagnol 1 L'étude de la langue latine, telle qu'elle se pratique aujourd'hui iie sert qu'à fausser notre auditif ; elle devrait être la clef qui ouvre les trésors modernes italiens et espagnols^ mais cette clef nous avons bien soin de la casser dans la serrure. Moindre effort, minimum cPeffort, voilà encore de vos coups I

Un de mes correspondants à qui j'avais fait cette réponse, m'objecta avec une franchise dont je lui sus gré : « Vous jouez sur les mots. Ce qu'on entend par penser en langue étrangère, c'est se passer de l'intermédiaire de sa langue maternelle, c'est ne plus traduire ».

J'admets cette interprétation ; encore fallait-il s'exprimer clairement. Vous croyez donc, mon cher collaborateur, que vous vous passez réellement de la traduction quand vous parlez une langue étrangère? Moi, je suis persuadé du contraire; vous vous imaginez le faire

i90 APPENDICE

désormais sans intermédiaire aucun parce que la facilité acquise par Texercice constant a remplacé l'effort plus ou moins pénible d'autrefois. L'intermédiaire agit secrètement, mais il n'est pas moins actif pour cela. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait que nous eussions complètement oublié notre langue maternelle, et quel homme a jamais pu pousser l'oubli à ce point, même après un séjour prolongé en pays étranger? Et si c'était possible, serait-ce désirable? Mais rassurons nous, cela n'est pas possible; notre tréfond conserve toujours le langage primitivement acquis, et quand nous parlons, quand nous écrivons une langue étrangère nous ne sommes jamais que... disons des interprètes, si le mot de traducteur vous offusque. En résumé, nous observons ici le même phénomène que dans toute espèce d'activité, de science, de réalisation artistique. L'intermédiaire conscient existe, bien que le passage de la connaissance dans l'inconscient rende l'action en quelque sorte immédiate et instantanée Pour reprendre un de nos exemples précédemment employés, les doigts du virtuose agissent en apparence inconsciemment, mais

NOTES COMPLÉMENTAIRES 29i

ils ne font qu'exécuter d'une façon instantanée les ordres envoyés par la connaissance qui traduit notre tempérament, notre sentiment, notre pensée.

Certaines gens admirent la facilité avec la« quelle un cuisinier, un maître d'hôtel, un gar* çon de caféi un coiffeur français, émigrés à l'étranger, apprennent la langue du pays où ils exercent leur métier ; et ces mêmes gens ne manqueront pas de railler le pauvre homme de sciences ou de lettres qui, après un an de séjour à Londres ou à Berlin avoue parler assez mal encore l'anglais ou l'allemand. Voyez, s'écrient-ils, la toute-puissance de la conversation comme moyen d'étude des langues vivantes I Mais, bonnes gens, avez-vous songé à comparer le champ d'action de l'homme de métier et celui du travailleur intellectuel ? Le premier se meut dans un tout petit cercle d'idées qu'il ne songe même pas à élargir car il ne voit à cela aucune nécessité et n'a pas d'aspirations au delà de ses occupations journalières; deux ou trois cents mots liés tant

bien que mal loi suffiront amplement; le second vogue au milieu d'un océan d'idées et de mots qui sollicitent sans cesse son intelligence et son audition et avec lesquelles il lui faut faire connaissance pour mener à bon port sa barque linguistique. Éloignez le cuisinier de ses fourneaux, sortez l'artiste capillaire de sa boutique; dans un nouveau cercle d'idées et d'objets il sera embarrassé pour exprimer la phrase la plus simple, comme l'ouvrière giletière serait fort empochée de confectionner un pantalon.

n est relativement aisé d'être habile dans une spécialité très restreinte. Le domaine de l'intellectuel est autrement vaste, et il comprend l'abstrait aussi bien que le concret, ce qui complique singulièrement les difficultés. Enfin l'homme d'éducation et de goût aspire à bien parler la langue étrangère, aussi gardera-t-il longtemps sur la terre d'exil un silence prudent, tandis que l'homme du peuple se risquera tout de suite, peu lui importe que son jargon

soit mi-français mi-germanique ou anglosaxon.

Je ne nie pas l'efficacité de la conversation dans le sujet qui nous occupe, mais je m'élève

contre l'idée d'employer la seule conversation à l'exclusion de tout autre moyen d'assimilation et de reconstitution. C'est là un système à courtes vues et bien superficiel.

Mais si je refuse, et pour cause, d'admirer les talents linguistiques de l'homme de métier (et même ceux du clown de cirque) j'estime fort sa mémoire pratique. Ici certainement un simple garçon de restaurant ou un conducteur d'omnibus rendrait des points à la plupart des intellectuels. Quand j'étais citoyen du quartier latin et qu'à l'heure de midi, dans le brouhaha du restaurant, je voyais François, notre garçon, saisir au vol quinze ou vingt commandes de plats variés, les énumérer à haute voix en descendant à la cuisine, rapporter les plats étages sur son bras et les distribuer sans presque jamais se tromper, je me disais : mon petit, essaie donc d'en faire autant I Et pendant mes pérégrinations en omnibus, à Paris, au temps où l'on ne distribuait pas encore de billets, je ne fus témoin que d'une seule erreur et d'un seul oubli de la part d'un conducteur.

L'explication de cette mémoire si prompte et si fidèle? Certainement la spécialisation

joue ici aussi ud grand rôle, mais il faut ajouter la vivacité de Tintérèt, donnaot une acuité spéciale au visuel. L'œil, je le reconnais, sera en ce cas le facteur mnémonique par excellence. Mais ce qui donne de rendorance à la mémoire, c'est la nécessité de se passer de notes, l'absence forcée de tout élément livresque et paperassier.

Oui, il faut vieillir; oui, il faut avoir Tesprit de son âge; oui, il faut céder la plaoe aux jeunes. Ainsi le commande la sagesse, filais sans vaillance la sagesse ne serait qu'mie résignation sans dignité Nous voulons une vieillesse encore active bien qu'elle se soit retirée de la lutte où déploient leur force, leur adresse, leur talent, les hommes dans toute la vigueur de l'âge. Quelle sera donc cette activité particulière qui conviendra à ceux qui descen dent la pente de la vie? J'en vois une qui, pour être désintéressée, n'en a par cela même que plus de noblesse. C'est le maintien des facultés, et surtout de la mémoire, dans toute leur puissance et dans leur intégrité. Et pourquoi

NOTES COMPLEMENTAIRES 295

attirer Tattention sur la mémoire? Parce qu'elle est plus que les autres exposée à Taffaiblissement, à l'usure, à la déchéance lorsque l'être vieillit. La nature possède, au même degré ou peu s'en faut, les pouvoirs de création et de destruction; à ses attaques nous avons le droit, même le devoir de résister; j'ai montré dans quelle mesure nous en avons aussi les moyens. Toutefois il est certain que nos forces physiques déclinent à mesure que s'accumulent nos années, et bientôt la mémoire s'anémie aussi, à moins que nous ne réagissions. Il semble bien qu'au contraire l'intelligence, le jugement, la raison demeurent long- : temps intacts, sauf à prendre parfois une certaine dureté. Eh bien, courons aux points les j plus menacés

l Pourquoi, commerçant retiré des affaires, j officier atteint par la limite d'âge, fonction- I naire retraité, professeur honoraire, artiste qui avez eu la sagesse de dire adieu au public avant qu'il ne vous tourne le dos, pourquoi bannissezvous brusquement de votre vie toute action physique et intellectuelle? Que de choses, que d'agréables choses on peut faire, quand « on n'a

tM APPENDICB

plus rien à faire » 1 Croyez-moi , cultivez vos jardins; j'entends : votre jardin à fleurs, votre potager, votre verger et aussi votre jardin mnémonique. Mais, direz-vous, de ma vie je n'ai été jardinier 1 Devenez-le; comme Antée vous reprendrez alors contact avec la terre et rajeunirez vos énergies vitales; comme Caton, qui apprit le grec à quatre-vingts ans, ou Gladstone qui, à peu près au môme âge, étudia le basque, livrez-vous à quelque exercice où le concours de la mémoire soit requis, et vous verrez toutes vos facultés demeurer saines et énergiques. Ainsi votre volonté restera entière; il était volontaire, oh oui I ledit Gaton l'Ancien; ainsi votre goût s'affinera et évoluera avec une souplesse merveilleuse; jamais vous ne serez les laudatores temporis acti dont parle Horace. On est étonné de voir avec quelle jeunesse le vieux Gladstone a jugé certains livres de jeunes.

Toutefois, écoutez encore ceci : ce diable de Gaton était, pour les autres autant que pour lui-même, d'une dureté qui, avec les années, devint presque de la férocité. Ne l'imitons pas; sachons cultiver dans notre jardin les divines

NOTES COMPLEMENTAIRES 297

fleurs de tendresse et jusqu'à la pâquerette dMnduIgence. Gladstone, lui, abattait des arbres en vrai boquillon écossais. Le vilain passetemps! Combien je préfère l'octogénaire de La Fontaine qui plantait des arbres, bien loin de les détruire 1 C'est sous l'ombrage d'un tel ami, planté par moi, que je voudrais aller m'asseoir quand je serai bien vieux, pour apprendre — et pour me souvenir.

A mon avis, et pour ne rien exagérer, l'État ne devrait se réserver que l'enseignement primaire populaire et l'enseignement supérieur, celui que j'appelle « spécialisé ». Voilà sa véritable mission, qui serait encore très importante ; le reste devrait être laissé à Tinitiative privée.

DE U PRÉFACE A U GONGLUSIOIN

Encore quelques mots, si tous le Toulez bien. Au risque d'être appelé le plus bavard des cultivateurs de mémoire, je succombe à la tentation de consi* gner ici quelques réflexions qui me sont venues à la lecture des dernières épreuves de cet ouvrage, et que j*ai notées en cours de route, non point sur le papier — c'eût été enfreindre les préceptes de la Méthode, désormais « notre Méthode » — mais dans ma mémoire pratique et verbale, que je charge en ce moment du rôle de fidèle évocatrice.

Tout d'abord un mot de remerctment. Exprimer sa reconnaissance pour un service rendu^ c'est encore de la mémoire, c'est même une mémoire très aimable, très belle, que je nommerai mémoire verbale, et que je ne manque pas d'exercer dans les trop rares occasions où il m'est donné de le faire. Je remercie donc du fond du cœur l'illustre et vénéré maître, M. Emile Faguet, qui a bien voulu présenter mon œuvre au public dans une préface qui n'est pas pure eau bénite de critique, mais qui examine, apprécie, discute avec cet esprit alerte, pénétrant, incisif parfois, quoique toujours bienveillant qui n'appartient qu'à lui. A cet hommage de gratitude j'associe avec un vif plaisir le D' Cabanes, réminent psychologue qui, dans un article magistral a prêté l'appui de son autorité de savant à l'idée contenue dans mon chapitre : la Mémoire

30f DB LA PRBFAGB

par la Santé et la Santé par la Mémoire; M. Paul Ginisty, qui m*a consacré une de ses chroniques, les docteurs Ollive, de Nantes; Nicolas, du Mont-Dore; Pouzet, de Cannes; Hauben etDelattre, de Bruxelles et le professeur Kuttner, de Berlin, qui m'ont aidé de leurs conseils et ont fait à ma Méthode une propagande des plus fécondes dans le domaine étendu de leurs relations.

Beaucoup de lecteurs m'ont écrit : vous êtes trop professeur, c'est-à-dire trop verbal et pas assez pratique. En toute humilité, j'avouerai qu'ils oot raison; mais que voulez- vous? on se laisse facilement entraîner par la beauté du verbe, et les réalités de la vie s'en trouvent sacrifiées, bien que nous n*ayons jamais songé à mettre en doute leur importance primordiale. Pour faire pencher un peu la balance du côté du plateau pratique^ mentionnons deux exercices qu'il sera boa de faire chaque jour :

Le plan de la journée.

Le bilan de la journée.

11 ne s'agit plus de paroles, ce sont des idées qu'il nous faut, et des idées génératrices d'actes et de faits précis. Je m'éveille ; ma première préoccapation est celle-ci : de quoi se compose ma tâche, à la date de...? (vous vous rappelez que j'exige révocation immédiate de ce point précis) dans quel ordre vais-je ranger mes diverses occupations? Y sommes-nous? Bien I Efforçons-nous à présent d'accomplir ce que nous avons projeté et de ne pas troubler, sans raison majeure, l'ordre établi dans les ran^s. Je souligne : raison majeure parce que je n'entends pas que, sous prétexte d'exercice du sens pratique, ni moi ni mes lecteurs devenions maniaques et tatillons. Mais je me garderti

À LA CONCLUSION 3«l

d'obéir au simple eaprice, moins encore à la paresse, car je me souviendrai que le bilan inéluctable passera toutes mes actions au crible de ses colonnes^ doit et avoir. Ce bilan sera dressé chaque soir, à peine de faillite mnémonique. Donc avant de nous embarquer pour le pays des songes nous nous demanderons : Avons-nous fait tout ce que nous avions pensé faire ? Non ! (La réponse ne varie guère.) D'où provient le déficit? Des circonstances, des autres hommes, ou de moi? Rappelons-nous tout ce qui se rattache à ces divers éléments. Apercevez-vous le vaste champ que je vous offre ici pour Texercice des évocations pratiques ?

Vous voyez aussi que je me permets d'être d*un avis différent de celui du Maître^ quand il dit dans sa préface que la mémoire pratique n'a rien à voir avec la mémoire verbale; crue la première, don naturel n'est guère susceptible de développement. Moi, je crois, en conscience d'abord que la mémoire est une comme nos autres facultés; ensuite que tout en nous est don de nature, et que tout peut par nous être fortifié, atnélioré par l'exercice ou détérioré par la négligence ou l'inaction. Pourquoi nous contenterions-nous^ de la mémoire pratique dont nous a gratifié une bonne ou mauvaise fée, alors que nous nous efforçons, notre Tie durant, d'augmenter notre vigueur, d'améliorer notre santé, d'aiguisernotre jugement, d'assouplir notre intelligence et que, par un entraînement patient, régulier, méthodique et rationnel, souvent nous arrivons à nos fins?

Ce qui excusera dans une certaine mesure, je l'espère, ma partialité en fa veur des exercices de mémoire verbale, c'est que ceux-ci demandent à être indiqués en détail par un homme du métier,

tandis que la yie, Tentourage, les éTénements se chargent eux-mêmes de fournir à chacun de nous mille occasions d'exercer la mémoire pratique. Moa rôle donc en celte matière est bien plutôt de conseiller, d'exciter que de servir de guide et surtoutde professeur. Pourtant je vais citer un exemple tout familier mais qui n'en est pas moins frappant pour cela. Avant de me rendre à mon bureau, je change de vêtement : certains objets qui me servent également ici et là-bas doivent changer de poches : ma montre, monportemonnaie, mes clefs, monstylographe, mon canif, quelques papiers; certains livres, et point d'autres, doivent prendre place aujourd'hui dans ma serviette. Ma nervosité d'homme du XX* siècle prétend que ce déménagement est très compliqué. Rien n'est plus simple au contraire, répond avec flegme la mémoire pratique. Et rien en tout cas n'est plus curieux à observer que le conflit entre ces deux sœurs ennemies qui jamais, je le crains fort, ne remporteront l'une sur l'autre une victoire définitive. Il m'arrive de ne rien oublier et je le proclame à la gloire de mes exercices pratiques, ces occasions- là ne sont pas rares; mais il m'arrive aussi, à ma confusion grande, de tout oublier, ou presque tout. Alors je me souviens (encore unexercicemnémonique, mais désagréable, cette fois) qu'au moment de prendre mes clefs, ou mon mouchoir de poche, j'ai pensé au sieur X... que je devais voir ce jour-là, et que j'ai cent fois souhaité dans la lune. Ce souhait, profondément immoral, a jeté le trouble dans mon ordre mnémonique, ordre suprême, et j'en suis puni par la déroute de ma mémoire pratique. Ne croyez pas que je plaisante : la distraction est une infirmité, et il faut tout tenter pour s'en guérir. Dans ce but

rien ne vaut la foi dans le déyeloppement de la mémoire pratique par les éYOCations des mille détails de l'activité quotidienne.

Pour ma part je cherche à introduire ma grande alliée jusqu'en mes exercices physiques du matin, « La première condition pour avoir bonne mémoire, c'est de se bien porter », affirme le D' Cabanes dans Tarticie auquel j'ai fait allusion. Or, pour se bien porter il est de toute nécessité d'activer la circulation et la respiration par la gymnastique. Laquelle? La gymnastique de chambre est seule à la portée de tout le monde et elle a le grand avantage de ne pas exiger trop de temps, et, partant, de ne pas porter préjudice aux occupations intellectuelles, j'ai dit cela et j'ai laissé même entendre que ces exercices, répétés chaque jour, avaient pour ennemis la monotonie, Tennui. Gomment les empêcher de s'introduire dans la place en conquérants? J'ai imaginé le jet des haltères Je prends une de ees armes de combat; d'une main je la lance au-dessus de ma téta, de l'autre main je la rattrape au vol et je compte tout haut jusqu'à trois cents jets. La distraction ne peut s'introduire dans cet exercice: elle aurait pour conséquence la chute de l'haltère sur la tète, les épaules ou les pieds. Autre avantage : je fais concourir à mon travail la mémoire numérale (une des formes de la mémoire pratique), au moyen des innombrables combinaisons auxquelles se prête la façon de compter. Tel jour je procéderai par addition ou multiplication, et ce sera une manière de me remémorer ma table de multiplication jusqu'à 20 au moins ou ji'squ'à 31, le mois pouvant avoir ce nombre de jours, ou ma table d'addition^ en ajoutant entre elles des tranches inégales ; parfois je décompte en

m DB LA PRÉFACB

preDant pour poiat initial un chiffre quelconque delà série ; d'autres fois je compterai en anglais, en allemant ou en espagnol. Autant que faire se pourra, chaque jour aura son calcul spécial, fixé une fois pour toutes. Me direz-vous que c'est là une folie bien compliquée? Avec Thabitude c'est très simple; et cette folie est sagesse si Ton euTisage l'intention: d'une part se procurer une bonne circulation, de l'autre exiger de l'esprit une attention soutenue. A mon bureau j'ai deux petites balles de caoutchouc avec lesquelles je jongle dans mes moments de loisir. Je ne me déclare satisfait qu'après avoir attrapé les balles vingt fois de suite. Ah ça, décidément, notre professeur de mémoire tombe ea enfance I Et quand cela serait? Ils n'est pas mauvais de redevenir enfant plusieurs fois par jour, mais je considère surtout qu'au moyen de mon petit jeu je me procure de la chaleur, de l'agilité, de la gatté et de la santé. Un de mes lecteurs, le commandant Audebrand, me dit que, dans le même but, il joue au bilboquet et ne s arrête que quand il a fait une belle série de réussites. J'approuve fort le bilboquet, mais je préfère mes petites balles^ parce que, lorsqu'elles sont à terre il faut mettre ea action les muscles des jambes pour courir après elles et les muscles des reins pour les ramasser.

AOn de se maintenir en forme, le bon Socrate dansait; on le voyait souvent exécuter un cavalier seul. Et ceci me rappelle que si j'ai insisté sur le rôle de la chaleur, résultat d'une vive circulation, et de l'active digestion pour le fonctionnement de la mémoire, j'ai négligé de parler du rôle important de Tintestin. La constipation — j'appelle les choses par leur nom, c'est encore le meilleur moyen d'exprimer clairement sa pensée — la constipation

est un terrible eonemi de la mémoire. Eh bien, voulez-vous n'être jamais constipé? Chaque jour courez sur place ou par toute votre chambre, votre jardin, en comptant jusqu^à cinq cents. Je ne dis pas que le résultat sera immédiat; mais il se produira ici le même phénomène que pour la circulation, pour les reconstitutions mnémoniques et pour tous les exercices auxquels on se livre avec persévérance : le temps, en collaboration avec l'Idée, avec la Volonté, accomplira des merveilles; croyez-en ma vieille expérience.

Je recommanderai aussi le contraste entre les poids lourds et les poids légers, tant dans les exercices physiques que dans les intellectuels. Procurons-nous deux paires d'haltères : une de six kilos et une de quatre, ou de quatre et de deux, suivant votre vigueur musculaire; apprenez une poésie en anglais ou en allemand, vous qui possédez ces langues; reconstituez un morceau où abondent le* noms propres, ou nommez rapidement les personnes que vous avez vues à une réunion. Comme le travail des poids légers, haltères de deux kilos, poésies françaises, noms communs, vous paraîtra aisé et agréable après celui des masses pesantesl Par exception la loi du moindre effort nous sera utile, en nous prouvant que celui qui peut le plus peut le moins, et le peut dans la perfection, avec une satisfaction véritable.

Parmi les lecteurs qui m'ont fait l'honneur de ai*écrire, la plupart acceptent sans difficulté mes idées au sujet de l'influence de la santé sur la mémoire; mais l'influence de la mémoire sur la santé les trouve plus sceptiques. Pourtant je suis convaincu que cette réciproque est vraie. L'activité mnémonique exige, nous l'avons vu, Tac*^

tion constante de la volonté, elle exerce donc cette faculté; or, pour bien se porter, il faut vouloir être bien portant, et c'est un fait connu de tous les médecins qu'un patient doué d'une forte volonté de guérir offrira une proie moins facile aux assauts du mal ou à la mort qu'un autre qui se décourage, qui s'abandonne, qui a peur. Mais allons plus loin encore : la mémoire incessamment exercée, cette mémoire que nous nous efforçons de développer, la mémoire intelligente et observatrice, augmente Tintensité du courant vital, elle excite notre ardeur au travail, et par suite, elle est un merveilleux agent sanitaire. Elle combat victorieusement deux de nos plus terribles ennemis, les plus implacables : la nervosité et l'ennui. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé aux heures d'impatience, d'attente fiévreuse de retrouver le calme en me disant mentalement une poésie grave et majestueuse. Booz endormi, de Victor Hugo, ou le Moise de Vigny ! Pendant un long voyage en chemin de fer ou un concert qui m'assomme (il yen a de cette sorte, n'est-ce pas ?) le temps et moi nous nous amusons à reconstituer telle scène de comédie et ainsi nous n'agissons pas comme tant de malhonnêtes gens qui essayent toujours de se tuer mutuellement. La mémoire cause la satisfaction, à ridée des progrès accomplis, des conquêtes assurées. Nous sentons qu'il y a là un domaine que nous possédons en propre et qui est à l'abri de toute confiscation.

J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir

dit le poète; cette fleur, c'est le souvenir; à côté d'elle s'épanouissent aussi la joie de vivre et la

santé qu'il n'est donné de cueillir qu'à nous-méme.

Il me reste à indiquer un moyen de développer la Mémoire auquel je n'ai songé qu'en ces derniers temps et pourtant j'aurais dû le mettre en bonne place, puisqu'il concerne à la fois les quatre mémoires^ l'auditive et la visuelle, la verbale et la pratique qui, d'ailleurs^ à mon avis, n'en font qu'une au fond. J'ai exposé plus haut les motifs qui m'autorisaient à maintenir cette opinion sur laquelle est basée toute ma Méthode.

Je veux parler de la sténographie. J'avais étudié autrefois la Méthode Prévost-Delaunay qui m'intéressa singulièrement et qui me permit, quand j'étais étudiant, de prendre mes eours de droit presque in extenso ; puis, n'ayant plus l'occasion de la pratiquer, je l'avais perdue de vue, quand, tout dernièrement un ami m'en parla, et comme je lui disais que je l'avais bien possédée; il me pria de lui donner des leçons. On plutôt de l'étudier de nouveau avec vous, lui dis-je, car je suis convaincu que je l'ai complètement oubliée. Grande fut ma surprise à constater qu'un fonds solide m'était resté et que seuls de menus détails m'échappaient. Chose curieuse, j'aurais été fort en peine de donner des règles précises, de reconstituer la théorie, et pour y parvenir le prétendu maître n'eut rien de mieux à faire que de se transformer en élève assidu, mais la pratique n'était pas lettre morte, je retrouvais les signes sans trop d'e£fort et j'appliquais inconsciemment pour les assembler des formules dont mon esprit n'avait gardé qu'un vague et insuffisant souvenir. Je ne prétends pas que j eusse pu être du jour au lendemain un praticien habile ; je ne l'ai jamais été, du reste ; il faut pour aspirer à la matirise du « professionnel » de longues années d'ap-

prentissage, un labeur acharné et, en outre, un tempérament spécial ; toutefois, au bout de quelque temps de remise en train j'étais capable d^exécuter « une petite prise » beaucoup plus rapidemeat qu'en écriture ordinaire.

Le résultat, tout modeste qu'il fût, me combla de joie parce que j*aperçus aussitôt le pro6t que je pourrais tirer pour ma méthode de cette constatation d'endurance mnémonique. Puisque, en pareille matière, la pratique m'était demeurée malgré Téclipse de la théorie, c'est que la sténographie offre un moyen excellent de s'exercera faire passer les notions du Conscient dans l'Inconscient, car enfin avant toute revision des règles, je faisais de la sténographie à peu près comme M. Jourdain faisait de la prose, sans m*en douter.

Suivez mon conseil, apprenez la sténographie. Grand merci, dites-vous; les pauvres sténo-dactylos sont aussi nombreux que les pavés de la rue, et à moins d'arriver à une virtuosité très rare, vous l'avouez vous-même, on ne gagne plus sa vie dans ce dur métier. Et qui vous parle de métier et de gain matériel? Il s'agit d'une étude noblement désintéressée, mais dont le profit intellectuel peut être fort appréciable.

Une objection plus sérieuse quelque temps m'in-

Suiéta. N'alloQs-nous pas, en apprenant une foule e figures graphiques, développer le visuel aux dépens de 1 auditif? Après plus mûr examen, je reconnus que l'audition aurait une large part dans notre travail, car toute sténographie est nécessairement basée sur la phonétique, et fait abstraction de l'orthographe. Si donc elle r *vêt le mot d'une forme nouvelle^ elle nous ob' . ^ aussi à tenir compte, en première ligne du so.^ de ce mot et

par elle nous pouvons avoir, si notre attention est attirée sur ce point comme il doit Têtre, à la fois des évocations auditives et visuelles. La sténographie Prévost-Delaunay en particulier, qui supprime toute voyelle dans le corps des mots met vivement en lumière cette vérité que la consonne est la charpente du mot et qu'à la supprimer — sauf en des cas déterminés exactement par certaines règles — on risquerait de rendre le mot incompréhensible tant à la lecture qu'à l'audition. Et de cet accord avec les sains principes de phonétique mon cœur de professeur de diction se réjouit. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que toute sdt phonétique est impeccable. Elle apprendrait, si l'on n'y prenait garde, à prononcer : sétemhre^ un souyer^ un ateyer^ terrib\ favorab% quéqu'uUy gna pas à dire, et autres abominations de la désolation; mais il faut beaucoup lui passer en considération du but qu'elle poursuit, à savoir la rapidité de l'écriture au moyen de toute combinaison de signes clairement lisibles. D'ailleurs ne pourrait-on pas reprocher à l'anglais de jeter la confusion dans notre orthographe et à l'espagnol d'abâtardir notre x français qui n'a déjà que trop de tendances à tomber au niveau de Ts? Mais nous réussirons, je suppose, sans trop nous casser la tète à écrire enemy en anglais et ennemi en français, à prononcer eksposicion en deçà des Pyrénées et esposicion au delà. Nous ne sommes plus des enfants et nous saurons veiller sur nos acquisitions. Le procédé d'abréviation appelé « les incompatibilités » nous dit aussi, entre autres choses ingénieuses qu'en français un son nasal ne saurait être suivi immédiatement, dans le même mot par nne voyelle, c'est donc que le son nasal est luimôme une voyelle. Bt voilà ce que n'ont su

découvrir ni les grammairiens, ni les poètes. Encore un bon point à la sténographie. Par contre je lui décerne un mauvais point quand elle appelle diphtongue ce qui ne l'est nullement : eu dans veuve, ou dans touffe, au dans sauve, ai dans raide. Somme toute, comme nous avons un caractère accommodant, nous pourrons faire bon ménage avec la phonétique de notre sténographie. Voilà une affaire réglée.

Mais, j'y songe, ne vous méprenez pas au sens de mon expérience : si j'ai pu sans trop de peine rattraper le fil de la pratique, c'est que, comme dans tous les cas semblables qui nous ont occupé, j'avais jadis pioché profondément la théorie. Ceci vient donc encore à l'appui de notre précepte : Tlnconscient sera d'autant plus complet, aisé, coulant de source, que le Conscient aura été mieux éclairé, examiné sous toutes ses faces, édifié laborieusement.

Je trouve encore dans la sténographie un avantage que je me plais à signaler : l'obligatioa de travailler vite, le mieux possible dans le plus bref espace de temps, de concentrer son attention, toute son attention sur une tâche une fois entreprise, de tendre sans cesse vers le minimum d'erreur, a Fais ce que tu fais » est une excellente maxime, mais pour en exprimer tout le suc, soumettons-la de temps en temps à la pression de la nécessité. Mon ami et moi, nous nous faisons tour à tour des dictées assez lestement enlevées : entendons-nous mal, sommes-nous distraits^ écrivons-nous illisiblement? nous ne pourrons pas nous relire; hésitonsnous dans le tracé des signes? nous sommes irrémédiablement perdus. 11 faut en conséquence que le cerveau, l'oreille, la vue, la main soient toujours sur le qui-vive et mettent en œuvre leurs suprêmes

ressourcesd'endurance eldlngéniosité. J'ai observé un fait bien intéressant; le jeu de mes balles de caoutchouc et ma prise sténographique m'indiquent assez exactament dès le matin, le degré de tension de mon système nerveux et l'état plus ou moins capricant de mon humeur. Ces deux baromètres, l'un physique, l'autre intellectuel, concordent parfaitement. Si mes balles font plus souvent connaissance avec le plancher qu'avec mes mains, si je ne trace que des hiéroglyphes indéchiffrables, me voilà prévenu : le baromètre indique variable, sinon tempête; j'agirai sagement en revêtant mon manteau de philosophie et ouvrant mon parapluie mnémonique. La tranquillité renatt et je brave les intempéries de l'impatience ou des soucis.

Vous ne serez nullement étonné quand je vous apprendrai que les signes arbitraires gisaient sous une assez épaisse couché d'oubli dans mon champ sténographique laissé trop longtemps en jachère. Qu'est-ce en effet, que ces arbitraires? Ce sont des signes, représentant généralement une expression employée avec fréquence dans le langage courant, et qu'on a grand intérêt à représenter le plus simplement possible en vue d une grande rapidité d'écriture. Ces signes^fort ingénieux, n'ontsouvent

Su'une parenté assez lointaine, ou point de parenté u tout avec leurs collègues méthodiques. Ne voyezvous point ici encore la confirmation de ce que nous avons avancé à propos des énumérations ? La mémoire est un enchaînement ; sitôt que les chaînons manquent ou sont relâchés, les évocations devien- Dent plus difficiles. Mais qu'à cela ne tienne : nous ayons trouvé le moyen de forger les chaînons dtfaillaois ou de renforcer ceux qui manquent de a#lidité. Nous aurons recours à la magicienne ima-

Si2 DE LA PRÉFACE

giaation et au plaisir de la création propre. Je ne puis songer sans rire au « fixatif » que j'employai pour les mots : contraire et nécessaire^ représentés l'un par une croix droite, l'autre par une croix renversée, qui mirent un temps mon esprit à la dernière des tortures I

Kst-ce tout? Non. La sténographie développe le sang-froid, donne de l'assurance au jugement et de la vivacité au coup d*œil. 11 faut savoir, à Toccasion, se décider entre remploi ou le non emploi du point initial, distinguer au milieu du flot de paroles, Texpression clichée, chère à tel orateur et qu'il suffira de représenter par une ligne tortueuse. Incessamment le sténographe est poursuivi par la crainte de se laisser mettre en retard et, pour faire face au danger, force lui sera de mettre en jeu soq courage, sa volonté, sa mémoire et son discernement. Chacun sait que Dickens a fait dans la sténographie son apprentissage d'écrivain dont la puissance d'évocation est incomparable. Il paya sa dette de reconnaissance envers son ancien métier dans un des chapitres les plus riches en souvenirs émus de son David Copperfield,

En dernière analyse» nos signes cabalistiques nous seront fort utiles dans les exercices de mémoire, reconstitution de poésies ou de morceaux de prose. On se rappelle que j'autorise, que je conseille même d'écrire, de voir après avoir fréquemment dit, entendu. Donc, après avoir écrit en caractères ordinaires, écrivez en sténographie ; ce sera un moyen de plus de graver les idées et les mots dans le Conscient et de leur faciliter le voyage jusqu'au tréfond de l'Inconscient. Et quel remède encore contre Tennui éventuel! J'ai grand plaisir à entendre une conférence intéressante, un beau

discours, fût-ce un discours politique. Mais si l'orateur ne dit rien qui vaille, à mon sens, du moins, je sténographie ses paroles à la volée, par bribes, en imagination, et le vide des heures se remplit comme par enchantement, grâce au labeur intense — mais secret et qui ne peut troubler ni scandaliser personne — de mes innombrables petites abeilles sténo-mnémoniques.

Et maintenant le mot de la fin... fin provisoire, car dans la voie de la recherche et de Texpérience nul pionnier n'a le droit de s*arréter et de croire définitifs les résultats acquis. Le mot de la fin le voici :

Ne votts séparez jamais de ce Uvre.

A défaut d'autre mérite, c'est un livre de sincérité, de foi et de bonne foi. Gardez-le comme un compagnon de route, comme un guide et comme un ami. Consultez-le dans les moments d'incertitude, dans les jours noirs; il vous rendra, je l'espère, la confiance en vous-même, l'ardeur au travail, et peut-être môme avec la belle gatté, la robuste santé. Cherchez aussi, fouillez, creusez, expérimentez et faites part à l'auteur du résultat de vos observations. Unissons-nous, chers amis, par la collaboration dans le travail intellectuel. Un poète l'a dit, un sage :

£e vrai de l^ amitié c'est de penser ensemble Tout le reste est fragile, épargnons^nous Cadieu.

Cet adieu douloureux nous sera épargné si nous restons toujours en communion d'idées, de sentiments et de souvenirs.

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