LA MÉMOIRE ENFANTINE AUX GRANDS, POUR LES PETITS
Notre guide et eonseiller. — Démolition et reconstruction de la Méthode. — La Mémoire pratique d'abord. — Les Fables. — Proscription de la lecture et du grimoire* — Le jeu. — Développement du sens auditif.
— Un plan d'études « naturelles». — L'éducation en liberté. — Jugement, volonté, mémoire, en attendant la raison. --> Les expériences sur le vif. — Et les langues vivantes ? — Résumé : simplicité, difficulté.
— Impossibilité présente. — Un coup d'œil dans l'avenir.
AU moment de finir ce volume, de lui dire adieu et de lui souhaiter bon voyage par le monde, un scrupule me vient : Âi-je étudié tout ce qui était digne d'examen ? Pour ce qui intéresse les adultes, oui, sans doute; s'il se trouve, par-ci par-là, quelque omission, quelque erreur, presque inévitables en un ouvrage de ce genre, les lecteurs voudront bien me les
signaler — c'est une prière que je leur adresse en toute sincérité — et je m'efforcerai de combler la lacune, de corriger le point défectueux. Mais j'ai à peine fait quel ques allusions à la mémoire au premier &ge, et pou rtant cette matière a une importance capital e puisque Ton dit avec raison que l'enfant est le père de l'homme, tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue physique. Ce que l'éducateur sème dans l'âme enfantine, l'homme fait a quelque chance de le récolter, pourvu que le terrain soit fer tile et que la semence soit saine et plantée profondément.
J'ai lu Rousseau ; il a été mon conseiller et mon guide, et il n'est point d'éducateur et de professeur qui ne doive à tout moment aller consulter ce gran d semeur d'idées — géniales et folles, pêle-mêle — s'il veut conserver un ardent désir de se communiquer, de se donner tout entier, s'il entend ne s'enliser jamais dans la routine.
Mais je ne me suis pas contenté de lire et de relire l'Emile ; rien ne vaut l'observation personnelle et les expériences sans cesse répétées. Oui, j'ai observé l'enfant, patiemment, et (ceci
est très important), sans qu'il s'en doutftt; j'ai partagé ses jeux, je l'ai questionné, plus souvent je me suis laissé questionner par lui, et mon enquête enfin m'a conduit à cette conclusion que nous comprenons encore bien peu et bien mal la nature, les besoins, les facultés du petit être, malgré toute la sollicitude que nous lui avons vouée, sollicitude sinon toujours aveugle, du moins trop souvent maladroite.
Rousseau a vu juste, mais il a crié trop haut, frappé trop fort, bondi trop loin d'un élan, débité avec trop d'abondance et d'emphase les naïvetés et les sophismes. En voulant tout prouver, il n'a réussi qnk faire croire à beaucoup de gens qu'il était un dédamateur, un fou et un dangereux brouillon.
Que de choses j'aurais à dire sur cette question de l'éducation, qu'on n'eût jamais dû séparer de celle de l'instruction : les deux ne font qu'une, au fond; comment ne le comprend-on pas ! Mais la mémoire seule doit me préoccuper ici.
Vous vous imaginez que, selon la méthode exposée précédemment, je vais m'eflorcer de développer la mémoire verbale de l'enfant en
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lai doDDant à apprendre par cœur un grand nombre de morceaux? Vous vous trompez.
L'enfant possède la mémoire verbale à un degré merveilleux : la nature la lui octroie pour qu'il apprenne à parler, c'est-à-dire pour ce qui l'intéresse immédiatement en entrant dans la vie. Pourquoi donc supposez-vous que je vais me substituer à la nature ? elle sait beaucoup mieux que moi ce qui convient à l'être qu'elle a créé. Tout au plus m'eSorcerai-je de l'aider en tâchant de multiplier pour le jeune esprit les éléments d'intérêt; et d'entretenir chez lui cette mémoire verbale dont nous aurons à faire an si grand usage dans l'adolescence et dans T&ge mûr.
Écoutez Rousseau : « Emile n'apprendra rien par cœur, pas même des fables » .
Et pourquoi cela, exagérateur passionné?
parce que les animaux ne parlent pas et qu'ainsi la fable n'est que mensonge ? Mais tout parle pour l'enfant, les êtres et les objets, et comment s'étonnerait-il d'entendre parler un co^ beau et un renard, lui qui prête un langage à sa poupée, qu'il sait n'être qu'un morceau de bois ? La fable l'amuse, parce qu'elle contient
en germe le drame de la vie, elle élargit un peu son cercle d'idées et de sentiments, elle lui apprend à s'exprimer avec facilité. Mais où TOUS avez pleinement raison, ô éducateur avisé, c'est quand vous proscrivez les fables de La Fort-taine des études enfantines. La Fontaine n'aime pas les enfants, il l'affirme sans ambages ; il n'a pas écrit pour les enfants, mais pour un enfant exceptionnel « illustre rejeton d'un prince aimé des cieux », et d'ailleurs dans le plaisir de sa création d'artiste il a bientôt oublié le but qu'il s'était proposé d'abord. Le prétendu bonhomme devrait être appelé plutôt « le malicieux épicurien » ; il exprime des idées subtiles, parfois légèrement perverses, dans un langage rafjBné ; il n*a aucune morale, et ses moralités, contradictoires entre elles, se bornent à refléter Topinion commune du monde. Tout cela est absolument étranger à l'ingénuité des premières années, et le sens même de beaucoup de vers du fabuliste sont pour l'enfant de vraies énigmes. Je me souviens quel oracle sibyllin fut pour moi le simple récit (rappelez-vous ce que j'ai dit de la simplicité) l'Hirondelle et les Petits oiseaux avec son « manant » qui « coavfe
t52 LA MÉMOIRE PRATIQUB
maints sillons » de « /a chanvre ». H y a là aussi une « main cheminant par les airs » qui m'inspirait une vague terreur. Quant à la fin... autant eût valu me parler hindoustani :
Les oisillons, las de l'entendre.
Se mirent à jaser aussi confusément Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cas-
[sandre
Ouvrait la bouche seulement.
Il en prit aux uns comme aux autres Maint oisillon se vit esclave retenu Nous fCécoutom (Tinstinct que ceux qui sont kt
[nâtrei^ Et ne croyons le mal que quand il est venu.
Je recommande surtout le vers : nous n'écoutons..., etc., et voudrais qu'on en demandât le sens à des lycéens de quatorze et quinze ans : beaucoup, croyez-en mon expérience, seraient fort embarrassés. Or, on donne couramment cette fable à apprendre dans les classes primaires. C'est un non-sens et une profanation.
Un non-sens, de donner aux petits des choses hors de leur portée ; ainsi il s'habituent à on langage vide d'idées; une profanation, délivrer des chefs-d'œuvre à des esprits qui ne possèdent pas encore la notion du beau et du déii-
cat; de la sorte on leur g&te ces chef s-d'œuvre à tout jamais. Que goûtons-nous surtout, nous adultes, dans La Fontaine? une dizaine de pièces qu'on ne nous a pas rab&chées dans Tenfance, et pour cause 1 Le mal marié, P Homme entre les deux âges et ses deux maîtresses, le Curé et le Mort, la Veuve, etc. Mais toutes nous procureraient de semblables plaisirs si on nous les avait réservées pour Tàge de raison et de goût.
Que ferai-je donc étudier? Les jfabulistes de second ou de troisième ordre, peu importe leur talent, pourvu que leurs récits amusent et puissent être aisément compris. Florian, Lamotte, Ârnault, Lachambaudie sont accessibles à de jeunes intelligences. Mais encore choisirai-je avec soin et ne serai-je pas prodigue d'exercices de mémoire verbale.
Comment ferai-je étudier? Pas dans un livre; pour Texcellente raison que mon écolier ne saura pas lire avant dix ans. Rousseau, qui pousse toujours à l'extrême, souhaitait qu'il ne sût pas son alphabet avant sa douzième ou quinzième année. Quel homme! et pourtant est-il plus profonde vérité que celle-ci ;
t54 LÀ MÉMOIRE PRATIQUE
<c La plus grande, la plus importante, la plua utile règle de réducation» ce n'est pas de gagne? du temps, cest d'en perdre. Regardez tous les délais comme des avantages. C'est gagntf beaucoup que d'avancer vers le terme sans rien aventurer. Laissez mûrir Penfance dans le$ en fa) Us, »
A quoi donc le bambin passera-t-il son tempi à l'école ? Â s'amuser, parbleu I à jouer, à courir, à exercer ses sens, ses membres, ses o^ ganes, ses forces. Je demande en grâce aux pou' voirs publics — mon habitude n'est pas de les solliciter, ils peuvent bien m'accorder cette seule faveur — je leur demande d'empêcher des parents insensés d'abêtir et d'anémier leur triste progéniture. Quand je vois des marmots de quatre ou cinq ans déchiffrer ou tracer un grimoire, je me dis que la véritable loi de protection de l'enfance reste encore à établir. La lecture et récriture prohibées dans les classes maternelles ; le jeu prescrit, le jeu sous toutes ses formes, tel est mon vœu.
Et puis, entre la septième et la dixième année? Encore beaucoup d'exercices physiques et quelques études^ faites oralement ; nous par
lerons, nous chanterons et nous regarderons.
Nous essayerons de nous faire quelque idée de la nature et de la vie. Je dis « nous » parce que reniant devra trouver en moi une sorte d'autre lui-même, avec Texpérience en plus ; quelqu'un qui lui indique la voie à suivre, mais qui ne surveille pas chacune de ses actions, chacun de ses pas, sinon du coin de l'œil, pour empocher, le cas échéant, de trop fortes méprises. Je soutiens qu'au sortir de cette période préparatoire, mon élève en saura au moins autant que la petite boîte à lettres de vos classes, mais il saura différemment, parce qu'il aura appris tout autrement. En quoi consistera la différence? Dans l'attention éveillée et dans l'intérêt présent. Notre étude a été une suite d'expériences sur des choses, sur des faits à notre portée immédiate, dans la sphère encore restreinte de notre entendement; la vôtre n'a été qu'une série de leçons sur des notions abstraites tirées de cette chose morte qu'est le livre; morte pour qui ne sait pas encore l'animer par son jugement, sa raison — et n'estce pas le cas de l'enfant ?
En tout ceci, je suis d'accord avec Rous£ieau,
SS$ LA MiMOIRB PRATIQUE
sauf en un point : à mon avis, il n'accorde pas assez d'importance à la formation de TauditioD; il ne s'est pas rendu compte que c'est là le fond de notre nature, et qu'à ne considérer que l'instinct nous sommes auditifs avant d'ôtro visuels.
Mon élève apprend enfin à lire et à écrire; il en a lui-môme éprouvé le désir, que je me suis bien gardé de lui suggérer. Il a compris qu'il se trouvait en présence d'une nécessité sociale — bien entendu l'idée lui est venue, non le mot. La tftche sera maintenant beaucoup plus difficile pour moi qu'auparavant, car il faudra l'empêcher de trop lire. Mais je vais lui fournir de l'occupation, soyez tranquille.
Vous allez lui apprendre le grec, le latin, l'anglais, l'allemand, les mathématiques, les sciences? Nullement; pendant deux ans je le mettrai au courant des principes de sa propre langue en attachant beaucoup plus d'impor* tance à la diction qu'à l'orthographe; je ferai en sorte qu'il calcule avec facilité et je lui montrerai les principales applications des sciences dans la vie journalière.
Mais je n'aurai pas rempli ma mission si je
Lk MÉMOIBK ENFAMTmB »T
le lui ai pas donné, quel que soit le [ui Foccupe, une méthode générale de travail \ l'il ne sait pas à fond le peu qu'U sait; s'il n'a pas de Tordre dans les idées, s'il est distrait ians ses recherches, s'il commet de fréquentes erreurs. A mesure que mon élève gagnera de Tftg^e et de Texpérience, notre enseignement deviendra mutuel. Je veux qu'il me donne, ou croie me donner autant que je lui donne moimême. Bien loin de m'opposer à la jeune ini* tiative, je l'encourage de toutes les façons.
Vers quinze ou seize ans, au seuil de l'adolescence, mon écolier se transformant en étudiant, pourra entrer dans la voie spéciale que lui indiquent son goût et ses aptitudes. Je n'exercerai sur lui aucune contrainte ; j'attirerai seulement son attention sur sa responsabilité dans le libre choix qu'il va faire.
Il va sans dire que pendant toute cette seconde période enfantine le corps nous aura préoccupé autant que l'esprit et que nous aurons appris à notre élève à marcher, à respirer, à se batailler et à endurer.
Mais la mémoire? Vous l'avez complètement oubliée I
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Je Tai si peu oubliée que je n'ai presque parlé que de cela, sans que vous vous en doutiez. Seulement... j'ai essayé de développer d'abord chez l'enfant la mémoire pratique dont il est peu doué, et je me suis beaucoup moins soucié de la mémoire verbale, qu'il possède en surabondance. Ce n'est pas tout : je me suis donné pour tftche — et de ceci surtout vient votre méprise — le développement de la mémoire pratique concurremment avec trois autres facultés : l'entendement, le jugement, la volonté. Rousseau a raison encore quand il nous conseille de réserver la raison comme couronnement de l'éducation et de nous bien garder de la mettre à la base. Mais s'il ne veut pas qu'on raisonne avec les enfants, il ne croit pas pour cela que le jugement leur fait défaut ; au contraire, il admet que ces êtres instinctifs jugent fort bien et de bonne heure tout ce qui appartient au domaine naturel primitif, si on attire sur lui leur attention en mettant en jeu leur propre intérêt. Et soyez certains que l'objet de ce jugement appartiendra désormais à le mémoire pratique.
L'entendement, nous en avons assez parlé
jasqu'ici, mais quel rapport établir entre la volonté enfantine, souvent si capricieuse, et la mémoire? Un rapport fort étroit, car la liberté est action, et nous avons vu, dans la première partie de cet ouvrage, avec quelle rapidité et avec quelle force l'action fait descendre une notion, une sensation dans l'inconscient et Ty fixe. N'avons-nous pas constaté aussi que la condition essentielle d'une bonne mémoire est le libre et vigoureux exercice de la volonté? J'avise donc aux moyens de faire a vouloir )» mon élève. Mais il va devenir un petit polisson, un brise-tout, un garnement impossible à diriger ! Je préfère encore cela à le voir devenir une borne que rien ne peut remuer. La polissonnerie passera avec l'âge et... les mésaventures désagréables; l'inerti e, elle, sera san cesse aggravée par le gavage livresque.
Celui-ci usera la mémoire en la faisant travailler à vide sans l'aliment de l'intérôt ; la volonté, même employée à tort et à travers au début des expériences, sera pour notre activité mnémonique l'indispensable moteur. Auronsnous vraiment à craindre que l'enfant abuse de la liberté. que nous lui laissons?
Écoutons encore ce que dit Rousseau :
« Qu'il croie toujours ôtre le maître, et que ce soit toujours vous qui le soyez. Il n'y a point d'assujettissement si parfait que celui qui garde l'apparence de la liberté; on captive ainsi la volonté môme. Le pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne peut rien, qui ne connaît rien, n'est-il pas à votre merci? Ne disposez-vons pas, par rapport à lui, de tout ce qui Tenyironne? N'êtes-vous pas le maître de Taffecter comme il vous plaît? Ses travaux, ses jeux, ses plaisirs, ses peines, tout n'est-il pas dans vos mains sans qu'il le sache? Sans doute, il ne doit faire que ce qu'il veut, mais il ne doit vouloir que ce que vous voulez qu'il fasse; il ne doit pas faire un pas que vous ne l'ayez prévu, il ne doit pas ouvrir la bouche que vous ne sachiez ce qu'il va dire. »
En d'autres termes, plus familiers, le mattre saura, s'il est habile et comprend son rôle, ménager à l'élève des surprises heureuses, ou sans aucun charme, comme conséquence directe des actions louables, sottes ou méchantes qu'il aura faites en mettant à profit sa liberté d'acUon. Et ces surprises, dont il rendra responsable la
force fatale des choses, il s'en souviendra, je vous en réponds, plus que d'une consigne ou d'un pensum.
En dehors de ces perceptions directes, l'enfant n'a qu'une médiocre mémoire et, contrairement à ce qu'on s'imagine, le travail est pour lui très pénible. Il lui manque les deux auxiliaires de l'adulte : l'intérêt et l'observation. Et c'est pour cette raison que je me tiens en garde ici contre la mémoire verbale. Même si les éléments d'un récit, un morceau en prose ou en vers lui sont donnés oralement, l'enfant n'a que trop de tendance à ànonner, à rabâcher sans ombre d'expression et de sentiment en se fiant uniquement, pour la reconstitution à sa trompeuse facilité. Trompeuse, disje, car il oublie aussi vite qu'il a appris ; rien ne reste gravé sur le miroir poli de sa vision, sur la vague résonnance de son audition, aucune remarque ne vient fixer les sensations fugitives, et le travail est sans cesse à refaire. A moins que nous ne faisions appel à la Mémoire pratique, à l'éducation pratique :
« Si, au lieu de porter au loin l'esprit de
votre élève; si au lieu de l'égarer sans cesse en d'autres lieux, en d'autres climats, en d'autres siècles, aux extrémités de la terre et jusque dans les cieux, vous vous appliquez à le tenir toujours en lui-même et attentif à ce qui le touche de près^ alors vous le trouverez capable de perception, de mémoire, de raisonnement.
A mesure que l'être sensitif devient actif, il acquiert un discernement proportionnel à ses forces... Voulez-vous donc cultiver l'intelligence de votre élève, cultivez les forces qu'elle doit gouverner. Exercez continuellement son corps ; rendez-le robuste et sain pour le rendre sage et raisonnable; qu'il travaille, qu'il agisse, qu'il coure, qu'il crie, qu'il soit toujours en mouvement; qu'il soit homme par la vigueur, et bientôt il le sera par la raison. »
Donc pour l'enfant, peu de mots, beaucoup de faits, d'expériences, de sensations; réservons à l'adolescent et à l'adulte la culture intensive du domaine verbal, alors que les vocables représentent bien réellement des idées avec leurs alliées, les images et les harmonies. Mais quoi de plus barbare que des mots mâchonnés, sans appel à l'intelligence, tant à la minute^
mots grecs, latins, français, peu importe, pourvu qu'il en passe beaucoup au moulin. Eh bien, cela se pratique ainsi à notre époque, sous le nom de composition de récitation dans les lycées et collèges d'un pays qui se dit éclairé! On voudrait tuer du même coup mémoire et intelligence qu'on ne s'y prendrait pas autrement.
— Mais, du moins, vous admettrez bien qu'on apprenne dès l'enfance une langue étrangère, puisque votre méthode en fait le trait d'union entre le domaine verbal et le pratique?
— Nonl
— Pourtant, c'est toujours autant de gagné.
— C'est autant de perdu, vous dis-je. Vous inspirerez à l'enfant le dégoût de la langue étrangère, longtemps avant qu'il ait pu en comprendre la nécessité ou en goûter l'attrait. Plus tard cette répulsion instinctive ne pourra plus guère être surmontée complètement.
Une dame vint un jour me demander de donner des leçons à son iSls, blondinet de cinq ans, joufflu comme un chérubin et espiègle comme un démon ; c'est paraît-il l'âge que l'on choisit pour mettre ces innocents à la torture.
II a, me dit-elle, une bonne allemande, mais quand elle lui parte allemand, il lui répond :
zuti
— Madame, demandai-je, votre fils doit-il, à dix ans, être interprète ou voyageur de commerce? Eh bien, si vous le permettez, je lui apprendrai plutôt à jouer au sabot ou au cerceau. L'allemand ne présente encore pour lui aucune utilité, mais il a grand besoin de se faire du biceps et du mollet.
La dame se retira fort courroucée. Vainement je l'engageai à venir me voir quand le blondinet aurait quinze ans. Je n'eus pour moi, ce jour-là, que l'approbation de ma conscience et celle de notre vieux Rousseau, à qui il faut toujours avoir recours. Que dit-il encore, cet ancêtre dont les idées seront peut-être réalisées au XXI® ou XXII® siècle ?
« On sera surpris que je compte l'étude des langues au nombre des inutilités de l'éducation, mais on se souviendra que je ne parle ici que des études du premier âge ; et quoi qu'on puisse dire, je ne crois pas que jusqu'à l'âge de douze ou quinze ans, nul enfant, les prodiges à part, ait jamais vraiment appris deux langues. »
Douze ans, soit ; mais quinze ans Texagération est flagrante. Souvenez- vous que Rousseau vivait au siècle le plus superficiel, le plus artificiel, le plus léger et que pour se faire entendre il devait crier très haut et pousser les vérités jusqu'au paradoxe.
«... Des formes diverses de langages, Tusage en donne une à Tenfant, et c'est la seule qu'il garde jusqu'à l'âge de raison. Pour en avoir deux, il faudrait qu'il sût comparer des idées; et comment les comparerait-il, quand il est à peine en état de les concevoir ? »
Très juste! l'enfant ne constitue pas, ne crée pas, ne compare guère : il se trouve dans la période instinctive d'assimilation des notions naturelles.
« Chaque chose peut avoir pour lui mille signes différents, mais chaque idée ne peut avoir qu'une forme : il ne peut donc apprendre à parler qu^une langue. II en apprend cependant plusieurs, me dit-on : je le nie. J'ai vu de ces petits prodiges qui croyaient parler cinq ou six langues. Je les ai entendus successivement parler allemand en termes latins, en
termes français, en termes italiens; ils se série.
valent à la vérité de oinq ou six vocabulaires, mais ils ne parlaient toujours qu'allemand. En un mot, donnez aux enfants tant de synonymes qu'il vous plaira : vous changerez les mots, non la langue ; ils n'en saurons jamais qu'une, i
Craignez-donc de compromettre l'avenir par ce jeu fastidieux de bulles de savon, vides de substance et de génie. Vous mettriez dans l'esprit de l'enfant cette seule idée, très tenace, celle ci : que toute la science linguistique n'est que billevesées. Pourquoi tant de pères et de mères se laissent-ils séduire par ce mirage : faire du bambin un polyglotte prodige ? Qu'ils s'interrogent de bonne foi, ils trouveront euxmêmes la réponse, que je préfère ne pas leur donner. J'aime mieux convaincre que de désobliger d'honnêtes gens.
Ai-je clairement exposé mon programme?
En résumé il tient en quelques lignes :
Pas de livres jusqu'à dix ans; très peu de livres jusqu'à quinze ;
De rares exercices de mémoire verbale ; mais une tendance constante, quoique prudente, à développer la mémoire pratique.
Formation de l'auditif et du visuel, sans ou-
LA MEMOIRE ENFANTINE Ul
blier les autres sens. Pas de solfège avant l'âge de dix ans, mais de la musique vocale composée spécialement pour Tenfant, pas de refrain de café-concert ni de romance vaguement sentimentale traînant dans les rues. Dans les poésies à apprendre par cœur pas de niaiseries enfantines ; Tenfant n'a pour cela que mépris, et rien ne lui déplaît davantage que de n'être pas pris au sérieux.
A partir de dix ans, expériences fournies par la nature et la vie.
Découvertes. Pas de besogne toute mâchée.
Tâcher de faire découvrir le plus tôt possible que la répétition n'est pas le seul instrument de connaissance — et de mémoire — mais qu'il y a aussi l'observation ; plus tard nous parlerons jugement, enfin raison.
Faites en sorte que l'enfant sache user de la liberté.
C'est simple et singulièrement difficile. Je suis de votre avis, mais vous savez maintenant que nous devons chercher la difficulté et non la fuir.
C'est irréalisable en ville.
Tout le monde sait bien qu'une éducation
saine est impossible anjonrd'Iiai pour Fenfaot dans nos cités contaminées par les mille obscénités du dessin, de l'écriture, du chant, de la parole, empoisonnées par la politique.
C'est irréalisable encore dans les conditions où se trouve l'enseignement officiel, le seul qui compte actuellement.
De plus en plus nous sommes d'accord, mais notre mode d'enseignement représente-t-il pour vous l'idéal? Je pense, moi, que l'État n'existe pas, et ne peut pas exister, comme éducateur et que, malgré toute sa science « agrégée », il se montre aussi piètre professeur, qu'il est médiocre commerçant et industriel *,
Mes idées ne sont qu'utopies ?
Et pourquoi pas plutôt des pressentiments d'un avenir, fort lointain, sans doute, mais non chimérique? L'humanité, à en croire Emerson, n'en est encore qu'à Faube douteuse et au chant du coq. Il est bien permis de prévoir le temps où l'homme se dégoûtera de vivre en tas et ira cultiver son champ, je ne dis plus seulement son jardin, paysan par la vigueur et l'endurance, citadin par le raffinement de Tesprit ; où l'homme renonçant aussi
h la manière commode de faire élever ses enfants en troupeaux, les confiera à de petits groupes d'éducateurs dévoués, qui conduiront leurs petits groupes délèves depuis l'éveil de rintelligence jusqu'à Tépoque où leur activité se spécialisera ; un temps enfin où Ton n aura plus pour but de fabriquer à la grosse des man' darins, des bourgeois frileux et timorés, des chercheurs de « pistons » et des escaladeurs de « courte échelle », mais des êtres d'initiative, de volonté et de loyauté.
'umée! — Osons vouloir. — Utilité d*un associé. — La musique de la « Folle chanson «. — La puissance de Pabsurde et le genre déraisonnable. — Les relais de Britannicus. — Diverses espèces de a pailles » et moyens de les réduire à merci. ^ Le calme et son auxiliaire : l'exercice de mémoire. — Citations imprécises. — Échelle numérique des consonnes. — Un système stupéfiant pour l'enseignement des langues vivantes — Un mot sur les langues mortes. — L'intermédiaire-traduction. — Polyglottes : hommes de métier et intellectuels. — La vieillesse active.— La mission de l'c État professeur ».
Cet ouvrage était déjà sous presse lorsqu'en larcourant les épreuves, diverses réflexions me ont venues que je désire communiquer à mes îcteurs. Je les réunis toutes ici pour ne pas ouleverser la disposition du volume et, d'aube part, pour éviter les notes en caractères licroscopiques, dont on néglige la lecture
parce qu'elle est fatigante et qu'elle interrompt le cours des idées principales.
J'ai tort, je le sens bien. Sachez qu'il n'y a qu'un moyen, un seul, de couper court à Vabus d'un excitant, c'est d'en cesser Vusage, Un professeur de lycée me disait récemment : Ma mémoire faiblit, je suis obligé d'écrire mes leçons, moi qui autrefois les improvisais. Aussi je suis décidé à renoncer au tabac. — Vous ne fumez plus? — Non. — Plus du tout...
Vous m'en donnez votre parole? Mon homme hésita : Écoutez, me dit-il enfin; si je ne fumais pas après mon déjeuner, je serais malade toute la journée; j'ai donc pris un moyen terme; je fume quelques cigarettes d'eucalyptus . . cela ne peut me faire aucun mal? — C'est de la fumée ; un jour vous trouverez fade cette fumée-là et vous reviendrez à celle du tabac — Jamais!... Quand je le rencontrai huit jours plus tard il avait à la bouche certain petit rouleau qui fleurait bien plus le Maryland que l'eucalyptus et pour m'en offrir un semblable il tira de sa poche un paquet vert qui en disait
NOTES COMPLÉMENTAmBS SIS
long sur le manque de volonté et de mémoire de mon pauvre ami 1 Mais est-il vrai qu'on soit malade en cessant du jour au lendemain l'usage du tabac? Non, c'est une des mille défaites dont se paie la mollesse de caractère des hommes. On manque simplement du coup de fouet habituel; on éprouve tout au plus un léger malaise ; après quelques jours de forte et saine résolution il n'y paraît plus, et l'on est tout joyeux d'avoir osé vouloir. Je parle en connaissance de cause car je fus jadis un fumeur passionné
Je reconnais toutefois que l'objection de mon correspondant contient une part de vérité et sa libre initiative me ravit. Oui, soucieux de reculer sans cesse les limites de notre champ intellectuel, nous ne le labourons plus profon dément. Voilà précisément pourquoi, dans la fraîcheur du matin qui peut être comparée h celle de l'aurore de la vie, bannissant les préoccupations qui m'assailliront pendant la journée, je remue mon terrain, je fouille, je creuse, et sans donner à ma mémoire les béquilles de
f7l APPENDICE
lectures nouvelles, je la contrains an dur travail de reconstitution qui descend jusqu'à l'instinct créateur primordial, dont l'essence est la musique. J'écoute chanter les vers à mesure que je les dis, je suis l'écho de ma lecture de la veille. Combien il serait préférable que je ne les eusses pas lus ! mieux eût valu cent fois les cn/^n-^/r^ tout d'abord. A ce propos je dirai une fois pour toutes que pour les exercices de mémoire le travail mutuel est le plus fécond de tous ; j'entends par là le concours d'une personne avec qui l'on sympathise complètement, ayant la même foi que vous dans la discipline adoptée t la même ardeur dans la mise à l'épreuve de la méthode, et qui puisse disposer des mêmes heures. Rarement de telles condiditions se trouvent réunies, mais si vous rencontrez ce précieux collaborateur, qu'il vous lise le morceau à diverses reprises ; le lendemain soir vous lui rendrez le même service, et le matin chacun de vous sera chargé du travail de reconstitution, guide alors uniquement par l'audition. Mais, je le répète, ce cas est si rare que je n'y ferai que des allusions occasionnelles et en général je ne m'occuperai que du travail
NOTES COMPLEMENTAIRES 871
isolé, déjà assez profitable pour qu'on puisse s'en contenter.
L'écho résonne en moi avec une force double chaque fois que passent les rimes, en particulier les rimes riches : aisés ^ baisers; mensonges^ songes* chéne^ chaînes. Peu importe que je sache ou non ce que c'est que rimes riches : quand l'une d'elles tintera, mon oreille éprouvera un plaisir, et partie d'un chaînon mnémonique sera formée sinon un chaînon entier. Une chaîne continue se forme peu à peu à la sollicitation du rythme tout à la fois si net en sa cadence, et si varié par l'art du poète et par les motifs conducteurs : « Viens » et « Allons-nous-en » qui deviennent plus pressés à mesure que nous approchons de la fin du morceau. J'entends encore beaucoup de cadences et de sonorités qui allongent ou fortifient la chaîne mnémonique, et si vous êtes plus musicien que moi, vous entendrez sans doute des détails musicaux qui m'échappent. Cherchez, c'est-à-dire : écoutez!... Pour moi j'entends assurément la cadence bien marquée en strophes, ou couplets, d'égale longueur sauf celui de : l'envieux oiseau nocturne qui enjambe sur
f78 APPENDICE
le suivant par le moyen de la rime sapplémentaîre : et dtroni, et les deux couplets que réunît le : Allons-nous-en. C'est encore du rythme, c'est presque de la mesure à quatre temps, chaque strophe se composant de quatre vers.
Je dis : presque; car, parfois deux vers entrent dans une seule mesure ; parfois un vers exige à lui seul deux mesures : viens, le soir brunit les chênes ; trois mesures : viens, sois tendre^ je suis ivre. Mais en outre, j'entends dans ce mor ceau une note qui se répète plus souvent que les autres, c'est la note : on; je ne compte que deux strophes où elle n'intervient pas : Viens, le soir, et Allons-nous-en par la terre; encore dans cette dernière est-elle largement représentée par ga sœur jumelle la note en, qui, elle aussi, se présente fréquemment au cours de notre « chanson ». De la musique avant toute chose!.,. Ainsi débute l'Art poétique de ce poète avant tout instinctif, Verlaine. Il avait bien senti, entendu ce qui se trouve au fond de toute poésie et de toute mémoire.
On voit que je n'emploie le bizarre^ le ba-
roque et, tranchons le mot, l'absurde, qu'avec une grande circonspection, et en l'absence de tout moyen rationnel. Ce n'est pas que j'ignore la puissance de l'absurde sur la mémoire, mais j'affirme, à l'encontre de presque tous les auteurs de systèmes mnémoniques, que cette puissance est funeste. Jamais on ne me fera croire que le cerveau puisse être farci d'absurdités sans que Tintelligence en souffre. L'auteur d'un petit traité de mnémotechnie qui m'a amusé d'abord, indigné ensuite, promet h ses adeptes de leur faire apprendre en quinze jours tout Britannicus au moyen de petits mots les plus cocasses qu'il se puisse trouver, réunis en rimes semblables par tirades. Il appelle cela des relais. Mais, monsieur le mnémoniste, je n'en veux point de vos relais et de vos rimes de mirliton. Je désirerais vivement savoir Britannicus par cœur, mais plutôt que de l'apprendre ainsi, je préférerais l'ignorer toujours, et votre {héoviQ^nvXQ genre déraisonnable, appliquée aux chefs-d'œuvre de la littérature doit faire bondir dans leur tombe tous les poètes mais surtout ce cher Racine, menacé ici plus qu'aucun de ses confrères du Parnasse.
On verra plus loin une application bien amusante de cette théorie aux langues vivantes. Quant au moyen « déraisonnable » de fixer les dates j'en parle dans un chapitre spécial. Sachez seulement (on ne pourrait être trop tôt édifié à ce sujet) que pour retenir la date de l'accession au trône et de la mort de Pharamond, il faudra enregistrer dans son for intérieur la gentillesse suivante :
Renonce au fard ah ! mon enfant, prends rArnica.
Si vous n'ôtes pas abôti quand vous aurez de la sorte mis, sur le trône et poussé dans la tombe tous les souverains de France jusqu'à Napoléon III, c'est que vous avez l'intellect supérieurement trempé 1
P. lOi.
Je crois que ce mot fait allusion à ce défaut bien connu dans la liaison des métaux, qui produit parfois la brusque rupture du meilleur acier. Les pailles qui se glissent dans la mémoire sont souvent désespérantes par leur obstination inepte, et rien ne montre mieux le danger d'employer le « genre déraisonnable »
dans la soi-disant culture de la mémoire : au-
tant vaudrait semer de la nielle avec le blé. Les pailles seront tantôt des liaisons fâcheuses, vulgairement appelées cuirs; tantôt des coupures intempestives d'une phrase ou d'un vers; tantôt même des mots absurdes qui se substituent au légitime occupant : pis que des intrus, de vrais bandits ! Je me rappelle que dans le Cid campeador de Barbey d'Aurevilly, je dus employer toute ma stratégie pour rétablir « entendit » à la place de « aperçut » au vers.
Entendit dans le creux d'un ravin solitaire...
Que venait faire là le contre-sens : aperçut? 11 était appelé prématurément par le même mot, correct cette fois, dix vers plus loin :
Cependant le héros, dans sa splendeur d'archange, Inclinant son panache éclatant, aperçut Ce hideux malandrin. ••
Eh bien donc, comme armes défensives et offensives contre ces félonnes de paille, nous aurons l'attention — et l'exercice. — Et vous constaterez avec joie que plus la mémoire s'assouplira, mieux la matière sera fondue, et moins les pailles seront fréquentes,
J'allais — la Mémoire pratique me pardonne I — oublier le Calme, qui travaille souverainement au maintien de la santé, quand nous daignons faire appel à lui. Rien de plus fréquent aujourd'hui que les maladies nerveuses, qu'on range sous le nom de névrose, la fameuse Névrose ! et la neurasthénie de nos contemporains semble avoir remplacé avec avantage l'hypocondrie de nos pères Nous compliquons trop notre courte existence dans laquelle nous prétendons introduire la rapidité vertigineuse de la machine, nous assimilons mal, nous digérons plus mal encore, et préoccupés de mille détails en somme insignifiants, nous négligeons de dresser le plan général de notre vie. Un jour nous nous apercevons que nous n'avons « du temps pour rien » ; notre perpétuelle agitation nous rend colériques, impressionnables à l'excès, nous aigrit contre nous-même et contre les autres, enfin nous conduit tout droit à l'impuissant scepticisme. Vais-je vous dire, ici encore : prenez mon ours! Pourquoi pas? vous savez quel animal calme, posé, est ce brave plantigrade.... Mais parlons sérieusement
NOTES COMPLEMENTAIRES 283
Quand vous vous sentirez atteint de trépidation, tentez un petit exercice de reconstitution, ditesvous un morceau comique ou pathétique, en contraste avec les circonstances présentes; la tranquillité reviendra, vous verrez plus nettement la décision à prendre, vous agirez avec plus de sang-froid. Entre l'envie de vous mettre en colère et le déchaînement de cette colère, intercalez, je vous en supplie, dix vers ou dix lignes de prose ; vous sortirez de cet exercice, rafraîchi, fortifié comme après une douche en pluie fine.
Vous sourirez d'abord, je le sais; mais qu'importe si vous réfléchissez ensuite et si vous vous décidez, ô gens nerveux de toutes catégories, à essayer ce remède si simple et, j'en parle par expérience, si efficace !
Même en écrivant, combien de gens prennent la détestable habitude de ne rien préciser, en particulier pour ce qui concerne les citations. Le machin-chose est ici remplacé par « comme dit un poète, un philosophe », ou même par l'odieux et barbare : « comme dit l'autre ))...
Cette manie est fort spirituellement tournée en ridicule dans l'Aventurière, d'Âugier :
Suffit. Si ma chemise Savait ce que je pense, a dit un général^ Je changerais de linge.
Cet ivrogne d'Annibal ne se pique ni de littérature ni de connaissances historiques; mais pourquoi citer un mot quand on n'a pas le courage d'en rechercher la source? c'est de la paresse; pourquoi vouloir paraître savant quand on ne sait qu'à moitié? c'est une petite déloyauté. Lorsqu'un passage nous platt, lions, le solidement au titre de l'ouvrage et au nom de l'auteur, selon notre procédé ordinaire. Nous ferons ainsi un salutaire exercice mnémonique et nous ne devrons pas nous livrer à de longues et fastidieuses recherches quand se présentera l'occasion d'évoquer.
Pour les lecteurs que la chose intéresserait, voici l'échelle numérique généralement adop tée par les mnémonistes :
correspond à Se^ Ce^ Ze^ tion^ sion.