II. — LE SPmmSME A TRAVERS LES AGÉS
Quant à la seconde observation que vous me faites, ma chère Sophie, je n’y répondrai que sommairement, parce que l’on trouve des preuves nombreuses des relations entre le monde invisible et nous, et notamment des évocations dans un; grand nombre d'ouvrages anciens et modernes.
La Bible nous en fournit un certain nombre :
Gardez-vous d’aller interroger les magiciens, et de consulter les devins (Lévilique).
Qu’il ne se trouvé au milieu de vous, personne qui interroge les devins, qui observe les songes et les augures, qui use de maléfices ou d’enchantements, qui consulte les Pythons, ou qui évoque les morts pour apprendre l’avenir (Deutéronome),
On appelait pyüions et pythonnisses les personnes qui faisaient profession de divination par l’intermédiaire des âmes des morts.
Les défenses que nous venons de voir n’empêchèrent pas la py thonnisse d’Andor d’évoquer l’ême de Samuel.
Si des Hébreux nous passons aux autres peuples de l’antiquité, nous trouveiws les évocations également l’épandues,
Pline nous apprend que le grammairien Appion avait la prétention d’exceller dans l’évocation des âmes des morts, et qu’il avait évoqué l’âme d’Homère pour lui demander quel était son pays natal.
La pratique des évocations était tellement répandue chez les Romains, que Tertullien a pu dire : « C’est une
chose publique que cet art qui se flatte d’évoquer de la région des morts les Ames des défunts. »
Quels étaient les procédés en usage pour ces évocations?
A peu près les mêmes qu’aujourd’hui. Tertulien et d’autres Pères de l’Eglise y font souvent allusion.
Ammien Marcellin a décrit très minutieusement, la manière dont on procédait par le mo-yeii des tables.
Patricius et Hilarius, accusés des crimes de magie, se défendent dans les termes suivants :
(( Nous avons fait, dit Hilarius, avec des morceaux de laurier, à l’imitation du trépied de Delphes, la petite table que vous voyez ici. Puis, rayant consacré suivant l’usage, nous nous en sommes servis. Nous la posons au milieu de la maison, et nous plaçons proprement dessus un bassin rond, fait de plusieurs métaux. Alors un homme vêtu de lin, récite une formule de chant et fait un sacrifice au dieu de la divination. Puis il tient suspendu, au-dessus du bassin, un anneau en fil de lin, très fin et consacré par des moyens mystérieux. Cet anneau saute successivement, mais sans confusion, sur plusieurs lettres gravées, et s’arrête sur chacune. Il forme ainsi des vers paifaitement réguliers. Et ces vers sont les réponses aux questions qu’on a faites. »
Vous voyez que l’origine des procédés spirites peut être reportée jusqu’au trépied de Delphes pour ne pas aller plus loin.
La différence entre Patricius et Hilarius et les spirites modernes, c’est que ceux-là se servaient de la table polir la divination, tandis que nos spirites n’ont pas d’autre prétention que P de démontrer la survivance de Tâme au corps, et 2^ de rechercher le mode
d'existence auquel les âmes sont soumises dans l’autre monde.
N’allez pas croire que la connaissance de Fart d'évoquer les morts se soit perdue depuis la chute de l’empire romain jusqu’au xix® siècle. Je pourrais vous citer des centaines de preuves du contraire, je me bornerai à quelques-unes pour être bref.
Bodin, dans sa Démonomanie, raconte qu’Herniolaüs Barbarus, à l’exemple d’Appion, évoqua l’ànie d’Aristote pour lui demander l’explication du mot cntcléchie.
L’historien de Thou rapporte que les Espagnols se plaignirent amèrement à Rome de ce que les Français usaient des arts magiques pour pénétrer leurs secrets.
Jérôme Cardan assure qu’il avait des esprits familiers qui lui dictaient ce qu’il écrivait. Il dit également que son père avait eu pendant 30 ans un esprit familier, par l’intérmédiaire duquel il entrait en relation avec les autres esprits.
Jules César Scaligér émettait la même prétention d'être inspiré par des esprits.
Si ces écrivains avaient manqué de science et de talent, on pourrait supposer qu’ils ont avancé ces assertions i>our se faire lire; nmis ils n’avaient pas besoin de cette réclame.
L’état civil du spiiitisme remonte loin, comme vous voyez : si c’est une erreur, il faut du moins convenir qu’elle a la vie dure.
On a vite fait de dire que le spiritisme est une superstition, et que les spin tes sont des hommes ignorants et crédules à l’excès.
Mais quand on y regarde de près, pn constate que les savants les plus éminents de toutes les époques ont cru aux esprits.
' Si les modernes sont plus éclairés que les anciens, ils font du moins preuve de peu de modestie en niant a priori sans les examiner, des phénomènes qui ont été reconnus réels dans tous les temps et dans tous les pays, et qui ne demandent pour être avérés que du bons sens pour être perçus et du bon sens pour être compris et appréciés.