‹ Pour devenir spiriteChapitre 2 sur 23 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

1. — Je suis spii'ite, cher lecteur. Je ne nren vante pas ; ce serait un genre comme un autre de charlatanisme ; mais je ne m’en coche pas ; ce serait une bassesse, une lAcheté.

Mes omis se moquent bien un peu de moi. (( Pauvre ^^arçon, disent-ils, on voit bien qu’il est de son pays (la Bretagne), il est un peu mystique ; mais, au fond, il n’en est pas plus mauvais diable ; et du moins, contrairement à la plupart de ses coreligionnaires, il ne nous importune pas avec sa propagande pour « confondre les incrédules ».

Je n’en veux pas h mes amis de ce qu’ils pensent et disent de moi : j’ai été comme eux, sceptique ; et je faisais comme eux, je prenais en pitié les croyants. Je professe môme une sympathie particulière poui* ceux, amis ou ennemis, qui ont le courage de. me reprocher en face, et non par derrière, jésuitiquement, ce qu’ils appellent mon « mysticisme ».

.ant qu’il ne meurt pas de leurs parents — sauf

leur belle-mère, bien entendu, — tout va bien ; rbais qu’ils aient le malheur de perdre un père ou une mère aimés, un enfant chéri, mes chers amis changent de ton.

(( Ce serait, disent-ils alors, une très belle chose que la doctrine spirite, si elle était vraie ; mais l’est-elle ? »

(( J’ai vu des expériences, disent quelques-uns, mais elles ne m’ont pas paru probantes. Gomment avezvous fait pour vous convaincre, vous, de l’immoiialité de l’àme et de la réalité des communications entre les vivants et les morts ? Comment faut-il s’y prendre, dites-le moi, je vous prie, pour acquérir cette conviction ? »

C’est ainsi que j’ai été appelé plusieurs fois, et récemment de deux côtés en même temps, à initier des personnes à la théorie et à la pratique du spiritisme.

Ces personnes ayant été satisfaites de mes instructions, j’ai pensé que celles-ci pourraient être utiles à beauco'up d’autres, car, on est toujours le fils ou la ülle de quelqu’un, et souvent aussi on est père ou mère ; or, ni hommes, ni femmes, ni enfants ne sont immortels.

Cette considération ni'a déteniiiné à rendre publique la lettre suivante, que j’ai composée pour l’instruction et la consolation d’une personne qui m’honorait de son estime, quoique je fusse un peu mystique, et qui l’est devenue à son tour.

J’engage les personnes qui achèteront cet opuscule, s’il s’en trouve, non pas à le lire : ils ont bien d’autres choses plus inqx)rtantes à lire, ne fût-ce que le cours de la bourse ou le roman du jour ; mais à le mettre dans un coin et à le réserver pour le moment psychologique. Peut-être, alors, ne regretteront-ils pas leur temps et leur argent.

Pour les dispenser de perdre leur précieux temps à

lire cette lettre, je vais, en quelques ligines, leur en exposer la substance et le plan.

II. — On appelle volontiers le spiritisme, dans un certain monde, (( la philosophie des vieilles bonnes femmes ».

Je ne dis pas que cette qualification ne soit pas méritée, loin de là; mais de ce que le spiritisme est mal connu, mal compris, mal enseigné, mal pratiqué par la majorité de ses adeptes, je ne crois pas que ce soit une raison suffisante pour le mépriser et le rejeter sans examen.

A ce compte, je ne verrais aucune doctrine, religieuse, philosophique, ou même scientifique, qui ne pût être jetée aux orties pour la même raison.

Si les adeptes du spiritisme qui sont à la tête du mouvement et qui se croient aptes à le diriger, veulent rester « in statu quo », s’ils se bornent, comme ils font toujours fait, pour la plupart, à déclamer au lieu de raisonner ; à nous présenter de. la rhétorique lorsque nous demandons de la logique, à nous montrer, pour « confondre les incrédules », ce qu’ils appellent des (( faits », qui ne peuvent être considérés que comme des (( tours singuliers de physique amusante » par les hommes de bons sens et d’intelligence, qui savent que les faits ne prouvent rien que par leur interprétation.

Si, dis-je, les adeptes du spiritisme veulent en rester là, c’est une raison pour ne pas se mettre en panne à leur suite ; mais ce n’en est pas une pour nier et les faits et la doctrine.

Pour démontrer scientifiquement l’immortalité de l’àme et la réalité des communications d’àme à âme, incaimées ou séparées, il faut, à mon avis, en montrer d’abord la possibilité par raisonnement, ep se ba-

sant sur des principes métaphysiques évidents par eux-mêmes et qu’on ne peut révoquer sans tomber dans l’absurde.

Il faut ensuite recourir aux preuves d’autorité, tirées de la tradition, de la fable même, de l’histoire et, enfin, de l’actualité.

‘ Ce n’est qu’ensuite qu’on peut utilement en venir aux preuves expérimentales. Les phénomènes, spirites et autres, n’ont de valeur que par ce qu’ils siguifient ; or, leur signification est du ressort de la raison. C’est celle-ci qui éclaire ceux-là.

Il n’y a que le singé de la fable qui énumère des tableaux magiques, qui « débite son boniment » avant d’éclairer sa lanterne.

Pour ces motifs, j’ai commencé par présenter les preuves rationnelles de Timmortalité de rame et, par conséquent, la possibilité des communications entre les vivants et les âmes des morts.

Cette possibilité démontrée, un homme de bon Sens et do bonne foi n’a plus de répugnance à admettre la réalité des Communications. C’est alors qu’il faut en appeler à l’expérience, d’autrui d’abord, et ensuite, a sa propre expérience.

Los fajts peuvent alors être soumis au contrôle de la raison ; les preuves expérimentales et les preuves rationnelles se Confirment et s’appuient réciproquement.

En suivant cette méthode, je crois avoir démontré :

par raison ; 2® par autorité ; 3^ par expérience :

A. Que l’àme est indépendante du corps qu’elle anime, et que son existence est plus certaine pour nous que celle de la matière ;

B. Qu’elle est par conséquent immniielle ;

C. Que les âmes des morts peuvent communiquer et communiquent en effet avec les vivants.

Aux lecteurs compétents et Impartiaux de décider si ces prétentions sont fondées.

III. — Les coryphées du spiritisme ont tellement à cœur de confondre les incrédules, surtout les savants officiels (universitaires et académiciens), qu’on serait tenté de supposer qu’ils ne sont pas sûrs d’eux-mêmes, et qu’ils n’osent pas croire à leur propre doctrine sans Tassentiment et l’estampille de la déesse du jour : la prétendue Science.

Dans le but de convertir les savants ou de se faire convertir par eux, ces spirites ne reculent devant aucune démq.rche, ils font des efforts inouïs pour présenter à leurs néophytes en perspective des phénomènes extraordinaires.

J’ai même entendu dire qu’ils se cotisaient pour faire venir d’Italie un médium, comme s’il n’y en avait pas en France.

Bref, ils déploient un zèle bien louable par l’intention, mais dont les résultats ne peuvent être, à mon avis, que de la plus parfaite stérilité.

En effet, si les savants ne sont pas convaincus, ce ne sont pas les phénomènes merveilleux qui leur manquent. La plupart en ont vu autant et souvent plus que les spirites qui veulent les (( confondre ».

Leur scepticisme provient uniquement — je ne parle que des savants de bonne foi et désintéressés — de ce que les preuves de raison leur font défaut pour comprendre et interpréter ces faits.

T.a pliilosophie moderne, embourbée, avec garantie du gouvernement, dans la fange matérialiste, est en

opposition absolue avec l’explication spiritualiste des phénomènes spirites.

C’est donc ii leur raison et non à leurs sens qu’il faut s’adresser ; c’est leur philosophie qu’il faut réfuter et les amener à réformer.

S'ils consentent h admettre les preuves de raison exposées dans cette lettre et les autres de môme genre qu’ils pourront trouver quand ils voudront dans les ouvrages des anciens philosophes ; alors, ils n’auront aucune peine à convenir de la possibilité, puis de la réalité des faits.

Sinon, non. Ils ne nieront pas les faits, mais ils s’abstiendront de les jugei* et ils auront raison, car, répétons-le, la’ lanterne magiique ne prouve rien tant qu’elle n’est pas éclairée, en propres termes, les faits sont des corps morts, inertes, si la raison ne les vivifie.

On trouvera dans la lettre qui suit, quelques raisons d’une certaine force en faveur de ma thèse.

J’aurais pu en donner beaucoup d’autres ; mais j aurais fait un livre au lieu d’une brochure, et, ceux mêmes qui auraient eu le désir de me lire n'auraient pas eu le temps.

Les arguments ici présentés sont d'ailleurs suffisants pour les personnes de bonne foi, à qui il sera facile, au surplus, d’en découvrir d’autres, soit par la lecture, soit par la seule méditation.

Quant aux gens qui sont de mauvaise foi et qui se croient intéressés à nier toujours et quand même, mille volumes ne les éclaireraient pa.s plus que cette brochure: quand on ferme les yeux on ne voit pas plus le soleil qu’un ver luisant.

Aussi ne tiens-je nullement à les convaincre. Au contraire, je craindrais qu’ils portassent, en spiritisme comme ailleurs, leurs passions venimeuses et dissolvantes,

Consolation à. Sophie

Vous m’annoncez, ma chère Sophie, une triste nouvelle, qui m’a beaucoup surpris et qui a dû bien affliger votre cœur sensible et dévoaié. Malgré tous vos soins les plus empressés, votre mère a quitté la terre presque à la fleur de l’âge, au moment où elle allait recueillir les fruits du souci qu’elle a pris de votre éducation.

En me faisant pail de ce malheureux événement, vous émettez diverses idées qui prouvent la noblesse de vos sentiments en môme temps que la solidité de votre esprit.

Vous me dites que le moment de la mort doit être horrible pour ceux qui aiment la vie et qui ne croient à rien au delà.

— Assurément, il doit être effrayant de quitter la vie présente quand on ne croit pas à la vie future ; à moins que, sur le seuil de la tombe, le rideau qui nous cache l’avenir se déchirant, on ne voie que tout n’est pas fini, que ce n’est pas une pièce entière que l’on vient de jouer, mais seulement une scène. Et alors, ce moment doit, en effet, être aussi terrible pour ceux qui ont mal rempli leur rôle, qu’il est consolant pour ceux qui ont accompli de leur mieux la mission qui , leur était confiée.

Pour ceux-ci, c’est comme Ta dit le poète, « le soir d’ufi beau Jour » ; mais pour ceux-là?..,.

— Vous ajoutez que vous trouvez très belle et consolante la doctrine spirite, dont vous ne connaissez que superficiellement les principes ; mais qu’il vous faudrait des preuves de sa vérité, pour y accorder une confiance absolue.

Et vous concluez : (( Si le spiritisme fournissait la preuve de l’immortalité de l’àme, ce serait la plus belle découverte que l’homme pût faire, car elle lui donnerait le bonheur en ce monde, en lui enlevant la crainte de l’au delà ».

Enfin, vous me priez de vous indiquer les moyens de résoudi’e celte question capitale de l’immortalité de rûme, dont on ne vous a pas soufflé mot dans le Lycée Fénelon où vous avez fait vos études.

Votre désir est trop naturel et trop légitime pour que je ne m’empresse pas d’y satisfaire de mon mieux.

Laissez-moi d’abord vous dire que je ne saurais trop vous approuver de vouloir des preuves positives, et vous louer de ne pas être du nombre de ces gens qui croient sous l’impulsion du moment, sous l’empire dune perte cruelle, pour décroire ensuite, à mesure que la douleur s’éteint et que la plaie du cœur se cicatrise. .

Je ne puis que vous engager vivement à persister dans ces dispositions d’esprit, à ne céder qu’aux preuves de raison et de fait. C’est le moyen de devenir ferme dans votre croyance, au lieu, comme tant d’autres, de rester dans une ignorance barbare, dans une indifférence stupide, ou de tourner à tous les vents de la passion.

Je vous prie donc de peser consciencieusement et d’examiner attentivement les preuves de l’immortalité de l’âme que je vais vous proposer,, et de ne les admettre qu’à bon escient.

Ne vous gênez pas pour m’adresser les objections qui se présenteront à votre esprit, ne craignez pas d’être

indiscrète ou de m’importuner en me soumettant vos doutes. Au contraire, vous me rendrez service autant qu’à vous-même, et, en même temps, à la doctrine que je vais vous exposer.

En effet, on n’est jamais trop certain d’une vérité ; plus elle est discutée, approfondie, soumise à l’épreuve de l’expérience, au creuset de la raison, plus elle devient éclatante, pure, lumineuse.

Et, si ce que l’on croyait une vérité est une erreur, elle s’évanouit et l’on s’en trouve dégagé. De sorte que, quelle que soit l’issue de la discussion, il y a toujours à gagner pour les deux parties quand elle.s sont de bonne foi, comme nous le sommes.

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