I. — LA SUBSTANCE UNIVERSELLE EST SPIRITUELLE
Les preuves que nous pouvons acquérir de l’existence et de rimmortalité de l’ânie sont de deux sortes : preuves de raison et preuves de fait..
Les preuves dé raison doivent passer en premier lieu, car, sans la raison, les faits, sont muets et ne disent rien à notre esprit ni à notre cœur ; ce sont, en quelque sorte, des corps sans âmes.
Commençons donc par les preuves de raison, nous arriverons ensuite aux faits. Nous allons être obligés de faire d’abord un peu de métaphysique, il y en a dans toutes choses. Mais vous êtes de force à me suivre, peut-être même à me ramener dans la voie directe si parfois je m’égare.
Puisque vous avez lu mon livre sur les Rapports du Magnétisme et du spiritisme, vous avez dû remarquer, dans le chapitre intitulé Les trois principes universvls (p. 15 et suiv.), que la seule chose dont nous puissions acquérir directement la connaissance, c’est le ipouvement,
Par le moyen du mouvement, nous acquérons indirectemenl la connaissance des trois principes de toutes choses : matière, force et esprit.
J’ajouterai que de ces trois principes, l’esprit seul est substantiel. Je le prouve :
La substance, le nom le dit, c’ést ce qui se soutient et ce qui soutient tout le reste.
La matière n’est donc pas substance : elle est pas sive, elle ne se soutient pas, a fortiori ne peut-elle sou tenir quoi que ce soit. Son nom môme, qui dérive du mot celtique : mat, signifie ce qui tombe.
La force, qui est l’opposé de la matière, est active, mais sa propriété est indéterminée ; elle s’épand en tous sens. Elle n’est limitée, par conséquent, soutenue et contenue- que par l’esprit, qui la régit, qui la dirige.
L’esprit est donc la seule et véritable substance. Il se soutient lui-même ; il soutient la force à laquelle il imprime une direction déterminée et, par la force il soutient la matière et il contient l’une et l’autre ; il les tient avec lui.
Vous voyez donc que, après le mouvement, l’existence de l’esprit, c’est-à-dire de l’àme, est ce qu’il y a de plus certain au monde.
Vous pensez bien que cette doctrine n’est pas de mon invention. J’ai l’esprit bien trop obtus et trop étroit pour rien inventer, surtout en métaphysique.
On ne vous a point enseigné ces choses à votre lycée ? — Je ne dis pas le contraire ; mais, pour ne pas multiplier les citations et vous obliger à lire un grand nombre d’ouvrages, je vous renverrai à Maxime de Tyr, qui exprime cette opinion dans plusieurs endroits de son livre intitulé : Discours philosophiques, notamment à propos du Démon de Socrate.
Puisque l’àme est substantielle, existante par ellemême, tandis que les deux autres principes qui entrent
dans la constitution des corps : la force et la matière, ne le sont pas, il s’ensuit que Tàme est autonome, qu’elle est indépendante du corps, et qu’elle lui est supérieure, puisque c*est elle qui l’aniine et le régit.
Si l’âme est indépendante du corps, elle a donc pu et dû exister avant lui, et elle peut et doit lui survivre.
C’est déjà là une preuve de l’immortalité de l’âme qui ne manque pas de force. Mais abondance de preuves ne nuit pas, surtout dans une matière si asbtraite.
Essayons donc d’en trouver d’autres, et puisque nous tenons Maxime de Tyr, ne le lâchons pas avant de lui demander s’il ne pourrait pas nous en fournir d’encore plus démonstratives.