‹ Pour devenir un artisteChapitre 15 sur 73 · GÉRICAULT · texte numérisé non relu

GÉRICAULT

PEINTRE

PRINCIPALES ŒUVRES

Le Radeau de la Méduse ;

Officier de la garde impériale chargeant; Cuirassé blessé quittant le feu ;

Un carabinier (Musée du Louvre).

critiqué, moi! Si je ne l’avais pas été, je ne me connaîtrais pas. Juste, la critique m’a donné des leçons; injuste, elle m’a donné des forces. Ne suis-je donc plus assez robuste pour me défendre contre elle? Quand je ne le pourrai plus, alors je me cacherai tout à fait.

Que m’importent leurs injures? Et s’ils ont raison, qu’y a-t-il de mieux à faire que de baisser la tête? Quant à moi, je fais de mon mieux. Lorsque je quitte mon atelier pour me reposer, je le fais la conscience pure, comme la plus belle fille du monde qui n’a pu donner que ce qu’elle avait.

Horace Ver net.

Pendant son séjour à Londres, en compagnie de Géricault, raconte le colonel de La Combe, Charlet, rentrant à l’hôtel à une heure avancée de la nuit, apprend que son ami n’est pas sorti de la journée, et qu’on a lieu de craindre de sa part quelque sinistre projet. Depuis plusieurs jours, il se montrait d'une tristesse navrante. Charlet va droit à la chambre de Géricault, frappe sans obtenir de réponse, frappe de nouveau, et, comme on ne répond pas davantage, enfonce la porte. Il était temps. Un brasier brûlait encore, et Géricault était sans connaissance, étendu sur son lit; quelques secours le rappellent à la vie. Charlet fait retirer tout le monde, et s’assied près de son ami : « Géricault, lui dit-il de l’air le plus sérieux, voilà déjà plusieurs fois que tu veux mourir ; si c’est un parti pris, nous ne pouvons t’en empêcher à l’avenir, tu feras donc comme tu voudras, mais au moins laisse-moi te donner un conseil. Je te sais religieux; tu sais bien que, mort, c’est devant Dieu qu’il te faudra paraître et rendre compte; que pourras-tu répondre, malheureux, quandil t’interrogera?... Tu n’as seulement pas dîné...! » Géricault, éclatant de rire à cette saillie, promit solennellement que cette tentative de suicide serait la dernière.

Au Salon de 1851, Corot, qui était déjà âgé de cinquantecinq ans, constatant que personne ne s’occupait de son envoi, se fit cette réflexion que les hommes sont généralement des moutons de Panurge ; il en conclut que s’il s’avisait de se planter devant l’un de ses tableaux si dédaignés, en affectant de paraître le regarder avec beaucoup d’attention, les passants suivraient peut-être son exemple. Il mit aussitôt son idée à exécution. Un jeune couple, qui vaguait irrésolument dans la salle, s’approcha de Corot. L’homme dit, après avoir jeté un rapide coup d’œil : « Cela n’est pas mal, il semble qu’il y a quelque chose là dedans. » Corot était radieux, et se félicitait de son stratagème. La femme s’approcha à son tour et répliqua aigrement : « C’est affreux! allons-nous-en! » Et le couple partit en effet. Corot contait gaiement sa mésaventure, et ajoutait qu’il n’avait pu que se dire à lui-même : « Eh bien! es-tu content d’avoir voulu entendre l’opinion publique? Tant pis pour toi! )> Et il riait. Le tableau en question fut acquis longtemps après le Salon pour la somme de sept cents francs, par un amateur audacieux. En 1881, on le vendait douze mille francs.

Corot disait un jour à son ami Dumesnil : « Les architectes ne veulent pas de moi parce qu’on prétend que je mets pas mal d’air dans mes tableaux; et ils craignent que ça fasse des trous dans leurs murailles, ce qui serait malsain. »

En l’accompagnant chez lui, place Pigalle, le soir du banquet de son cinquantenaire de peintre, à l’IIôtel Continental, le 16 janvier 1885, où la jeunesse artistique l’avait bruyamment fêté, et où il avait dû entendre de nombreux discours sur son œuvre et sur sa gloire, un ami intime demandait à Puvis de Chavannes pourquoi il paraissait rêveur et soucieux : « J’ai bien mal dîné, « répondit le maître.

Sur la fin de ses jours, Puvis de Ghavannes devint un des artistes les plus décorés de France et de Navarre. Ces distinctions honorifiques lui plaisaient, parce qu’elles étaient pour lui la consécration officielle du triomphe de ses idées ; mais il riait le premier de ce qu’il appelait ses faiblesses d’homme du monde; et, en rentrant d’une réception, il entassait les grands cordons d’ordres étrangers, les plaques endiamantées, dans un des tiroirs de sa commode, pêlemêle avec ses chaussettes et ses mouchoirs.

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