‹ Pour devenir un artisteChapitre 64 sur 73 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Le goût de la solitude.

— Le goût ou l’aversion de la solitude est pour l’artiste l’indice le plus sûr de l’état bon ou mauvais de sa santé physique et morale.

— On ne s’ennuie jamais avec soi-même, quand on est de bonne humeur et bien portant; on n’a pas peur de se trouver en face de ses pensées, quand elles sont honnêtes, nobles et généreuses.

— On ne crée que dans la solitude.

— C’est dans la solitude que l’artiste peut le mieux équilibrer les désirs, les ambitions, les rêves de son imagination, et la réalité.

— La solitude élimine de l’esprit de l’artiste les inutilités, les caprices, et les vanités.

— Dans la solitude seulement, l’artiste peut se faire sa personnalité, la rendre de plus en plus forte, plus évidente, et plus triomphante.

— Dans la solitude, l’artiste s’appartient tout entier, alors que dans le monde, le plus souvent sans s’en douter, mais à son grand dommage, il est l’esclave des futilités, des snobismes et des préjugés, qui sont le fond des relations et des conversations mondaines.

— Le monde n’admet, chez ceux qui le fréquentent, que la conformité banale des opinions, des idées, et des sentiments.

— Le monde n’engendre généralement que de l’ennui et de la tristesse, par le spectacle de ses jalousies, de ses envies, de ses médisances, et de ses calomnies.

— Dans la solitude, l’artiste s’habitue à ne prendre conseil que de sa conscience, et à ne se satisfaire que de son approbation.

CsCOCvSO —

Je m’isole et me dérobe le plus que je puis.

Paul Baudry.

Je suis fait de telle pâte que la moindre chose me distrait, et je ne peux bien penser à mes amis et à ma peinture que lorsque je suis seul comme un hibou.

Et puis, est-ce un grand malheur de ne pas jouer un rôle dans le monde? Les honneurs et la fortune coûtent trop cher pour que cela soit ainsi. Quand tu vas au spectacle, voudrais-tu être acteur? Je suis sûr que non. Eh bien, considérons le monde comme un spectacle, observons-le en amateurs.

Brascassat.

A force de se mêler avec les'autres hommes, on perd son empreinte, on change son propre caractère contre le caractère général ; on pense avec l’esprit des autres, on cesse d’être soi-même. J’ai la conviction que la société continuelle ôte à l’esprit une partie de ses forces contractives, et le distrait trop ; la solitude donne à l’âme une force double, que le travail alimente et grandit.

Chapu.

Vous devez vous figurer qu’il s’est passé des choses

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