‹ Pour devenir un artisteChapitre 66 sur 73 · Lettre à un ami · texte numérisé non relu

Lettre à un ami

Je vais devenir maintenant casanier, et me cacher pendant quelque temps plus obscurément que jamais ; j’ai tant de choses à faire qu’il vaut mieux, je crois, me réfugier dans mon avenir que de penser à jouir du présent.

Th. Rousseau.

Le baron Gérard, arrivé à la fortune et à la gloire, rece vait beaucoup ; ses invités étaient les plus hauts personnages de l’aristocratie, de la politique, de l’art, de la littérature. Mais, il n’aimait pas le monde hors de chez lui. Au temps où il était le plus recherché et le plus fêté, il lui arrivait constamment de se dérober après les présentations. Alors, il s’en allait rejoindre à Montmartre les amis de sa jeunesse, Percier, Fontaine, etc.; ou il rentrait chez lui, si impatient de s’enfoncer dans son vieux fauteuil et de fumer sa pipe que, dès la première marche de l’escalier de sa maison, il commençait à quitter son habit de soirée.

Delacroix vécut trente ans dans son atelier de la rue de Furstemberg, silencieux et solitaire, tenant sa porte verrouillée, dessinant, peignant sans relâche. Il n’en était pas moins un homme du monde, à l’esprit cultivé, à la parole spirituelle et mordante, et de la tenue la plus élégante. Mmo Jaubert, dans ses Souvenirs, a ainsi portraicturé Delacroix, en société à la campagne, chez Berryer, dans son domaine d’Angerville : « Delacroix, aimable, séduisant, d’une politesse exquise, sans aucune exigence, jouissait pleinement, à Angerville, d’une sorte de vacance qu’il s’accordait. Il se prêtait à toutes les distractions, très empressé aux promenades, à cette seule condition qu’il lui fût accordé le temps de se costumer. Irait-on en bateau, à pied, en voiture? Aussitôt la décision prise, il s’éclipsait, puis reparaissait, ayant combiné ses vêtements pour affron-

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