‹ Pour devenir un artisteChapitre 67 sur 73 · N.-V. DIAZ · texte numérisé non relu

N.-V. DIAZ

PEINT RE

PRINCIPALES ŒUVRES

Le Bas Bréau ; — La Mare aux Vipères; — Le Matin;

La Descente des Bohémiens ; — L’Orientale ; — La Fée aux perles ; Femmes d’Alger ; — L’Amour désarmé;

Le Jardin des Amours;

Galatée.

1er soit la mer de glace, le soleil du désert, le vent de la montagne* Cette manœuvre nous divertissait. »

Expulsé des salons pendant de nombreuses années, Puvis de Chavannes commença dès sa vingtième année et continua durant un demi-siècle cette vie d’isolement superbe, qui est le secret de son originalité si intense, de sa personnalité si vigoureuse, de sa fécondité pour ainsi dire inépuisable. Il prit l’habitude du travail solitaire dans l’atelier lointain, impitoyablement fermé à toutes les curiosités mondaines, à toutes les distractions sociales, à tous les bruits de la rue, à toutes les agitations et à toutes les influences de la mode, du snobisme et des académies. Longtemps, il peint pour lui-même, pour quelques amis qui le comprennent et l’aiment, comme l’ont fait tant de maîtres, qui, au début de la carrière artistique, ont été incompris, sinon ignorés de leurs contemporains, comme Ingres, J. -F. Millet, Corot, Th. Rousseau, etc.

Chaque année, depuis quarante ans, pendant deux mois, Bouguereau s’en va faire une cure d’air natal dans sa chère ville de la Rochelle. Sa maison de retraite est un vieil hôtel du siècle dernier, entre cour et jardin, sis dans l’enceinte murale, à quelques mètres de la porte de l’Horloge, de la tour de la Lanterne et du port. D’un angle du jardin — qui mesure deux cents pieds carrés peut-être — il a fait son atelier de plein air, et d’une orangerie son atelier couvert, en cas de pluie. Dès six heures du matin, qu’il pleuve, vente, bruine ou ensoleille, escorté de ses trois chiens et d’un domestique, il fait une promenade de deux heures, dans les champs ou au bord de la mer. Il rentre, prend une tasse de thé, et se met au travail. A onze heures a lieu le déjeuner de famille; à une heure, la séance de modèle est reprise, poursuivie jusqu’à six heures, avec

de très courts repos. Alors, le peintre prend sa canne rustique, son chapeau de feutre mou, et s’en va, la cigarette aux lèvres, faire bourgeoisement le tour du port, et voir Je soleil se coucher sur l’Océan. Quand les horloges de la ville tintent sept heures, il rentre pour dîner; et à dix heures sonne le couvre-feu pour toute la maison.

Pendant près d’un demi-siècle, Gustave Moreau a mené, dans sa maison paternelle de la rue La Rochefoucauld, convertie en un atelier immense, la vie la plus solitaire et la plus laborieuse, entassant dessins, aquarelles et tableaux, qu’il ne montrait à personne, et qui ont constitué le musée personnel légué par lui à l’Etat. Sans être le moins du monde misanthrope, il consacrait exclusivement ses rares loisirs d’artiste à sa mère et à trois amis intimes, Puvis de Chavannes, Elie Delaunay, et Gounod. Quand la mort eut brisé ces relations et fait le vide dans la maison paternelle, Gustave Moreau ne trouva de consolations que dans un labeur plus acharné encore, et se confina dans une solitude plus complète, interrompue seulement par son enseignement de l’Ecole nationale des beaux-arts. Et c’est ainsi qu’il a pu créer un œuvre énorme, qui étonne par la puissance de travail, par la fécondité d’imagination qu’il révèle, et qui est bien un des plus admirables exemples de volonté, d’énergie et de haut idéal à proposer à la jeunesse de nos écoles d’art.

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