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DAUBIGNY

PEINTRE PAYSAGISTE

PRINCIPALES ŒUVRES

La Vallée cl’Optevoz ; — Mare clans le Morvan; Bords de l’Oise ; — Verger au printemps ;

La Maison de la mère Bazot ; — Un Pré à Valmondois Un Moulin à Dordrecht.

A leurs débuts dans la vie artistique, Meissonier, Steinheil, Trimolet, Daubigny, et Geoffroy Descbaumes fondèrent un véritable phalanstère, sous l’inspiration de cette noble idée que l’art doit servir à moraliser la société. Aux termes du contrat d’association signé par tous, quatre d’entre eux devaient travailler d’arrache-pied pour fournir au cinquième les ressources dont il avait besoin pour se consacrer exclusivement, pendant l’année, à une œuvre d’un caractère élevé, tant au point de vue social qu’au point de vue religieux. L’association loua k frais communs une maison avec atelier, dans la rue des Amandiers, àBelleville. Trimolet fut le premier désigné par le sort pour bénéficier du travail collectif de ses camarades; il peignit un tableau représentant des sœurs de charité distribuant des soupes aux pauvres, qui répondait bien au programme imposé. L’année suivante, Steinheil était appelé à continuer la mission sociale ; il fit une composition où Ton voyait un homme en prière, sur le haut d’une montagne, harcelé par les sept péchés capitaux. L’association ne dura que trois ans. Meissonier s’était marié avec la sœur de Steinheil, puis Daubigny avait pris femme aussi; mais les phalanstériens n’en conservèrent pas moins des relations intimes, que la mort seule put dénouer.

Pendant que J. -F. Millet, Th. Rousseau, Diaz, Jacque, etc., colonisaient la forêt de Fontainebleau, Corot, Jules Dupré, Barye, Lavieille, et trois des membres du fameux phalanstère artistique de la rue des Amandiers, dissous par la retraite de Meissonier, après son mariage, Daubigny, Geoffroy Deschaumes, et Steinheil, s’installaient dans l’île Saint-Louis, en plein cœur du vieux Paris, et y formaient une véritable colonie urbaine. Tous les soirs, après la journée de travail, on se réunissait dans l’atelier

de l’un d’eux; et, c’étaient des conversations interminables sur l’art, sur l’idéal, etc. Il n’y avait pas une joie, une bonne fortune, une douleur, une peine, arrivant à l’un d’eux, qui ne fût commune à tous. La famille et les enfants étant venus aux uns et aux autres, la colonie essaima successivement sur les bords de l’Oise, découverts par Jules Dupré, à Auvers, et à Valmondois.

Tous les grands artistes de cette période ont pratiqué entre eux, d’une façon spirituelle et joyeuse, la fraternité artistique la plus touchante. Les exemples en abondent. En voici quelques-uns pris au hasard dans les souvenirs de leurs contemporains :

C’est Jules Dupré qui, à force d’instances amicales, fait acheter par un amateur de lTsle-Adam, M. Binder, les Glaneuses de J. -F. Millet, un des premiers tableaux qu’il ait vendus, et le fait payer la somme de deux mille francs, somme relativement importante pour ce temps, et pour le peintre alors dédaigné.

C’est Diaz qui court tous les marchands de tableaux de Paris pour trouver quatre cents francs dont J. -F. Millet a besoin pour éviter une saisie d’huissier, et qui les apporte joyeusement au grand paysagiste. « Yive Diaz! Yive la chair! Vive le soleil! » crie à tue-tête J. -F. Millet, pour remercier en peintre son ami dévoué.

Troyon,qui commençait à vendre assez bien ses tableaux, longtemps refusés par les amateurs, passe un matin devant la boutique d’un marchand de peintures, Beugnet; il y aperçoit un tableau de Delacroix : Jésus endormi sur un bateau pendant la tempête . Aussitôt, il l’achète seize cents francs. Peu de temps après, Delacroix apprit cette acquisition; il s’empressa d’en aller remercier Troyon, et, en témoignage de reconnaissance, il lui offrit un superbe Lion.

Un jour, Corot apprend que Daumier, devenu aveugle et n’ayant plus aucunes ressources pour vivre, ne pouvant plus travailler, allait être expulsé de la maison qu’il habite à Valmondois, faute de payer son loyer. Alors, il prend le train, va trouver le propriétaire de la maison, achète rimmeuble, le paye séance tenante, et, le soir même, en fait porter par le propriétaire lui-même à Daumier les titres de propriété, avec une carte qui contient simplement ces mots :

« Cette fois, je défie bien ton propriétaire de te mettre dehors.

« Corot. »

Daumier lui répondit :

« Tu es le seul homme que j’estime assez pour pouvoir en accepter quelque chose sans rougir. »

Ribot et Daubigny, qui étaient amis intimes, surent un jour qu’un jeune peintre de leur connaissance, ardemment épris d’une jeune fille, se la voyait impitoyablement refuser par ses parents, parce qu’il n’avait pas d’argent pour se mettre en ménage. L’un et l’autre, à ce moment, se trouvaient aussi, très fâcheusement, en état d’impécuniosité complète. Comment faire pour tirer de ce cruel embarras les amoureux? Ils décidèrent de peindre immédiatement un tableau très soigné, et ils envoyèrent les deux toiles au jeune artiste avec ce petit mot : « Vends-les; et si tu réussis à les bien vendre, tu nous rembourseras en nous prenant comme témoins à ton mariage. » C’est ce qui arriva. Peu de temps après, Ribot et Daubigny étaient de noce; ils s’y amusèrent comme des fous.

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