J.-J. HENNER
PEINTRE
Né en 1829.
PRINCIPALES ŒUVRES
La Chaste Suzanne; — Idylle ; — Naïade ; — La Créole ; Saint Sébastien ; — Fabiola ; — Dormeuse (Musée du Luxembourg) ;
Décoration de l’hôtel Sédille, à Paris;
Portraits de Feyen Perrin, du général Chanzv, de Ravaisson, Ch. llayem, M1110 Karakehia.
d’instinct des petites figurines en terre, qu’il distribuait à ses camarades et aux gens du village. Un compatriote, élève de l’Ecole des beaux-arts d’Avignon, ayant vu ces essais, en informa ses maîtres, qui firent venir le jeune briquetier et lui donnèrent le conseil d’entrer à l’école. Trois ans après, le Conseil général du département l’envoyait à Paris comme boursier, avec une pension de trois cent cinquante francs par an. Charpentier s’engagea dans un atelier de praticien, et put ainsi suffire aux frais de ses études à l’Ecole des beaux-arts.
Falguière fut employé, comme apprenti et comme ouvrier, chez un peintre plâtrier, avant d’entrer à l’Ecole des beaux-arts de Toulouse.
Roty, le grand médailleur, a commencé sa carrière artistique en dessinant des coins de mouchoirs pour un magasin de blanc du quartier du Sentier, à Paris.
Dans les Souvenirs et Entretiens de Meissonier, je lis le récit de cette conversation du grand peintre avec sa femme : « Puisqu’on vient de m’envoyer une nouvelle édition des Misérables , relis-m’en un peu. Ces passages de la misère deMarius me rappellent la mienne,... mes dîners à vingt centimes, un mauvais bol de bouillon, et un peu de pommes de terre frites achetées en sortant... Mais le tout était assaisonné de conversations en plein idéal, avec mes amis. . . Nous ne nous occupions que d’art et de sentiment. »
Pendant les premières années qu’il habita Paris, après son retour de Rome, Chapu fut obligé de faire de l’art industriel pour vivre; il modelait pour des bronziers du Marais des pendules, des ornements de meubles. O. Fidière rapporte une anecdote plaisante de cette époque de la vie du célèbre sculpteur. Un charcutier du boulevard
Saint-Germain fit demander, un jour, au jeune artiste s’il voulait lui modeler en saindoux un sanglier qu’il avait l’intention d’exposer à la devanture de sa boutique aux approches du jour de l’an. Le prix demandé parut trop élevé au charcutier, qui finit par proposer à Chapu, pour toute rémunération, l’œuvre elle-même, qu’il pourrait reprendre après le 1er janvier. La mère de l’artiste, bonne ménagère, goûta fort cet arrangement, qui l’approvisionnait de saindoux pour tout l’hiver; elle décida son fils à accepter, ce qui fut fait.
Petit paysan, J. -J. Henner faisait tous les jours, par tous les temps, le voyage de son village, Bernwiller, à Altkirch, soit quatre bonnes lieues, pour aller étudier chez un professeur de dessin. Yenu à Paris, pendant l’hiver de 1856, il passait la plus grande partie de son temps au Musée du Louvre, afin de pouvoir travailler sans mourir de froid. Il était si pauvre, — ne recevant qu’une pension de quatre cent cinquante francs de sa famille et du département, — qu’il avait dû renoncer à fréquenter l’atelier de Drolling, qui coûtait vingt francs par mois. Un camarade le sauva de la misère en le faisant entrer chez un peintre, du nom de Yiennot, qui avait monté une fabrique de portraits d’après photographies pour l’exportation dans l’Amérique du Sud et aux Etats-Unis. Cet entrepreneur occupait un certain nombre de jeunes rapins pour l’aider dans ses travaux; il payait un habit noir, une robe de bal, douze francs; un châle des Indes, quinze francs; une décoration, une bague en brillants, cinq francs. « Avec le travail de cette fabrique, contait humoristiquement Henner à Thiébaut-Sisson, on pouvait vivre pendant un mois sans quitter l’École des beaux-arts; grâce à Yiennot, pendant deux ans, j’ai fait mes trois repas par jour. »