‹ Pour dire devant le mondeChapitre 36 sur 82 · LES DEUX ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

LES DEUX ÉVÊQUES

Les fidèles priaient, prosternés sur les dalles : Manants, reîtres, bourgeois venus de la cité, Et seigneurs descendus des aires féodales.

Près d’eux, sur un drap noir, de larmes argenté, Un cadavre portant la mitre épiscopale Semblait, rigide et blême^ un évêque sculpté.

Un prêtre vint, monta les marches en spirale De la chaire, s’assit, ayant toussé d’abord.

Et remplit de sa voix la grande cathédrale.

« Frères, votre pasteur fut très doux et très fort, Très fort contrelesloups, très doux pourles ouailles. Dit révêque vivant louant l’évêque mort.

Tendre, il dissuadait les hommes des batailles, Prêchant aux paysans de subir les impôts. Conseillant aux seigneurs de réduire les tailles.

Il égalait, dans son amour toujours dispos.

Au noble le vilain, le serviteur au maître;

Et ce berger chrétien n’avait pas deux troupeaux.

Il était charitable et se cachait de l’être ;

Il priait pour celui qui l’avait insulté ;

Donner et pardonner, n’est-ce pas tout le prêtre?

Et maintenant, reçu dans le ciel mérité,

Assis entre le Père et le Fils, il contemple.

Prie et célèbre Dieu pendant l’éternité ! »

Ainsi parlait l’évêque en rythmant sa voix ample,

Quand un cri par la foule en délire poussé

Fit trembler les vitraux et les piliers du temple.

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