LE BAPTÊME
A AUGUSTE Y ACQUERIE
Dans Vérone la rousse où les pampres sont d’or Sous la brûlure d’un éternel messidor,
Où l’attendrissement épars, que tout reflète, D’avoir vu Roméo mourir et Juliette,
Donne sur le tombeau guerrier des Scaliger Une teinté plus rose à la rouille du fer,
Les palais, ce jour-là, de l’Adige aux Arènes, S’épanouissaient mieux dans les chaleurs sereines Marmoréennes fleurs du sol italien.
Sous l’arc double qui fut bâti pour Gallien Quelqu’un, dans un manteau, passait, vieillard robuste.
D’une maison chétive, au balcon de bois fruste.
Une femme (elle avait un enfant dans les bras)
Sortit vers le passant, et lui dit, le front bas :
« Salut, Père! »
L’enfant souriait, gras et rose;
La femme, au corps maigri, défaillait, pâle, à cause Sans doute de ce fils que, mère au cœur vaillant.
Au bras faible, il fallait nourrir en travaillant.
Mais qu’importaient labeurs, veilles et repas chiches, Pourvu qu’il mangeât, lui, comme les petits riches.
Et, joufflu comme on peint les chérubins vermeils, Eût de fins oreillers pour ses légers sommeils!
Il riait; elle était demi-morte, et ravie.
La mort est moins pénible à qui donna la vie. Et, mère, on a le cœur plus fort qu’auparavant.
Elle reprit : « Daignez baptiser mon enfant. »