‹ Pour dire devant le mondeChapitre 41 sur 82 · LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME

Le vieillard s’arrêta, puis d’un ton de surprise :

(( J’ai donc sous ce manteau l’air d’un homme d’église, Ou n’est-il point de prêtre au pays véronais?

— Baptisez mon enfant, Père! je vous connais. »

Et, grave, elle tendait le fils de sa misère.

Alors l’homme comprit cette femme sincère Et leva son visage auguste, aux longs cheveux!

Le front disait : J’espère, et la lèvre : Je veux; L’œil que, certe, alluma d’amour ou de colère Le bien que l’on proscrit ou le mal qu’on tolère, Doux pourtant, recélait dans son azur serein Des visions : fumée à l’horizon marin De vaisseaux éventrés qu’incendia la bombe. Marches, assauts, combats où la plaine se bombe De cadavres hardis qui rirent en tombant;

Et tandis que, d’un bras qui tremble, sur son banc, Un moine mendiait l’aumône accoutumée,

Lui, d’un geste qui semble évoquer une armée,

Il étendit ses mains puissantes, et parla :

« Je consacre au devoir l’homme enfant que voilà!

Par l’amour d’être libre et l’horreur de l’entrave, Au nom de l’ignorant^ du pauvre, et de l’esclave. De quiconque, courbé, se lamente d’effroi,

Sous la fourbe du prêtre et la force du roi.

Moi, le vieux champion des nations que couvre D’ombre le Vatican et de faux jour le Louvre,

Je t’impose ces mains qui portèrent trente ans Aux heureux le défi des peuples sanglotants,

Et, pour le fier salut des hommes, je te voue Aux labeurs, aux combats, aux soufflets sur la joue, Aux mépris, à l’exil, jeune âme! à l’échafaud. Apôtre s’il suffit, mais soldat s’il le faut.

Partout où retentit le cri d’une torture.

Va! sois l’aventurier de la grande aventure Qu’enfin terminera le glaive justicier!

Que notre aube s’allume aux éclairs de l’acier.

Et qu’il te soit donné d’en voir les lueurs sûres, Fils baptisé du sang de mes vieilles blessures ! »

Ayant dit, il poussa plus loin ses pas errants.

Or, sous l’arc autrefois bâti pour les tyrans.

Le moine, gras et lourd, et traînant la sandale

LE BAPTEME.

S’était dressé.

(( Maudit qui causa le scandale !

Il est la fourche même attisant le grand feu.

Quoi donc? cet homme est-il Jésus-Christ, Fils de Dieu? »

Mais la mère, en baisant son fils sous la dentelle : « Non, c'est Garibaldi, fils du peuple, » dit-elle.

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