LA JOLIE GAGEURE
Elle déshabillée, lui en habit noir (car il faut être décent!), ils firent un pari, le plus joli du monde. Et lequel ? Il s’agissait de savoir si, du bout de son pied nu (ah ! ce pied ! ma jalousie me défend de le décrire) ; si, dis-je, du bout de son pied nu, — en imitant les danseuses dont s’honore le galop final des quadrilles frivoles, — elle atteindrait jusqu’au cœur de son amant.
Il gagea que non, elle gagea que oui.
Mais il fut convenu qu’il lui serait permis
de se préparer, par deux épreuves, — quelque chose comme des répétitions, — à l’expérience définitive.
Les épreuves commencèrent.
Elle leva la jambe.
Pas trop haut! juste assez pour renverser la petite figurine de Saxe qui riait, de toutes les couleurs, sur la première planchette de l’étagère, et qui s’éparpilla sur le tapis d’ours blanc en vingt brisures amusantes à l’œil.
— Hein? dit-elle ; vous voyez bien que je le gagnerai , le pari !
— Ce n’est pas mal, dit-il, continuez, je vous prie.
De nouveau elle leva la jambe.
Un peu plus haut cette fois! assez haut pour faire sauter en l’air un gardénia posé, entre les deux vases du Japon, sur le bord d’une coupe en vieil émail ; le gardénia en tombant effleura la crinière de cuivre du landier à tête de lion.
— Eh bien ! dit-elle, qu’objecterez-vous à