LA JOLIE GAGEURE
cela? N’ai-je pas eu raison d’accepter la gageure?
— 11 est certain, dit-il, que jamais, autant que ce soir, je ne vous vis preste et prompte ! Mais attendons la fin, s’il vous plaît ; tentez maintenant l’expérience définitive.
Elle rassembla tout l’élan qui lui était possible ; puis, tandis que, complaisamment, sans malice (car il est beau joueur), il offrait
— l’habit écarté — la place où devrait battre le cœur, elle leva pour la troisième fois la jambe.
Le plus haut, le plus haut qu’elle put ! Mais, soit qu’elle fût troublée par la proximité de la victoire (comme il arrive à de grands capitaines), soit qu’un peu de lassitude, à cause des deux épreuves préparatoires, alourdît le svelte jet de son pied nu, elle n’atteignit pas jusqu’à la place menacée,
— elle qui avait fait s’envoler le gardénia de la coupe, elle qui avait brisé la figurine sur la planchette de l’étagère! Ce fut au-dessous,
bien au-dessous du but, que se posa, un instant, son orteil ; et Ton eût dit d’un papillon jaune et rose effleurant une tige rebelle qui s’irrite et s’érige.
— Aïe ! dit-elle, plus humiliée qu’on ne saurait l’exprimer. J’ai perdu le pari.
Mais l’amant l’étreignit avec une vigueur soudaine !
— Non, non, tu l’as gagné! dit-il; car, depuis les progrès de la science moderne, le cœur ne bat plus où il palpita naguère, et nous avons changé tout cela !