LE CHEVAL ET LE CAVALIER
D’abord tout va le mieux du monde. Le cheval qu’il vient de louer au manège voisin monte les Champs-Elysées avec une lenteur rassurante, évite de lui-même les voitures, et s’arrête pour laisser passer les gens pressés qui pourraient l’écraser. C’est le dimanche, il y a foule. Lejeune cavalier est très satisfait. Un lorgnon dans l’oeil, il considère galamment les promeneuses qui vont et viennent, emmitouflées de chaudes fourrures et le manchon pendu au cou. Quand il croit qu’on le regarde, il salue au hasard, pour se donner
bon air, la première calèche qui passe. Une seule chose l’inquiète : le palefrenier du manège lui ayant demandé s’il voulait des éperons : « Sans doute, a-t-il répondu, je ne monte jamais à cheval, sans éperons. » Maintenant il se pourrait que par étourderie ou par suite d’ùn mouvement trop brusque, il effleurât de la molette le ventre de sa monture, et Dieu sait ce qui arriverait alors ? « Car, se dit-il en caressant avec désinvolture le cou du maigre animai, je crois qu’il a du sang. » Mais il n’a pas peur, parce qu’il est très brave et qu’il monte très bien à cheval. Cependant on ne peut pas toujours aller au pas ; le moment est venu d’essayer un petit temps de trot; pour le galop il verra plus tard ; il faut bien connaître un cheval avant de se hasarder. Le trot réussit assez bien. X vrai dire, le cavalier ne retombe pas toujours d’aplomb sur la selle; mais un léger dandinement ne manque pas de grâce. « Dandinement » vient de « dandy ». Il trouve