‹ Pour dire devant le mondeChapitre 60 sur 82 · ZUT · texte numérisé non relu

ZUT

Elle disait si joliment le vilain petit mot ! Toute mignonne et mignarde avec sa mine gamine et ses yeux de chatte qui clignent, les poings aux hanches, la gorge en avant et le cou qui se renfle, pareil à celui d’un oiseau qui va chanter, elle le lançait si vite et si preste, ce mot, — oh ! l’arc rose de ses lèvres ! — qu’il partait comme une flèche d’or empennée, dans un fin sifflement d’air, et piquait. Cette syllabe, jeune chasseur

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Amour ! était le plus sûr trait de votre carquois. Et parce qu’elle n’ignorait pas qu’elle disait « Zut ! » très bien, elle disait « Zut ! » très souvent. A tout propos, à tout le monde, sans raison appréciable, à voix basse, à voix haute, avec la soudaineté d’un diable qui sort de sa boîte, et dans l’impertinence d’un petit rire qui défie, « Zut ! » disait-elle en montrant toutes ses dents, heureuse d’être jolie ! Mais celui à qui elle disait « Zut ! » plus fréquemment qu’à tous les autres, c’était le pauvre homme de qui elle était adorée et qu’elle feignait de ne pas aimer. Quand il s’agenouillait devant elle, tremblant, soumis^ avec les bras levés d’un suppliant qui pleure, c’était le méchant mot, toujours, qu’elle lui riait à la face, en se penchant un peu, en lui mettant son souffle aux lèvres. Ah ! l’exquise et exécrable coquette ! « Je défaille de tendresse et je meurs de désir ! — Zut ! répondait-elle. — Je donnerais ma vie pour baiser l’ongle de votre petit doigt ! — Zut ! disait-elle. — Je

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