‹ Pour dire devant le mondeChapitre 66 sur 82 · NOCES BOHÉMIENNES · texte numérisé non relu

NOCES BOHÉMIENNES

Les personnes les moins bégueules ne cachent pas que la conduite de Lila Biscuit leur semble tout à fait répréhensible. Eh ! sans doute, il y aurait quelque exagération d’austérité à demander à une petite folle comme elle des fidélités très prolongées ; étant si jolie, il serait fâcheux qu’elle fût économe d’elle-même, outre mesure. Mais il faut des bornes à tout, même à l’inconstance. Lila Biscuit, véritablement, va trop loin. On tient pour avéré que, depuis deux ans, elle n’a jamais aimé le même homme plus d’un

jour. Un jour, avec la nuit, naturellement; n’importe, c’est peu; et l’on concevra sans peine qu’Anatoline Meyer, des Bouffes, qui raffola d’un ténor d’opérette pendant six semaines au moins, ait cru devoir faire des remontrances à la petite Lila Biscuit. « Hélas! oui, c’est vrai, ils ne durent pas longtemps, mes amours! répondit l’enfant, en baissant le front, toute rose de honte. Mais ce n’est pas de ma faute. C’est la fatalité qui veut cela. — La fatalité? dit Anatoline. — Mon Dieu, oui. Une fois j’ai vu un ballet, qui est très joli. Au dénoûment, quand le bohémien épouse la bohémienne, on apporte une cruche de grès, on la laisse tomber, elle se casse, et les époux doivent rester ensemble autant d’années qu’il y a de morceaux de cruche sur les planches. Moi, j’ai trouvé cette idée ingénieuse, je me suis promis de l’appliquer, — les morceaux, par exemple, ce ne seraient pas des années, non, des jours seulement, — et je fais comme je me suis

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