‹ Pour dire devant le mondeChapitre 67 sur 82 · NOCES BOHÉMIENNES · texte numérisé non relu

NOCES BOHÉMIENNES

promis. Chaque fois que je ne rentre pas seule, le soir, je passe, — avant, — dans mon cabinet de toilette, je prends une coupe à champagne, qui ne sert que pour cela, — dame! je n’ai pas de cruche en grès, — et, après avoir renouvelé mon serment d’obéir au destin, je la jette contre le parquet, cette coupe. Je te le jure, si elle éclatait en dix, en vingt, en cent morceaux, je ne manquerais pas d’adorer la même personne pendant dix, ou vingt, ou cent jours! Mais, jamais, jamais, entends-tu bien, elle n’a voulu se briser. Non, jamais ! Et comme il n’y a qu’un seul morceau par terre, je suis bien obligée de n’aimer qu’un seul jour. Oh! cela me fait beaucoup de chagrin. Je sais que ce n’est pas joli de ma part. J’éprouve beaucoup de remords, parce que j’ai des sentiments honnêtes, au fond. Mais, que veuxtu? il faut que je tienne mon serment, et tant que la coupe... — C’est extraordinaire, tout de même, s’écria Anatoline Meyer,

qu’elle ne se brise pas ! — C’est affreux, dit Lila, plus rougissante encore, et tu n’imagines pas combien je me désole. Mais ce n’est pas aussi extraordinaire que tu crois. — Tiens! pourquoi donc? — Je vais te dire, s’il n’y a jamais qu’un morceau, c’est que la coupe dont je me sers... tu comprends, une précaution... cette maudite coupe... — Eh bien? — ... est en verre incassable! » dit la petite Biscuit en éclatant de rire.

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