‹ Pour dire devant le mondeChapitre 69 sur 82 · CONCILIABULE · texte numérisé non relu

CONCILIABULE

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— Moi, dit Zo , j’hésiterais , au contraire ; certainement, j’hésiterais !

— Et puis ?

— Et puis?

— Et puis, je m’en tiendrais là. Car enfin, pendant l’hésitation, il se passerait évidemment des choses qui m’éviteraient la peine de prendre un parti quelconque !

LE MARI MÉDIUM

Ce n’est pas au plaisir frivole des danses ni aux émotions malsaines de la bouillotte ou de l’écarté que se livrent les invités de M. Duruflet. Non, ce bon M. Duruflet, quoique fabricant de bronzes^ est un « spiritualiste », un médium même; il a lu les livres de Hume et les livres d’Allan Kardec ; il a eu l’honneur de connaître M. Jobard, de Bruxelles, et la mort de ce dernier n’a pas interrompu leurs relations amicales; on peut même dire qu’elle les a resserrées. Donc, depuis toute une heure, les amis de M. Du-

ruflet, graves bourgeois et dignes bourgeoises, sont assis autour d’une lourde table à manger, immobiles, les tempes ridées par la projection de la volonté, et la main bien écarquillée sur le cbêne, — une seule main, car M. Durutlet a dû reconnaître après une longue suite d’expériences, que les manifestations des Évoqués sont beaucoup plus promptes et beaucoup plus saisissantes si chaque Évocateur n’applique sur la table que les cinq doigts de la main gauche. C’est Durutlet et M. Achille Bernard, un jeune spirite très fervent, qui, les premiers, ont fait cette observation d’où le médium a déduit une loi. Cependant, ce soir, les Esprits tardent à révéler leur présence. Vainement M. Achille Bernard, assis à côté de Durutlet, se penche vers la table et parle bas, d’un air sévère, comme donnant des ordres à d’invisibles esclaves : le bois n’a pas encore craqué ni seulement tressailli. Quelques personnes, déjà, dissimulent mal leur lassi-

LE MARI MÉDIUM

tude; les unes bâillent, d’autres s’abandonnent peu à peu à un ensommeillement qui va ronfler, lorsque enfin M. Duruflet s’écrie :

— J’ai senti quelque chose !

— Moi aussi, dit M. Achille Bernard.

— Moi aussi, dit M“® Duruflet.

Alors, le médium, debout, en secouant sa chevelure :

— Mes amis, vous allez assister à des manifestations tout à fait surprenantes, et qui, permettez-moi de m’en glorifier, n’avaient jamais été obtenues avant mes expériences. Les Esprits qui m’obéissent ne se bornent pas à se signaler par des coups frappés ou par le soulèvement des pieds d’une table; non, ils se matérialisent, — et ils se prouvent en touchant non seulement des objets inanimés mais des êtres intelligents. Au surplus, les paroles sont vaines : les faits vous convaincront.

Cela dit, M. Duruflet se tourne vers sa femme, une petite créature, fraîche, bien en

point, très rose, qui a tout à coup, dans les yeux, je ne sais quel trouble de prophétesse visitée par le dieu.

— Qu’éprouves-tu? demande-t-il.

L’oeil plus hagard encore et s’allumant, elle répond ;

— Une main se pose sur mon pied.

M. Duruflet considère l’assistance, circulairement, avec un air de triomphe.

Puis, à sa femme :

— Et maintenant?

— La main monte le long de ma jambe.

— Bien.

— Elle s’arrête, elle me serre le mollet.

— Bien.

— Elle me prend le genou. Il me semble que des doigts dégrafent ma jarretière.

— Très bien.

Duruflet, des fusées dans les yeux et rouge jusqu’aux oreilles, ne dit plus rien.

Le médium, un instant, respecte ce silence ; mais il ne tarde pas à demander :

LE MARI MÉDIUM

— Et maintenant?

— Je ne sens plus rien.

— C’est étrange, dit le bon M. Duruflet, un peu décontenancé par l’interruption du prodige. Mais, ajoute-t-il en promenant son regard sur ses invités, je vous assure que, la dernière fois, — demandez plutôt à M’ Duruflet, — l’Esprit ne s’en est pas tenu là!

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