‹ Pour dire devant le mondeChapitre 7 sur 82 · CONTE BRETON · texte numérisé non relu

CONTE BRETON

Quand il avait grand’faim, ayant longtemps mangé De l’herbe comme un faon, des mûres comme un geai, Le petit Salëun s’en allait à l’aumône.

A Dol, à Saint-Briac, dès qu’on sortait du prône,

Lui, comme un passereau qui quête un grain de mil,

(( Maria ! Maria ! Maria 1 » disait-il ;

Rien de plus, mais d’un air si plaintif et si tendre Que tous avaient chagrin et plaisir à l’entendre.

Ou, s’il voyait quelqu’un devant l’âtre attablé,

Il disait en montrant le pain d’orge et de blé,

Mais tout bas, car le bruit peut fâcher quand on mange :

« J’y mordrais bien aussi, si j’enavais ! » Pauvre ange !

Or, de Dol à KerglofF, il n’est que bons chrétiens;

Nul ne criait : «Va-t’en! » Plus d'un répondait : «Tiens, Prends 1 » Et, le soir, tout seul, dans la lande lointaine,

11 mangeait sous un arbre, au bord de sa fontaine.

Quand il avait grand froid, — les hivers sont plus durs Si c’est les quatre vents qui sont les quatre murs, —

Le petit Salëun se hissait dans son arbre.

Il neigeait, il gelait à fendre pierre et marbre,

Et l’enfant, comme après la tonte une brebis.

N’avait que sa peau rose, hélas! pour tous habits.

Mais ils se cramponnait des doigts aux branches grêles. Allait, venait, montait, planait, avait des ailes,

En chantant : « Maria! Maria! » sous les cieux.

Le charreton qui passe avec un bruit d’essieux S’imaginait, n’osant regarder en arrière.

Qu’un bel oiseau faisait dans l’arbre sa prière.

A présent qu’on l’a mis en la châsse d’or fin.

Le petit Salëun n’a plus ni froid ni faim.

Seulement, sous son arbre, au bord de sa fontaine.

Page 1