‹ Pour et contre les JuifsChapitre 14 sur 55 · UNE JUIVE PAR EXCELLENCE · texte numérisé non relu

UNE JUIVE PAR EXCELLENCE

Après avoir salué les plus hautes illustrations du peuple juif dans l'Ancien Testament, il me tarde d'arriver aux contemporains du divin fondateur de notre sainte religion, et de contempler quelques-uns des hauts personnages qui, de près ou de loin, ont contribué avec lui, à la réalisation du grand œuvre qu'il venait accomplir sur la terre. En première ligne. ne faut-il placer sa sainte et divine Mère qui a été choisie et qui a donné son consentement à l'accomplissement du grand et de l'ineffable mystère de l'Incarnation. Ici j'aurais besoin de parler le langage des anges pour célébrer dignement celle qui a été jugée digne de recevoir un messager des cieux Regardez-le, cet archange Gabriel s'approcher humblement de cette fille d'Israël ilgée de quinze ans et la saluer à une heure avancée de la nuit pendant qu'elle employait à la prière et à la contemplation le temps que d'autres accordent au sommeil.

Les sublimes paroles échangées entre l'archange et la Vierge d'Israël, sont trop connues pour que je les reproduise

Représentez-vous, par la pensée, cette scène inouïe, l'attitude de l'angélique messager qui rassure la Vierge effrayée, par cette vision céleste, l'attente respectueuse de celui qui est envoyé pour recevoir le refus ou le consentement de la maternité divine. Les cieux écoutent, l'enfer frémit, la terre est dans l'étonnement. Que va-t-elle répondre? Enfin elle consent, elle accepte, pourvu que l'intégrité de sa virginité soit respectée, et que le Très-Haut la couvre de son ombre. Alors elle prononce son fiât : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Tremble au fond de tes abîmes, ô Lucifer qui as trompé la mère du genre humain. Une fille d'Israël vient d'être saluée par un ange, et la terre main-

tenant répétera ce salut angélique jusqu'à la consommation des siècles. Pour le moment, je ne veux pas rechercher avec vous la divinité de Jésus. Vous l'appelez un imposteur, vos aieux l'ont fait mourir comme étant un perturbateur. N'allons pas aux preuves, ni pour ni contre. Arrêtons-nous seulement à contempler cette magnifique figure delà fille d'Israël. Voyez comme l'univers entier est à genoux devant elle, on lui rend UQ culte, qu'on serait tenté de prendre pour un culte d'adoration. Oh ! non, elle n'est qu'une créature, et les chrétiens n'adorent que le Créateur. Mais partout on lui dresse des statues, on lui bâtit des temples. Les foules organisent des pèlerinages en son honneur, les uns sont séculaires, les autres ne datent que d'hier et rivalisent avec les anciens. Des voix s'élèvent et crient au miracle. Votre petite juive inonde la terre des merveilles de sa puissance et de sa bonté. Le marbre parle avec éloquence, et tapisse les murs de ses temples d'une infinité d'ex-voto, qui redisent en lettres d'or, les prodiges qu'elle réalise en faveur des malheureux qui l'invoquent, des malades qu'elle guérit, des pécheurs qu'elle convertit et qu'elle remet sur le chemin de la vertu et de la sainteté. Ah ! merveille des merveilles, y a-t-il une nation qui puisse nous montrer une enfant, aussi admirable que cette fille d'Israël, que nous appelons Marie, et que, de concert avec l'archange Gabriel, nous saluons comme pleine de grâce et comme bénie entre toutes les femmes! Et c'est vous, ô Juifs, vous seuls qui méconnaissez cette femme, tandis que vous devriez l'acclamer, bien mieux que le peuple de Bethulie qui, dans l'allégresse d'une délivrance inespérée, s'écriait : Tugloria Jérusalem, tu hvtitia Israël, tu honorificcntia populi nostri. -Ah! je vous en supplie, écriez-vous devant l'image de cette juive par excellence : Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de notre peuple.

Quand, parmi tous vos ancêtres, vous n'auriez que cette seule gloire, elle me suffirait pour redire les paroles de mon texte, non, il n'y a point de nation aussi grande que celle des Juifs, car parmi les autres peuples du monde, où trouverons-nous une femme, de la taille de la Vierge Marie, Mère immaculée du Verbe divin. Mais nç lui décernons aucun titre

avant de savoir par un exameu alteotif, si elle est digne des titres et des hommages, que l'univers lui accorde ou lui décerne.

Commençons par la suivre et l'accompagner là, où elle dirige ses pas, peu de temps après son miraculeux enfantement.

Elle quitte sa demeure et gravit les montagnes de la Judée; ■ où va-t-elle ? Par une inspiration pieuse et charitable, elle se rend auprès de sa cousine Elisabeth, épouse du prêtre Zacharie. Elle ne s'est pas annoncée, elle n'est pas attendue. Elle entre chez Zacharie et salue Elisabeth, et celle-ci s'écrie d'une voix forte : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, ] d'où me vient ce bonheur, que la Mèie de mon Dieu vienne me visiter. Dès que la voix de la salutation a frappé mes oreilles, l'enfant que je porte dans mon sein a bondi de joie»; et Marie lui répond : « Mon âme glorifie le Seigneur, mon esprit s'est réjoui dans le Seigneur parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante, et toutes les générations me proclameront bienheureuse. » Je m'arrête, la Vierge bénie a pu continuer son ineffable cantique, mais moi j'en ai redit assez pour être opprimé sous le poids de ces paroles. L'entendez-vous comme elle affirme que toutes les générations proclameront le bonheur de sa maternité. Et au dire d'Elisabeth, c'est une maternité divine. Quelles vérités écrasantes viennent de tomber des lèvres de ces deux femmes dans la cité de Juda ! La première dit : Vous êtes la mère de Dieu. Comment pouvait-elle le savoir? L'autre affirme que toutes les générations proclameront son bonheur. Comment prévoir si loin dans l'avenir? Voilà dix-huit siècles que cette parole pleine d'assurance se réalise et rien n'indique que les siècles futurs verront finir les honneurs des siècles passés. Détruisez, si vous le voulez, tous les saints Evangiles, toutes les prophéties qui annoncent qu'une vierge concevra et enfantera, et que cet enfant béni, sera le véritable Emmanuel. Gardezbien seulement le souvenir de cette rencontre d'Elisabeth et de Marie, Qu'avez-vous à redouter de leur entretien ? La supercherie ne peut exister dans cette visite inopinée d'une jeune fille de quinze ans, dont le sein est fécondé par l'ombre

Très-Haut, et de cette femme âgée qui a conçu après une

bmesse angélîque faite à son époux, qu

on enfant s'appel-

eraît Ji

ean et serait

grand devant le Seigneur. Et si, malgré

tout, vous voulez croire que la jeune mère de quinze ans est asseï habile pour imposer au monde sa maternité comme divine, admettrez-vous aussi qu'elle soit allée chercher sa complice dans la maison de Zacharie?

Eït-ce que la femme d'un grand-prôtre aurait été assez mal inspirée pour oser proclamer comme Mère de Dieu celle dont le fils devait plus tard détruire le sacerdoce judaïque afin d'y substituer un sacerdoce nouveau, un sacerdoce qui imposerait le plus lourd fardeau que puisse porter des épaules humaines, je veux dire le célibat, la chasteté, la virginité, et quelle virginité, qui imposera non seulement au corps sacerdotal de rester vierge, mais encore à l'esprit et au cœur de ne point se délecter, dans la pensée d'actes permis à ceux qui vivent dans l'union conjugale 1

Comment supposer que cette femme du grand-prêtre se prêterait àdiviniser celuique, plustard, les princes des prêtres devaient présenter d'abord à Cal'phe et ensuite à Pilate en persuadant au peuple de demander sa mort après l'avoir acclamé à son entrée triomphante dans Jérusalem et changer ainsi l'ovation du jour des Rameaux en un un drame sanglant et en un jour aussi lugubre que celui du Vendredi-Saint?

Ah ! laissez de ce côté toutes ces objections chimériques et indignes d'un cœur loyal et sincère. Admirez plutôt avec saint Augustin cette visite remplie de leçons si salutaires. {Augustin, encore un converti au christianisme, qui avait à son passif beaucoup plus de dettes, envers la justice divine, qu'une infinité de Juifs, de notre époque, honnêtes et de bonne foi.) Or, ce Docteur constate que le supérieur est venu vers son inférieur afin de le secourir, Marie va vers Elisabeth et le Christ vers Jean.

A l'arrivée de Marie tous les bienfaits d'une présence divine se manifestent. Remarquez la différence et la propriété de chaque parole. Elisabeth entend la première une voix, mais Jean est le premier qui ressent la grâce, Dans l'ordre naturel c'est la mère qui entend, mais en vertu du mystère, c'est

le fils qui tressaille; Elisabeth remarque l'arrivée de MM mais Jean celle du Seigneur. La grâce fait parler ces < mères et à l'intérieur leurs enfants opèrent et produisent i

t dans u

mystères de piété par la rencontre de leurs mères, et ( double miracle les mères prophétisent par l'esprit de leurs enfants. L'enfant tressaille et la mère est remplie de l'Esprit, mais la mère n'en est pas remplie avant son enfant, ce n'est que quand l'enfant est rempli du Saint-Esprit que sa mère alors en est remplie aussi elle-même.

Et Marie demeura avec Elisabeth, pendant trois mois, puis retourna dans sa maison. Or, ce ne filt pas seulement par amitié, maïs ce fut surtout dans l'intérêt du futur prophète, qu'elle y resta si longtemps; car si, à l'instant même de son arrivée et à la simple salutation de Marie, l'enfanta pu tressaillir dans le sein de sa mère et la remplir du Saint-Esprit, combien la continuité de la présence de la sainte Vierge a dû augmenter les dons de la grâce dans le saint Précurseur.

Le prophète s'exerçait comme un bon athlète dans le sein de sa mère et préparait son courage à de futurs combats, Aussi c'est dans ce but, dit un autre saint Père, que le rédempteur de notre race va tout aussitôt vers son ami Jean, lors même qu'il est dans le sein de sa mère. Jean apercevant du sein d'Elisabeth dans le sein de Marie le Christ et supportant avec gêne les étroites limites de la nature s'écrie ; Je vois le Seigneur, qui m'a imposé les entraves de la nature, mais je n'attends pas le moment de ma naissance. Le temps des neuf mois n'est point nécessaire maintenant, car celui qui est éternel est en moi; je sortirai de ce tabernacle ténébreux et je prêcherai la connaissance de toutes ces merveilles.

Je suis un signe et je donnerai le signal de la venue du Christ ; je suis une trompette et je proclamerai l'apparition du Fils de Dieu, dans la chair, je ferai retentir la trompette et je le bénirai avec la langue de mon père, et je l'exciterai à ne plus rester muette, ma trompette sera retentissante et je vivifierai le sein de ma mère.

Vous voyez, chers lecteurs, combien nouveau et admirable est un tel mystère. Il n'est pas encore né et déjà il bondit, il n'apparaît pas encore et déjà il menace, il ne lui est pas per-

mis de crier et il se fait entendre pat des actes. Il n'a pas commencé à vivre et il prêche son Dieu, il ne voit pas encore la lumière et il montre le soleil; il n'est pas encore enfanté et il se hâte de courir. Il ne peut se contenir en présence du Seigneur et il est impatient contre les délais de la nature ; il s'efforce de s'évader de la prison du sein maternel; il s'applique à montrer d'avance le Sauveur qui vient au monde. Voici, dit-il, qu'il approche, celui qui va briser nos liens, et pourquoi resterais-je enchaîné, qui peut me retenir à demeurer ici? Le Verbe de Dieu vient pour reconstituer le monde et moi je reste aux arrêts. J'irai, je courrai et je redirai à tous : Voici l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Mais expliquez-nous, ô enfant merveilleux, comment contenu dans le sein ténébreux de votre mère, vous voyez, vous entendez et vous contemplez des choses divines et comment vous bondissez et vous tressaillez. Il est grand, dit-Il, le mysti^re qui s'accomplit et cet acte qui est au-dessus de toute conception humaine. C'est à bon droit que j'innove une telle nature pour celui qui vient innover des choses qui sont au-dessus de la nature. Oui, je vois quoique dans te sein de ma mère, parce que j'aperçois dans un autre sein le vrai soleil de justice; j'entends parce que dès ma naissance je suis la voix du Verbe de Dieu; je crie parce que je contemple le Fils unique du Père revêtu de notre chair; je bondis d'allégresse parce que je vois le Créateur du monde revêtir la forme humaine; je tressaille parce que je vois le rédempteur de l'humanité incorporé à notre nature; je le précède dans son avènement et je m'empresse de le confesser devant vous.

Voilà le témoignage du Précurseur du Christ.

Et qu'importe maintenant que sa voix s'éteigne au fond d'un cachot, sous le coup de la hache d'un bourreau. Cette proclamation silencieuse de la divinité de Jésus est assez éloquente, elle résonne d'âge en âge à travers les siècles. Sa vie au fond d'un désert Va rendu digne d'être le Précurseur de celui qui s'est caché trente ans dans l'atelier de Joseph au milieu de Nazareth. D'ailleurs il a eu le bonheur de le montrer du doigt aux Juifs sur les bords du Jourdain en disant : Voici l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. C'est-

à-dire, comprenez bien, ô Juifs, cet agneau va détruire le règne du péché et le royaume de Satan. Quant à fonder un royaume sur terre, n'y comptez" pas, car son royaume n'est pas de ce monde; il porte le sceptre d'un empire éternel et céleste et il dédaigne les trônes et les royaumes de la terre. Tout est Jà.

Mais revenons au sublime cantique de Marie. Elle proclame que te Tout-Puissant a fait en elle, de grandes choses et elle afJirme que la miséricorde divine se répand, d'âge en âge, sur ceux qui le craignent. Ce verset m'explique un quasi-mystère. Je me demandais pourquoi ces conversions particulières et individuelles parmi la race juive. En voici l'explication toute naturelle : II y a toujours parmi les Juifs des âmes qui craignent le Seigneur. Or, à ces âmes timorées, la miséricorde de Dieu procure le salut. Ne nous étonnons donc plus que dans toute la série des siècles, on rencontre des conversions juives. Marie les a pressenties et elle s'intéressera toujours, en vertu de cette parole de son cantique, au salut de cette race qui est la sienne, et tout à l'heure nous signalerons une conversion miraculeuse, due à l'intervention de son cœur maternel et compatissant. Elle a dit aussi : dtspcrsit supcrbos, il a dispersé les superbes et les orgueilleux. Avait-elle en vue la dispersion future de ce peuple qui, par l'orgueil de ses pontifes, des princes des prêtres, des scribes et des pharisiens, allait attirer sur lui la colère de celui qui n'aime que les humbles, et exultavït humiîcs.

Puis, tout à coup, il semble que le patriotisme de cette humble Vierge ne peut plus tenir, à lapensée des châtiments divins, fondant sur sa nation et dans son amour pour ses malheureux compatriotes, elle s'écrie avec une voix prophétique : Susccpit Israël ptteritm snum, le Seigneur se ressouvient enfin de ses miséricordes et il reprend Israël sous sa protection, car il est père et un père ne peut à jamais oublier son enfant, rcwordatus misericordia' suœ.

O parole consolante tombée des lèvres de celle que tous les catholiques invoquent sous le titre de Mûicr miscrfcordùv! Vous êtes la mère de miséricorde et Marie donne un gage à sa prophétie en ajoutant : Si'cut locutus est ad patres nostros, Abraham et semiiti t-Jtis in sœcuîa, car le Seigneur en a

donné la promesse à nos pères, à Abraham et i\ sa postérité pour tous les siècles. D'où je conclus qu'à la fin des siècles Dieu se souviendra de ses anciennes miséricordes pour Israël ■ et Marie qui. sur le Calvaire, a reçu le rôle de la maternité envers l'iiumanitè, se souviendra, ou plutôt, elle n'a pas oublié que ce rôle maternel lui impose le devoir de réconcilcr lenîanl prodigue avec son père. Israël est le frère de Jésus, Marie est la mère de ce Jésus, elle est la mère adoptive de tout Israël, et de même que son fils unique est mort pour réconcilier le monde avec Dieu, de même cette rrère d'Israël ne I croira sa mission lerminée sur la terre que quand elle aura réconcilié la nation juive avec son Jésus et son divin Père : enaltiindant la fin des temps et le retour en masse des Juifs I auchristianisme, le cœur de Marie s'intéresse à ce peuple qui lui a été donné dans la personne de saint Jean, car si saint Jean personnifiait tous les hommes, il personnifiait encore plus !es Juifs, ses chers contemporains et ses compatriotes.

Or, dans l'intérêt et le dévouement de mère que Marie porte à ses enfants adoptifs, elle procure la conversion particulière et individuelle de quelques Juifs dans tous les ;lges, a progcnic in prof^enics. Et à une heure qui n'est pas encore bien éloignée de nous sa miséricordieuse bonté a opéré la conversion du célèbre Alphonse Ratisbonne que je ne puis passer sous silence et dont je vais narrer les intéressants détails.

Page 1