III. — LES ORGANISATIONS ÉLECTORALES CATHOLIQUES
Il ne servirait à rien de prêcher le Devoir électoral. si, en pratique, chacun votait à sa guise. C'est sur ce point que l'entente est nécessaire entre Catholiques, car c'est par défaut d'entente que nos défaites ont été les plus marquées.
Les principes que nous avons émis plus haut, sur l'Union des Catholiques, ont donc ici leur application.
Il faut que les Catholiques s'unissent pour la défense des intérêts catholiques, en matière électorale, comme en tout le reste. Il faut qu'ils fassent abstraction de ce qui les divise, pour s'unir sur le terrain religieux où ils se rapprochent.
Ce n'est pas à dire que les élections doivent avoir nécessairement un caractère religieux ; elles sont destinées à assurer aussi d'autres intérêts très légitimes et il est permis de rechercher dans les élections la défense de ces intérêts.
Mais comme les intérêts religieux priment tous les
autres, il faut savoir leur subordonner ceux-ci. pour donner au candidat qui assure les premiers, la préférence sur tout autre candidat.
Il n'en faudrait pas conclure que les Catholiques revendiquent pour eux le droit de choisir des candidats aux élections, à l'exclusion des organisations d'un autre ordre, des organisations politiques, par exemple, qui voudraient s'attribuer ce choix.
En soi, une élection a pour but de désignerles représentants qui contribueront le mieux au bien du pays ; or, ce bien est multiple, et les Catholiques ne peuvent pas avoir la prétention d'y concourir seuls, et uniquement en tant que catholiques : il leur suffit que leurs droits de citoyens soient égaux à ceux des autres, et que leurs droits de Catholiques n'aient pas à souffrir de l'élection.
Sans doute dans la situation faite à l'Eglise en France, les Catholiques, à quelque opinion politique qu'ils appartiennent, ont le devoir de faire passer avant tout le bien de la religion ; mais cela ne les oblige pas à renoncer à tout action politique. Il n'y a que dans le cas où cette action politique contredirait ou entraverait l'Action Catholique sur un point déterminé, qu'elle devrait céder, en vue d'un intérêt supérieur.
Par conséquent, nos organisations catholiques ne sont pas nécessairement appelées à choisir les candidats aux élections. Elles le pourraient faire et elles le devraient, si aucune autre organisation ne voulait leur
donner satisfaction. Mais il ne semble pas que l'heure soit venue de faire de nos Comités catholiques des Gomités électoraux. Les circonstances et les besoins de l'Eglise nous y mèneront peut-être plus tard. Tout au plus pourrait-il exister, à côté des Comités catholiques, un autre Comité, chargé spécialement des intérêts électoraux.
Pratiquement, jusqu'à nouvel ordre que les circonstances et l'autorité suprême nous donneraient, voici quelle nous semble devoir être l'action électorale de l'Union catholique.
Elle laisse aux divers Comités électoraux le soin de dresser la liste des candidats. Mais, avant que ceux-ci ne briguent les suffrages des électeurs catholiques, l'Union Catholique publie un programme des revendications catholiques, à faire prévaloir dans l'assemblée qu'il s'agit d'élire. Ce programme doit être accepté par le candidat, avec l'engagement de le défendre, sous peine de voir les membres de l'Union Catholique ne pas lui accorder leurs voix. Ceux-ci, en effet, ne doivent pas voter pour un candidat qui refuserait ce programme de revendications.
Quel sera ce programme ? Il pourra varier selon les lieux, selon la situation des partis. Mais il comprendra toujours un minimum de revendications catholiques. Autrement l'Union Catholique ne serait pas intéressée à la lutte électorale ; et elle doit s'y
intéresser partout. Lors même qu'aucun candidat n'accepte de soutenir ses revendications, il est utile de les proclamer, et de faire savoir aux divers partis à quelles conditions ils pourraient s'assurer le concours des Catholiques. Jamais cette manifestation n'a été sans une certaine efficacité.
Les revendications à faire valoir dans une élection municipale ne seront par les mêmes que dans une élection au Parlement ; certains intérêts locaux peuvent exiger une revendication spéciale à telle ou telle Union paroissiale. Les facilités données aux municipalités pour l'entretien des églises, par exemple, et les obligations qui leur incombent de ce chef seront très souvent une raison, pour l'Union Catholique, de faire prévaloir tel ou tel programme.
Quant aux revendications que les Catholiques ont le droit et le devoir de formuler pour les élections générales, la situation qu'occupe encore en certaines contrées, comme en Bretagne, grâce à Dieu, l'Église Catholique, nous impose d'être plus exigeants dans le programme que nous en formulerons. Mais il semble bien que, dans l'ensemble de la France, si l'on en juge par les divers Congrès diocésains, l'Union Catholique doit faire porterie minimum de ses revendications dès maintenant sur les points suivants :
1° Reprise des relations diplomatiques de la France
avec le Saint-Siège, en vue d'arriver à rendre aux Catholiques de France une situation plus digne d'eux.
2° Liberté des Associations religieuses.
3° Liberté de l'enseignement.
4° Liberté extérieure du Culte et droit de posséder reconnu à l'Eglise, etc.
C'est à chaque Union qu'il appartient de préciser ces revendications.
Est-ce se faire illusion que d'espérer voir beaucoup de candidats revenir à plus de justice, en face de ce programme? C'est possible. Mais il est permis de penser cependant que cette attitude des Catholiques ne sera pas toujours sans effet : l'expérience l'a montré. Là où le succès ne couronnerait pas immédiatement les efforts, cette attitude peut le préparer, en donnant aux Catholiques conscience de leurs forces, en les stimulant à l'action, et en leur permettant de se ménager certaines alliances qui ne seraient pas sans profit pour eux.
Cette action électorale de l'Union Catholique peut se heurter à la présence de deux candidats rivaux. également favorables aux intérêts catholiques. Cette situation ne laissera pas que d'embarrasser les électeurs. Dans ce cas, ceux-ci ne relèveront plus guère que de leur conscience, c'est à elle qu'ils demanderont une direction, en l'éclairant par la considération du plus grand bien de la cause Catholique. L'Union s'abstiendra de donner une direction, mais elle pourra
;*90 po lu l'action catholique
souvent travailler efficace ment à ménager une entente, ou au moins à prévenir les effets désastreux d'une division.
Même en cela son action sera salutaire.
Encore une fois en nous voyant prendre part ainsi à la lutte électorale, nos ennemis seront tentés de dire que nous introduisons l'élément politique dans les affaires religieuses. IL sera facile de leur répondre qu'ils ne doivent s'en prendre qu'à eux, si toute défense religieuse est liée à la question électorale. Ce sont eux qui ont introduit les questions religieuses dans leurs programmes électoraux, et dans leurs actes de législateurs. L'Union Catholique a le droit et le devoir de se défendre.
Nous défendre ! Telle est. à l'heure présente, notre première préoccupation sur tous les champs d'action où s'exerce l'Apostolat Catholique, parce que nous sommes attaqués de toutes parts.
Cette défense est aussi le but de l'organisation Catholique, que nous avons décrite.
Mais les peuples vaillants se défendent surtout en prenanf l'offensive. Cette attitude convient aux Catholiques. C'est pour cela que, tout en faisant dans les pages qui précèdent, la part nécessaire aux Œuvres de défense religieuse, nous avons dû insister surtout sur les Œuvres d'apostolat et de restauration catholique. C'est notre manière de prendre l'offensive .
Puissent les Catholiques le comprendre de plus en plus ! Le procédé n'est pas nouveau : il nous a été donné par l'apôtre saint Paul, quand il nous a appris à vaincre le mal par le bien :
VlNCE m BONO MALUM ! Rom . XII. '1\ .