II. — NATURE DU DEVOIR ÉLECTORAL
En quoi consiste ce devoir?
Il consiste, en particulier, à accepter sa part de responsabilité dans la gestion des affaires publiques: à accepter d'être candidat catholique aux élections, s'il le faut. Ce devoir ne pèse pas sur tons, mais il est susceptible d'incomber à tous ceux qui peuvent mettre au service de leur pays leurs aptitudes, leurs ressources, leurs loisirs et leur situation. Sans doute, même quand on a l'àme droite, on est plus tenté de s'y dérober que de s'y prêter ; les responsabilités font toujours peur, et souvent plus on les redoute, plus c'est le signe qu'on est capable de les porter. Mais cette crainte n'est jamais un motif de les refuser. Il est des cas où la modestie elle-même n'autorise pas la réserve. Personne n'approuverait un chef qui, au moment où la patrie est en danger, préférerait le rang du simple soldat aux responsabilités du commandement. Le dévouement au bien et à la cause de Dieu exige qu'on fasse taire ses répugnances, et qu'on mette à leur service ses aptitudes et son influence. C'est cette influence et la sympathie qu'on excite autour de soi, qui indiquent le devoir.
Le devoir électoral consiste, en second lieu . à prendre part au vote. Dans les sociétés comme la nôtre, ce devoir est aussi strict que tous ceux qui
nous lient envers la Patrie, et il n'y a que l'impossibilité ou la très grande nécessité qui puisse en dispenser. Personne n'a le droit d'être indifférent aux intérêts du pays, personne n'a le droit de s'exposer. par son abstention, à ce que ces intérêts soient confiés à des indignes ou à des incapables.
S'abstenir de voter, c'est déserter le champ de bataille, c'est donc une lâcheté et une trahison. S'abstenir de voter, c'est faire le jeu des adversaires de la Religion en refusant sa voix au candidat honnête el religieux, c'est donc une folie. S'abstenir de voter, c'est le plus souvent manquer à un devoir grave, dans les circonstances actuelles, c'est donc une faute grave.
Enfin, le devoir électoral consiste à bien voter.
Y a-t-il un devoir de bien voter ? Qui pourrait en douter? Toutes les fois qu'on a à choisir entre une bonne et une mauvaise action, c'est un devoir de préférer la bonne à la mauvaise.
Or, l'on peut bien ou mal voter, selon que l'on vote pour des hommes amis, ou au moins respectueux, des droits de l'Eglise, ou pour des hommes ennemis de la religion. C'est donc un devoir de bien \.
Sans doute, il faut tenir compte, dans le choix du candidat, de la capacité qu'il a pour remplir le mandat qu'on veut lui confier. Mais cette considération n'est pas suffisante ; s'il y a lieu de craindre qne sa capacité soit utilisée contre le bien de la religion, c'est un devoir pour les Catholiques de reporter leurs
voix sur un autre candidat. En votant pour lui, ils seraient responsables du mal qu'il fera.
Certains esprits trouveront regrettable qu'il en soit ainsi, et qu'il ne suffise pas de considérer seulement les capacités d'un candidat. Peut-être ont-ils raison ; mais encore une fois, ce n'est pas nous, prêtres et évêques, qui sommes cause de cette situation ; ce n'est pas nous qui avons mis les Catholiques dans cette nécessité de voir tout d'abord quels sont les sentiments religieux des candidats.
Ce n'est pas nous qui avons fait cette situation ; nous ne pouvons que la subir. Mais les Catholiques, ont le devoir de chercher à la rendre moins dure, en choisissant pour leurs administrations les hommes qui sauront le mieux sauvegarder les intérêts de l'Église. Leur devoir est clair ; rien ne peut les en dispenser, ni l'intérêt personnel, ni l'amitié, ni les liens de la famille ; ni les vaines promesses ou les intimidations.
Ce devoir est des plus graves ; on ne peut pas le violer sans faire une faute dont la gravité est proportionnée à l'importance des intérêts qui sont en cause.
Ces considérations nous amènent à dire, que le devoir électoral ne regarde pas seulement ceux qui ont le droit de voter. Il regarde tous les Catholiques, puisque tous leurs intérêts y sont en jeu. Il vous regarde, par conséquent, femmes chrétiennes. Vous ne votez pas ; mais vous pouvez et vous devez faire voter, puisque votre religion y est intéressée. Un bon
conseil peut sortir de vos lèvres ou de votre cœur. donnez-le hardiment ; il y va peut-être de l'âme de vos enfants. . ,
Joignez-y la prière qui obtient la lumière pour les esprits ; la prière qui touche les cœurs, la prière qui prépare le salut.